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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300901

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300901

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantCORSIGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 mars 2023 et le 7 juin 2023, M. C B, représenté par Me Corsiglia, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et immédiatement une autorisation provisoire de séjour, sus astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de fait et d'appréciation en estimant que la preuve de son état civil n'était pas rapportée ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de séjour ;

- le préfet a commis une erreur de fait, il n'a plus de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 14 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durand, rapporteur ;

- et les observations de Me Corsiglia, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 23 mai 2004, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance, le 29 octobre 2019, par ordonnance provisoire de placement du tribunal de grande instance de Paris, puis par jugement du juge des tutelles du tribunal judiciaire de Nancy, le 11 février 2020. Par courrier du 5 janvier 2022, l'intéressé a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-22 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté en litige du 23 février 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". Aux termes de l'article L. 111-6 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".

3. Il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil que, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles. Si l'article 47 du code civil pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays, il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve, par tout moyen, du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. En revanche, l'autorité administrative n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont elle dispose sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

4. A l'appui de sa demande de séjour, M. B a produit un jugement supplétif d'acte de naissance n°11824 du 23 décembre 2020, un extrait du registre des transcription n°1152 du 21 janvier 2021, un certificat de nationalité n°36/CAB/P/C3/2020 du 23 décembre 2020 et une carte consulaire n°SBR8A4SJ du 28 juin 2021.

5. Pour remettre en cause la valeur probante du jugement supplétif, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur les conclusions de l'expertise documentaire du 16 juin 2022 selon laquelle plusieurs mentions relatives aux faits, aux prétentions, aux moyens des parties, à la motivation de la requête ainsi qu'à la nature des documents versés au dossier font défaut, il est dépourvu de formule exécutoire conforme, les délais de convocation des témoins ont été méconnus. Le préfet se fonde par ailleurs sur le fait que le document est imprimé sur un papier ordinaire non sécurisé et que l'acte a été établi à la demande de M. A B, père du requérant, alors que M. B a déclaré, au moment de l'entretien d'évaluation sur sa minorité, que celui-ci était décédé. Toutefois, contrairement à ce que relève le préfet, le jugement supplétif mentionne les faits et les prétentions respectives des parties et leurs moyens, tel que l'exige l'article 116 du code de procédure civile guinéen. Par ailleurs, si l'article 331 du code de procédure civile guinéen exige un délai de huit jours préalable à la date de convocation des témoins à l'audience, la formation de jugement a pu recourir à une enquête sur le champ, prévu par les dispositions de l'article 334 du même code, lequel n'impose pas de délai de convocation. Le non-respect du délai de huit jours, alors qu'il n'est pas établi que le jugement n'a pas été rendu dans le cadre d'une enquête sur le champ, n'est donc pas de nature à établir le caractère frauduleux de l'acte. La circonstance que ce jugement ne comporte pas de formule exécutoire, est, à elle seule, insuffisante pour établir que le jugement est frauduleux. En l'absence de tout élément sur la qualité des supports des actes d'état civil guinéens et les sécurités qu'ils doivent comporter selon la règlementation guinéenne, la circonstance que les actes présentés par M. B sont établis sur un support ordinaire grand public sans sécurité documentaire, n'est pas de nature à établir que les mentions relatives à son identité et notamment à sa date de naissance sont irrégulières, falsifiées ou inexactes. Enfin, si le jugement précise qu'il a été établi à la demande de M. A B et que le requérant a indiqué que son père, se nommant également A B était décédé, cette seule circonstance ne saurait suffire pour remettre en cause la présomption de validité de l'acte litigieux.

6. Pour remettre en cause la force probante de l'extrait du registre de transcription, du certificat de nationalité et de la carte d'identité consulaire, le préfet soutient que ces actes ont été pris au regard d'un jugement supplétif dépourvu de valeur probante et que certaines informations relatives, pour le premier document, à l'âge, à la date de naissance des parents du requérant à leur domicile et leur sexe et, pour le second document, à la nationalité des parents, sont absentes. Toutefois, d'une part, ainsi qu'il l'a été dit, le préfet n'a pas utilement combattu la valeur probante du jugement supplétif et, d'autre part, la seule omission des mentions constatées par le préfet n'est pas de nature, à elles seules, à remettre en cause la valeur probante des actes litigieux. Dans ces conditions, le préfet ne renverse pas la présomption de validité qui s'attache, en vertu notamment de l'article 47 du code civil, aux mentions contenues dans les actes d'état civil produits par le requérant et ne pouvait en conséquence rejeter sa demande de titre de séjour en considérant que ces documents n'étaient pas probants.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de délivrance de titre de séjour. Il en est de même, par voie de conséquence, des décisions subséquentes faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, lui accordant un délai de trente jours pour exécuter volontairement cette mesure d'éloignement et désignant le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

8. Eu égard aux motifs d'annulation retenus par le présent jugement, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette mesure d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

9. M. B bénéficie de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Corsiglia, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 février 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Corsiglia, conseil de M. B, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Corsiglia.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

F. DurandLe président,

D. MartiLe greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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