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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300932

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300932

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2023 à 18 heures 40 et un mémoire complémentaire enregistré le 29 mars 2023, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel la préfète de l'Aube lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 19 septembre 2023, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision portant retrait de la carte de séjour pluriannuelle :

- le préfet n'a pas procédé à un examen individuel sérieux de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à son droit au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant refus de séjour qui est-elle-même illégale ;

- il n'a pas bénéficié d'un interprète lors de la notification de la décision contestée ;

- le formulaire " interprète et conseil " ne lui a pas été notifié alors, qu'il était placé en détention ;

- la décision contestée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 et 30 mars 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. A des éventuels dépens de l'instance.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gottlieb, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb, magistrat désigné, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés de :

. la compétence liée de la préfète de l'Aube pour procéder au retrait de la carte de séjour pluriannuelle de M. A sur le fondement de l'article L. 424-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

. l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'elles sont dirigées contre une décision inexistante ;

- les observations de Me Bourgaux, avocate commise d'office représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyen de la requête et sollicite en outre l'admission provisoire de son client au bénéfice de l'aide juridictionnelle ; Me Bourgaux fait valoir que la requête de M. A est recevable dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure d'exercer utilement son recours en l'absence d'assistance d'un interprète et d'un avocat et de notification du formulaire sur ses droits ; son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors que les faits pour lesquels il a été condamné sont anciens, qu'il a assumé son obligation de soin psychologique et qu'il a travaillé en détention ; la juridiction pénale n'a pas assortie la condamnation dont il a fait l'objet d'une interdiction du territoire français ; il est père de cinq enfants qui résident en France et avec lesquels il a des liens fort ; il n'a pas commis de violences sur son enfant de six ans ; il est de l'intérêt supérieur de ce dernier qu'il continue à voir son père ; il justifie d'une attestation d'hébergement ; la préfète ne pouvait l'éloigner à destination de la Syrie dès lors que la situation reste très dangereuse dans ce pays en raison des actions armées contre la population et en particulier ceux qui ont fui le pays,

- les observations de M. A, assisté d'un interprète en langue arabe,

- et les observations de M. B, représentant la préfète de l'Aube, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense et souligne que la préfète était tenue de retirer la carte de séjour pluriannuelle sur le fondement de l'article L. 424-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le requérant ne justifie pas de cinq ans de présence régulière en France ; M. A a été condamné à une peine de quatre ans d'emprisonnement pour des faits de violence sur son épouse et ses enfants ; sa présence sur le territoire français constitue toujours une menace pour l'ordre public, l'OFPRA ayant relevé dans sa décision mettant fin au bénéfice de la protection subsidiaire que l'intéressé n'avait pas pris conscience de la gravité des actes pour lesquels il a fait l'objet d'une condamnation pénale ; la mesure d'éloignement ne porte pas atteinte à la vie privée et familiale du requérant dès lors que le requérant a passé trois ans en détention sur ses quatre années de présence en France, qu'il fait l'objet d'une interdiction de paraître au domicile de son épouse et de ses enfants, et qu'il ne justifie pas être isolé dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-quatre ans ; son seul récit ne permet pas d'établir avec certitude un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Syrie, alors que le requérant reconnait lui-même qu'il n'y existe plus de conflit généralisé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A ressortissant syrien né le 5 octobre 1975, a déclaré être entré en France le 13 février 2019, accompagné de son épouse et de leurs cinq enfants. Il a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire le 25 juin 2019 et s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire valable du 20 septembre 2019 au 19 septembre 2023. Par un arrêt de la cour d'appel de Reims du 23 juillet 2021, M. A a été condamné à une peine d'emprisonnement de trois ans pour des faits de violences habituelles n'ayant pas entrainé d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, violence n'ayant entraîné aucune incapacité de travail, et violence sur un mineur de 15 ans sans incapacité. Par une décision du 28 juillet 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire dont bénéficiait M. A. Le recours formé par l'intéressé contre cette décision a été rejeté par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 7 octobre 2022. Par un arrêté du 23 mars 2023, la préfète de l'Aube a retiré la carte de séjour pluriannuelle de M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. Placé en rétention administrative à sa levée d'écrou, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence à statuer sur la requête susvisée, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, dans le cadre du présent litige, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 23 mars 2023 par lesquelles la préfète de l'Aube a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du même jour par laquelle la préfète a retiré à M. A sa carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 19 septembre 2023, ainsi que sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Dès lors, il y a lieu de renvoyer ces dernières conclusions à une formation collégiale du tribunal compétente pour en connaître.

