vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301025 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SCP BOUVIER - JAQUET - ROYER - PEREIRA-BARBOSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 avril 2023 à 12 heures 57, M. C B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de sursoir à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle ;
3°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a renouvelé son assignation à résidence au sein du département de Meurthe-et-Moselle, pour une durée de 45 jours, avec astreinte à se maintenir quotidiennement au logement qu'il occupe à Neuves-Maisons de 6 heures à 9 heures et obligation de se présenter les mardis et jeudis à 14 heures 30 aux services de gendarmerie situés 48, rue Aristide Briand à Neuves-Maisons ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu protégé par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des droits de la défense ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier et sérieux de sa situation ;
- le renouvellement de la mesure d'assignation à résidence est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il porte une atteinte injustifiée et disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à son droit de mener une vie familiale normale et qu'il n'a pas été tenu compte de la présence en France de sa compagne ni de l'état de santé de cette dernière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Pereira, représentant M. B, qui fait valoir que plusieurs erreurs figurent dans l'arrêté s'agissant de l'adresse du requérant et de son lieu de naissance et que l'arrêté portant assignation avait été annulé par le tribunal administratif.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, de nationalité géorgienne, est entré sur le territoire français en 2004, selon ses déclarations. Le 17 février 2023, il a été placé en garde à vue pour des faits de défaut de permis, port d'armes de catégorie D et infraction à la législation des étrangers. Par deux arrêtés du 18 février 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle, l'a, d'une part, obligé à quitter sans délai le territoire français en fixant son pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de 24 mois et, d'autre part, l'a assigné à résidence pendant une durée de 45 jours, renouvelable une fois. L'arrêté portant assignation à résidence a été annulé par un jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy en tant qu'il astreignait M. B à se maintenir au 104 rue Pierre et Marie Curie à Neuves-Maisons alors que son domicile est situé au numéro 114 de la même rue. Par un arrêté du 3 avril 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a renouvelé la mesure d'assignation à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de 45 jours.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et les conclusions tendant au sursis à statuer :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, dès lors que sa requête a été présentée par l'intermédiaire d'un avocat et qu'elle est en état d'être jugée, il n'y a pas lieu de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 8 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer tous les arrêtés à l'exception des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". La décision attaquée, qui vise les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise qu'une demande de laissez-passer a été faite auprès du consulat géorgien et que l'éloignement de M. B ne peut être immédiat mais demeure une perspective raisonnable. Ainsi cet arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
6. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle est prise une décision faisant grief que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
7. En l'espèce, M. B soutient qu'il a été privé du droit d'être entendu. Toutefois, en se bornant à faire valoir que sa mère se trouve dans une situation de dépendance vis-à-vis de lui en raison de son état de santé il n'établit pas, en l'absence de pièces, que cet élément, s'il avait pu être communiqué à temps au préfet, aurait été de nature à faire obstacle à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation personnelle de M. B. La circonstance que l'arrêté mentionne un lieu de naissance et une adresse erronés constitue une simple erreur matérielle qui est sans incidence sur sa légalité alors, au surplus, que M. B n'est pas astreint à se maintenir quotidiennement à son domicile sur une plage horaire déterminée mais est seulement tenu de ne pas quitter le département de Meurthe-et-Moselle. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Selon l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. " Il résulte de ces dispositions que le périmètre à l'intérieur duquel l'étranger assigné à résidence est autorisé à circuler, ainsi que la fréquence de sa présentation au service désigné par le préfet, sont indivisibles du principe même de l'assignation à résidence, compte tenu notamment de la finalité d'une telle mesure.
10. En se bornant à faire valoir qu'il vit avec sa compagne et qu'il souffre d'une pathologie nécessitant des soins en France, M. B n'établit pas que les modalités de son assignation à résidence seraient incompatibles avec ce suivi médical ou avec sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à son droit de mener une vie privée et familiale normale ne peut qu'être écarté.
11. Enfin, si le requérant soutient, à la barre, que la décision attaquée est dépourvue de base légale dès lors que la décision portant assignation à résidence a été annulée par le jugement du 28 février 2023 rendu par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy, il ressort des termes de ce jugement que cette décision a été annulée mais seulement en tant qu'elle astreignait M. B à se maintenir à son domicile quotidiennement entre 6 heures et 9 heures situé au 104 rue Pierre et Marie Curie à Neuves-Maisons alors que son domicile est situé au numéro 114 de la même rue. Il est par ailleurs constant que la décision attaquée tient compte de cette annulation partielle dès lors qu'elle n'oblige pas le requérant à se maintenir quotidiennement à son domicile. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant renouvellement de son assignation à résidence.
Sur les frais d'instance :
13. Il résulte de ce qui précède que l'Etat ne peut être regardé comme la partie perdante dans la présente instance. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font, dès lors, obstacle à ce que la somme demandée par les requérant au titre des frais exposés non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Pereira, et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
La magistrate désignée,
L. A
La greffière
L. Rémond
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026