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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300992

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300992

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 avril 2023, M. C B, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 27 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui remettre sans délai un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail mentionnant son identité complète avec une arrivée en France le 29 décembre 2018, et dans un délai d'un mois sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente car le signataire ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen individuel de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a omis d'examiner sa situation au vu des critères de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- la décision contestée a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 26 janvier 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance,

- et les observations de Me Lemonnier substituant Me Jeannot, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 16 août 2002, de nationalité ivoirienne, a déclaré être entré en France en décembre 2018. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance de Meurthe-et-Moselle par ordonnance du juge des tutelles du tribunal judiciaire de Nancy en date du 26 mai 2020. Par courrier adressé le 14 août 2020 par l'intermédiaire des services départementaux de Meurthe-et-Moselle, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant d'une inscription au centre d'enseignement et de perfectionnement des métiers de l'alimentation de Laxou en vue d'obtenir le CAP de pâtissier. Son dossier étant incomplet, il a présenté une nouvelle demande le 15 octobre 2020. Le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande par un arrêté en date du 23 mars 2021. Cette décision a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Nancy en date du 14 septembre 2021. En exécution de ce jugement, le préfet de Meurthe-et-Moselle a réexaminé la situation de l'intéressé et, par l'arrêté contesté du 27 décembre 2022, a rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressé.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, la décision du 27 décembre 2022 contestée a été signée par Mme D A, directrice de l'immigration et de l'intégration par intérim, qui a régulièrement reçu délégation de signature du préfet de Meurthe-et-Moselle par arrêté du 3 octobre 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, aux fins de signer les décisions de refus de séjour des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comprend les éléments de droit et de faits sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision en litige que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B.

5. En quatrième lieu, les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 ont pour seul objet de fixer les conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne constituent pas des lignes directrices dont l'intéressée peut utilement se prévaloir devant le juge. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 doit être écarté comme inopérant.

6. En cinquième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de disposition expresse en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Si les dispositions de l'article L. 435-1 du même code permettent à l'administration de délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " à un étranger pour des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, il ressort des termes mêmes de cet article, en vertu duquel il appartient à l'étranger de faire valoir les motifs exceptionnels justifiant que lui soit octroyé un titre de séjour, que le législateur n'a pas entendu déroger à cette règle ni imposer à l'administration, saisie d'une demande d'une carte de séjour, quel qu'en soit le fondement, d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article.

7. En l'espèce, si le requérant soutient que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit en examinant sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que l'écoulement du temps depuis le dépôt de sa demande et le fait qu'il ne remplissait plus les conditions posées par ces dispositions devaient le conduire à faire application des dispositions de l'article L. 435-1, il ressort des pièces du dossier que sa demande de titre, qui ne précisait pas le fondement textuel invoqué, tendait à obtenir la délivrance d'un titre de séjour dans le cadre d'un projet de formation professionnelle en apprentissage en qualité de jeune majeur ayant été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Alors que le requérant ne conteste pas le fait qu'il ne remplissait plus les conditions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la date de la décision contestée, et qu'il lui était loisible, s'il s'y croyait fondé, de déposer une nouvelle demande de titre de séjour sur un autre fondement, le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui a examiné la possibilité de faire usage du pouvoir discrétionnaire de régularisation dont il dispose, n'a pas commis d'erreur de droit en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Et aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B, célibataire et sans enfant, n'était présent en France que depuis quatre ans à la date de la décision contestée. Les éléments dont il se prévaut, tirés en particulier de la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée pour un emploi de pâtissier à compter du 18 août 2022, ne peuvent suffire à lui ouvrir un droit au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas, en lui refusant le titre de séjour sollicité, porté une atteinte disproportionnée au respect de son droit à une vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 27 décembre 2022 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300992

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