Sur les conclusions à fin d'annulation d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. L'arrêt contesté du 23 mars 2023 par lequel la préfète de l'Aube a retiré la carte de séjour pluriannuelle de M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ne comporte aucune décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français sont dirigées contre une décision inexistante et doivent, par suite et ainsi qu'en ont été informées les parties, être rejetées comme étant irrecevables.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant retrait de la carte de séjour pluriannuelle :

6. Aux termes de l'article L. 424-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire par décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou par décision de justice ou lorsque l'étranger renonce à ce bénéfice, la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 424-9 et L. 424-11 est retirée. / L'autorité administrative statue sur le droit au séjour des intéressés à un autre titre dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat. / La carte de séjour pluriannuelle ne peut être retirée en application du premier alinéa quand l'étranger est en situation régulière depuis au moins cinq ans. ".

7. Il résulte des dispositions précitées que le préfet est tenu de procéder au retrait de la carte de résident pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " lorsqu'il a été mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire par décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ou par décision de justice. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par une décision du 28 juillet 2022, l'OFPRA a mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire dont bénéficiait M. A. Le recours formé par l'intéressé contre cette décision a été rejeté par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 7 octobre 2022. Compte tenu de sa date d'entrée sur le territoire français, le requérant était présent en France en situation régulière depuis moins de cinq ans. Par suite, et ainsi qu'en ont été informées les parties, la préfète de l'Aube était tenue de retirer la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " de M. A. Il en résulte que les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse, du défaut de motivation, de l'absence de notification dans une langue comprise par le requérant, du défaut d'examen de sa situation individuelle et de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés comme étant inopérants.

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant retrait de la carte de séjour pluriannuelle ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la compétence du signataire des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :

9. L'arrêté est signé par M. Mathieu Orsi, secrétaire général de la préfecture auquel la préfète de l'Aube, a par un arrêté du 3 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens relatifs aux conditions de notification des décisions attaquées :

10. Les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, les moyens tirés de ce que les décisions contestées n'auraient pas été notifiées au requérant dans une langue qu'il comprend ou avec l'assistance d'un interprète et de ce que le formulaire " interprète et conseil " ne lui aurait pas été remis doivent être écartés comme étant inopérants.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, M. A n'établit pas l'illégalité de la décision par laquelle la préfète de l'Aube a retiré sa carte de séjour pluriannuelle. Par suite, il n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision lui retirant sa carte de séjour.

12. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. La motivation de cet arrêt révèle que le préfet a pris en compte la situation familiale, judiciaire et administrative du requérant. Si M. A soutient que le préfet ne relève à aucun moment que ses deux enfants mineurs sont scolarisés en France, qu'il est toujours en contact avec son épouse, et qu'il dispose d'une adresse stable, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait communiqué ces informations avant que la décision attaquée ne soit prononcée. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision attaquée et du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 13 février 2019. Il a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire le 25 juin 2019. Par un arrêt de la cour d'appel de Reims du 21 juillet 2021, devenu définitif, M. A a été condamné à une peine d'emprisonnement de trois ans pour des faits de violences habituelles n'ayant pas entrainé d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, violence n'ayant entraîné aucune incapacité de travail, et violence sur un mineur de 15 ans sans incapacité, condamnation assortie d'une obligation de soin et de paraître au domicile de son épouse ou de ses enfants. Il ressort notamment de cet arrêt, dont les constatations de fait qui sont le support nécessaire de son dispositif sont revêtues de l'autorité absolue de la chose jugée et s'imposent à l'administration comme au juge administratif, que M. A a été reconnu coupable d'avoir, de façon habituelle et quasi-quotidienne, perpétré des violences à l'encontre de son épouse. L'arrêt relève que l'intensité des violences comme la nature des coups portés dénoncés par l'épouse de M. A ont été confirmées par ses enfants qui ont indiqué qu'il s'agissait de coups de poings au visage, de coups de pieds et de poings dans le dos et dans le ventre et que le requérant l'insultait tout en lui tirant les cheveux. L'intéressé a également été reconnu coupable de violences sur plusieurs de ses enfants, à raison de plusieurs fois par semaine, à coups de poing dans le dos, parfois au moyen de câbles électriques ou d'un bâton, ou avec leurs téléphones portables sur la tête. Si le requérant se prévaut de la présence en France de son épouse et de ses cinq enfants, il n'établit pas la réalité ni l'intensité des liens qu'il aurait entretenus avec ces derniers alors qu'il était placé détention et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait obtenu la mainlevée de l'interdiction de paraître à leur domicile ni qu'il se serait soumis à l'obligation de soin prononcée à son encontre. Il ressort par ailleurs des déclarations de M. A à la barre que le requérant, qui continue à nier avoir exercé des violences sur son épouse et ses enfants, tout en reconnaissant n'avoir frappé que sa fille parce qu'elle était la source des problèmes dans sa famille, n'a pas pris conscience de la gravité des actes pour lesquels il a fait l'objet d'une condamnation pénale. Le requérant ne justifie d'aucune intégration particulière en France et n'établit pas être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-trois ans. Eu égard à la gravité et au caractère récent des faits pour lesquels M. A a été condamné par la juridiction répressive et à l'absence de toute garantie de réinsertion, la préfète a pu sans commettre d'erreur d'appréciation estimer que sa présence en France constituait une menace actuelle à l'ordre public suffisamment grave pour que la mesure d'éloignement litigieuse ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de l'absence de menace pour l'ordre public et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, M. A n'établit pas l'illégalité de la décision par laquelle la préfète de l'Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

16. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

18. Il résulte de ce qui a été dit au point 14 du présent jugement que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, la préfète pouvait, pour ce seul motif, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, M. A n'établit pas l'illégalité de la décision par laquelle la préfète de l'Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

20. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que M. A n'établit être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans tout pays dans lequel il est légalement admissible. Cette décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait, en dépit de ce qu'elle ne vise pas l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

21. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être, en tout état de cause, écarté pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point 14 du présent jugement.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

23. La Cour européenne des droits de l'homme a rappelé qu'il appartenait en principe au ressortissant étranger de produire les éléments susceptibles de démontrer qu'il serait exposé à un risque de traitement contraire aux stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à charge ensuite pour les autorités administratives " de dissiper les doutes éventuels " au sujet de ces éléments (23 août 2016, J.K et autres c/ Suède, n° 59166/1228). Selon cette même cour, l'appréciation d'un risque réel de traitement contraire à l'article 3 précité doit se concentrer sur les conséquences prévisibles de l'éloignement du requérant vers le pays de destination, compte tenu de la situation générale dans ce pays et des circonstances propres à l'intéressé (30 octobre 1991, Vilvarajah et autres c. Royaume-Uni, paragraphe 108, série A n° 215). A cet égard, et s'il y a lieu, il faut rechercher s'il existe une situation générale de violence dans le pays de destination ou dans certaines régions de ce pays si l'intéressé en est originaire ou s'il doit être éloigné spécifiquement à destination de l'une d'entre elles. Cependant, toute situation générale de violence n'engendre pas un risque réel de traitement contraire à l'article 3, la Cour européenne des droits de l'homme ayant précisé qu'une situation générale de violence serait d'une intensité suffisante pour créer un tel risque uniquement " dans les cas les plus extrêmes " où l'intéressé encourt un risque réel de mauvais traitements du seul fait qu'un éventuel retour l'exposerait à une telle violence.

24. M. A se prévaut des risques qu'il encourt en cas de retour en Syrie en raison de la situation de violence aveugle qui prévaut dans ce pays. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que, malgré la gravité de la situation générale en Syrie, il régnait dans cet Etat, à la date de l'arrêté en litige, une situation de violence généralisée telle qu'un civil de nationalité syrienne devait de ce seul fait être regardé comme personnellement soumis à des risques de traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, M. A n'établit pas être exposé à des risques personnels et actuels en cas de retour dans ce pays. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentée par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution.

Sur les frais d'instance :

27. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée par M. A au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

28. La présente instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 mars 2023 par laquelle la préfète de l'Aube a retiré la carte de séjour pluriannuelle de M. A, ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties, sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la préfète de l'Aube tendant à la mise à la charge des dépens sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la préfète de l'Aube et à Me Bourgaux.

Lu en audience publique le 23 février 2023 à 15 heures 44.

Le magistrat désigné,

R. Gottlieb La greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aube en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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