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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300903

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300903

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2023, M. F B, représenté par la SCP Levi - Cyferman, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2023, par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel il a été assigné à résidence dans le département de Meurthe-et Moselle pour une durée de 45 jours avec obligation de se présenter les mardis et jeudis, hors jours fériés, entre 9 heures et 11 heures au commissariat de police de Nancy ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de l'autoriser à déposer sa demande d'asile en France ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté de transfert est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de procédure au motif qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations écrites ou orales, en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les dispositions des articles 4 et 5 du règlement UE n° 604-2013 ont été méconnues ;

- cet arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur de droit dans l'application des articles 18 et 18-1 de ce même règlement et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision de transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur les demandes d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions de la requête :

3. M. B, de nationalité afghane, est entré sur le territoire français le 25 décembre 2022, en vue de solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. A l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile, la consultation du fichier Eurodac a révélé que M. B avait demandé l'asile en Autriche où ses empreintes digitales avaient été relevée le 17 décembre 2022. Le 3 janvier 2023, la France a saisi les autorités autrichiennes d'une demande de reprise en charge que ces dernières ont acceptée implicitement. Par deux arrêtés du 1er février 2023 notifiés le 21 mars 2023, dont M. B demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a ordonné, d'une part, son transfert aux autorités autrichiennes et, d'autre part, son assignation à résidence.

En ce qui concerne l'arrêté de transfert aux autorités autrichiennes :

4. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le 7 octobre suivant, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme A D, cheffe du pôle régional Dublin, à l'effet de signer les arrêtés de transfert pris en application de la procédure Dublin. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels il repose, alors même qu'il ne comporterait pas tous les éléments relatifs à la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté doit être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le début de la procédure, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 précité. Eu égard à leur nature, la délivrance de ces informations constitue une garantie pour le demandeur d'asile.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu remettre le 2 janvier 2023 le guide du demandeur d'asile ainsi que deux brochures intitulées " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' ", et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", documents rédigés en langue pachtou qu'il a déclaré comprendre. Ces documents contiennent l'intégralité des informations prévues par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement n° 604/2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. ".

9. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'entretien produit en défense par la préfète, que M. B a bénéficié, le 2 janvier 2023 de l'entretien individuel et confidentiel, mené par un agent qualifié de la préfecture, comme le prévoit l'article 5 du règlement n°604/2013 précité. L'absence d'indication de l'identité de l'agent qualifié ayant conduit l'entretien individuel n'a pas privé M. B de la garantie tenant au bénéfice de cet entretien et à la possibilité de faire valoir toutes observations utiles. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme manquant en fait.

10. En cinquième lieu, il résulte des dispositions du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions de transfert. Dès lors, les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre de la décision de transfert attaquée. Le moyen doit ainsi être écarté comme inopérant.

11. En sixième lieu, si M. B soutient que les dispositions des articles 18 et 18-1 du règlement UE n° 604/2013 ont été méconnues, il n'apporte aucune précision à l'appui de ce moyen qui ne peut dès lors qu'être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()".

13. M. B fait valoir qu'il a des attaches familiales en France et a entrepris des démarches d'intégration, notamment en apprenant la langue française. Toutefois, ces éléments ne suffisent à établir qu'en décidant de son transfert vers l'Autriche, la préfète du Bas-Rhin aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demandant l'annulation de l'arrêté ordonnant son transfert vers l'Autriche.

En ce qui concerne l'arrêté de d'assignation à résidence :

15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'arrêté d'assignation serait illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté de transfert ne peut qu'être écarté. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté ordonnant son assignation à résidence.

16. Par voie de conséquence de ce qui précède, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Me Levi-Cyferman et à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

Le président,

S. C

La greffière

M. E

La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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