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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300889

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300889

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 22 mars 2023, le président du tribunal administratif de Dijon a transmis au tribunal administratif de Nancy le dossier de la requête de M. B portant sur l'annulation de l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet de l'Yonne l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Par cette requête enregistrée sous le n° 2300691 au greffe du tribunal administratif de Dijon le 16 mars 2023 et le 22 mars 2023 sous le n° 2300889 au tribunal administratif de Nancy ainsi qu'un mémoire complémentaire enregistré le 27 mars 2023, M. C B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler les décisions du 13 mars 2023 par lesquelles le préfet de l'Yonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel de sa situation ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- le préfet a commis une erreur de fait dès lors qu'il ne s'est pas soustrait à une précédente mesure d'éloignement ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée et quant aux circonstances humanitaires ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense enregistrés le 28 mars 2023, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Marguet, avocat commis d'office, représentant M. B qui demande à ce que celui-ci soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et insiste sur l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français alors que l'intéressé a fait part d'éléments importants relatifs à sa vie personnelle lors de la procédure contradictoire, sur la solidité de sa relation avec une ressortissante italienne résidant régulièrement en France, sur l'erreur affectant la décision lui refusant un délai de départ volontaire qui se fonde sur une précédente obligation de quitter le territoire français inexistante, sur l'impossibilité dans laquelle il s'est trouvé de faire une demande de titre de séjour pendant son incarcération, sur l'absence de risque de fuite attestée notamment par son comportement lors du contrôle judiciaire auquel il avait été astreint préalablement à sa condamnation judiciaire, sur la circonstance qu'il n'a plus aucune attache au Congo et a passé toute sa jeunesse en Suisse et sur l'atteinte que porte la décision d'interdiction de retour sur le territoire français à sa vie privée et familiale qui, a minima, est d'une durée excessive et l'empêchera de rendre visite à ses enfants en Suisse pendant trois années ;

- les observations de M. B qui produit des photographies le montrant avec sa compagne avant qu'il ne soit incarcéré et indique que s'il venait en France pour des séjours de deux à trois mois depuis 2016, il n'y avait pas de résidence fixe, qu'il détient une copie du passeport de ses enfants qu'il emmenait souvent en vacances avant son incarcération, qu'il ne présente aucun risque de fuite et fait face à ses responsabilités ;

- et les observations de M. E, représentant le préfet de l'Yonne, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens et précise que le requérant n'a fait parvenir ses observations sur la perspective de son éloignement que le 16 mars 2023, postérieurement à l'édiction de l'arrêté en litige par le préfet de l'Yonne, ce qui s'opposait à ce que celui-ci en tienne compte, relève que la date de son entrée en France n'est pas établie, qu'il n'apporte aucune preuve de l'absence d'attaches au Congo ni de sa situation régulière en Suisse, que l'intensité de sa relation avec Mme A n'est pas établie, que la nationalité de sa compagne n'est pas justifiée et que celle-ci n'apporte pas la preuve d'une résidence régulière dès lors qu'il ressort des pièces du dossier plusieurs adresses à son nom, soutient que la référence au 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour fonder le refus de délai volontaire constitue une erreur de plume, cette décision se fondant sur la menace à l'ordre public et le risque de fuite constitué par l'entrée irrégulière du requérant sur le territoire français, l'absence de documents d'identité et de voyage valides et l'absence d'adresse de résidence, enfin indique que l'interdiction de retour sur le territoire français est justifiée par les faits graves commis par l'intéressé, ne constitue par un empêchement au mariage projeté par le requérant et sa compagne et n'est pas entachée d'erreur d'appréciation eu égard à l'absence d'attaches intenses et stables avérées en France et de liens justifiés avec ses enfants résidant en Suisse.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais (RDC) né le 7 juillet 1989 entré en Suisse le 27 mai 2012, a été condamné par un arrêt du 10 décembre 2020 de la cour d'appel de Chambéry à une peine de quatre ans d'emprisonnement pour des faits d'agression sexuelle commis sur le territoire français et incarcéré en dernier lieu au centre de détention de Joux-la-ville. Par un arrêté du 13 mars 2023, le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois années. M. B, placé en centre de rétention administrative par une décision du même jour, demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 19 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'avocat commis ou désigné d'office dans les cas prévus par la loi peut saisir le bureau d'aide juridictionnelle compétent au lieu et place de la personne qu'il assiste ou qu'il a assistée ". Aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence :

4. L'arrêté est signé par Mme Pauline Girardot, secrétaire générale de la préfecture, à laquelle le préfet de l'Yonne établit avoir délégué sa signature par un arrêté en date du 25 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 26 août 2022, pour signer, à compter du 29 août 2022, les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à préciser toutes les circonstances de fait relatives à la situation du requérant, mentionne les considérations de droit et de fait pertinentes qui fondent la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre du requérant. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet de l'Yonne se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre la décision litigieuse. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B se prévaut de la relation qu'il aurait nouée en 2017 avec une ressortissante italienne en situation régulière en France et titulaire d'un contrat à durée indéterminée avec laquelle il aurait projeté de se marier à sa sortie de détention. Toutefois, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le requérant, qui justifie avoir bénéficié d'un contrat à durée indéterminée en Suisse à compter du 10 juin 2019, aurait résidé en France avant son incarcération en 2020, l'intéressé déclarant d'ailleurs lui-même à la barre qu'il ne se rendait en France que quelques mois par an, en particulier à l'occasion de vacances avec ses enfants. Par ailleurs, s'il a présenté à l'audience des photographies du couple qu'il forme avec Mme A, celles-ci ne sont pas datées et, à supposer qu'elles aient été prises, ainsi qu'il l'affirme, antérieurement à son incarcération en 2020, leur relation est en tout état de cause récente et il ne justifie aucunement d'une vie commune avec cette dernière, pas plus que des démarches qu'il soutient avoir engagées en vue d'un prochain mariage. En outre, la nationalité italienne de sa compagne n'est nullement établie par la carte d'identité italienne délivrée par la commune de Cislago le 25 janvier 2022 versée à l'instance qui ne constitue pas un document établissant la nationalité italienne mais seulement un document délivré par les autorités italiennes à un étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne et permettant à son détenteur de circuler en Italie et d'y accomplir certaines démarches administratives. Si le requérant soutient en outre qu'il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine, le Congo, il n'en justifie pas. Enfin, la décision d'éloignement du territoire français n'est pas de nature à séparer le requérant du ou des enfants qu'il a eus de son union avec une ressortissante suisse dont il est divorcé, dès lors que ceux-ci résident en Suisse et qu'au demeurant, il ne démontre pas contribuer à leur entretien et leur éducation. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prenant à son encontre la décision d'éloignement en litige, le préfet de l'Yonne ait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. B été condamné par un arrêt de la cour d'appel de Chambéry du 10 décembre 2020 à une peine d'emprisonnement de quatre ans pour des faits d'agression sexuelle sur mineure de quinze ans en 2012. Eu égard à la gravité des faits commis, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de l'Yonne a pu considérer que le comportement de M. B constitue une menace à l'ordre public et refuser, sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 612-2, de lui accorder un délai de départ volontaire. En outre, il n'est pas contesté que l'intéressé n'est pas en mesure de présenter un passeport en cours de validité. Par suite, et alors même qu'il est constant que l'intéressé ne s'est soustrait à aucune mesure d'éloignement antérieure, le préfet de l'Yonne pouvait pour ces seuls motifs, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui fondent la décision fixant le pays de destination, en l'espèce celui dont le requérant a la nationalité. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être, en tout état de cause, écarté pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point 9 du présent jugement.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. En deuxième lieu, Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

18. Il résulte de ces dispositions que seules des circonstances humanitaires peuvent faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour lorsque l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et que la durée de cette interdiction doit alors être fixée en prenant en compte la durée de présence en France, les liens tissés, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et la menace à l'ordre public. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, cette circonstance n'est pas retenue au nombre des motifs justifiant la durée de l'interdiction, l'autorité administrative n'est pas tenue, sous peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

19. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné pour des faits d'agression sexuelle sur mineure de quinze ans à une peine de quatre ans d'emprisonnement. L'intéressé, dont l'entrée sur le territoire français est récente et ne résulte que de la demande d'extradition émise par les autorités françaises auprès des autorités suisses en raison de ces faits, est célibataire et sans enfant à charge en France. L'intensité et la stabilité de sa relation avec sa compagne ne sont pas suffisamment établies par les pièces du dossier et la situation régulière de cette dernière sur le territoire français tenant à sa nationalité italienne alléguée n'est en outre pas justifiée. Le requérant ne peut par ailleurs se prévaloir, au titre des attaches familiales qu'il détiendrait en France, de la présence de ses enfants, dès lors que ces derniers résident en Suisse. En retenant ces circonstances pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant et en fixant sa durée à trois ans, le préfet de l'Yonne n'a ainsi pas inexactement apprécié la situation de M. B qui ne démontre par ailleurs pas l'existence de circonstances humanitaires. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision interdisant à M. B le retour sur le territoire français doit être écarté.

20. En dernier lieu et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée au respect de son droit à mener une vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. B au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Yonne.

Lu en audience publique le 29 mars 2023 à 16 heures 35.

La magistrate désignée,

G. DLe greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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