vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301058 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CHAIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 avril 2023 à 11 heures 59 et un mémoire complémentaire enregistré le 13 avril 2023, M. F E, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence du signataire de l'acte ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il est entaché d'un défaut de base légale dès lors que l'arrêté du 20 avril 2022 qui le fonde est lui-même illégal ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 avril 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C, qui a indiqué en outre qu'il était susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a fait obligation de quitter le territoire français à M. E dès lors que cet arrêté n'a pas été contesté dans le délai de recours contentieux et est ainsi devenu définitif ;
- et les observations de Me Chaïb, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et indique en outre qu'il n'a pas été informé de la mise en instance du pli contenant l'arrêté du 20 avril 2022 qui ne peut ainsi être regardé comme ayant été régulièrement notifié ; que cet arrêté n'est donc pas définitif et qu'il peut exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision l'assignant à résidence ; que les conditions de l'assignation à résidence sont incompatibles avec son état de santé.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant arménien né le 15 octobre 1972 à Erevan (Arménie), est entré en France le 22 mai 2018 accompagné de son épouse et de leurs deux enfants. Sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée par une décision du 16 octobre 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 5 février 2019 de la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêté du 20 avril 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. E sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêté en date du 6 avril 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. D'une part, l'exception tirée de l'illégalité d'un acte non règlementaire n'est recevable que lorsqu'elle est soulevée à l'encontre d'une décision qui n'est pas devenue définitive à la date à laquelle elle est invoquée. Une décision administrative devient définitive à l'expiration du délai de recours contentieux ou, si elle a fait l'objet d'un recours contentieux dans ce délai, à la date à laquelle la décision rejetant ce recours devient irrévocable.
5. D'autre part, en cas de retour à l'expéditeur d'un pli recommandé, le destinataire de ce pli ne peut être regardé comme l'ayant reçu que s'il est établi qu'il a été avisé, par la délivrance d'un avis de passage, de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste dont il relève et n'a été retourné à l'expéditeur qu'après l'expiration du délai de mise en instance prévu par la réglementation en vigueur. Cette preuve peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le pli contenant l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'admettre au séjour M. E et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours a été expédié le 11 mai 2022 à l'adresse connue du requérant. Ce pli a fait l'objet d'une première présentation le 12 mai 2022 et il ressort des mentions de l'enveloppe que M. E a été avisé de sa mise en instance au bureau de poste " Saint-Georges " à Nancy. Ce pli, qui n'a pas été réclamé par le requérant, a été retourné par les services postaux après l'expiration du délai de mise en instance et a été reçu le 30 mai 2022 par les services de la préfecture. Si M. E soutient qu'il n'a pas été informé de la mise en instance du pli par les services de l'ARS-SAM où il est domicilié, en tout état de cause il ne l'établit pas par les pièces qu'il produit. Dans ces conditions, l'arrêté du 20 avril 2022, qui n'a pas été contesté dans le délai de recours contentieux, est devenu définitif. Par suite, l'exception d'illégalité de cet arrêté soulevée par M. E au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision d'assignation à résidence en litige est irrecevable et ne peut qu'être rejetée.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision d'assignation à résidence :
7. En premier lieu, Mme B A, directrice adjointe de la direction de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de Meurthe-et-Moselle, a reçu délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice de l'immigration et de l'intégration, l'autorisant à signer les arrêtés portant assignation à résidence par arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 3 octobre 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit, par suite, être écarté.
8. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. E, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté en litige, que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé préalablement à l'édiction de la mesure d'assignation à résidence, et ce alors même qu'il ne fait pas état des problèmes de santé dont souffre le requérant.
9. En troisième lieu, eu égard à la portée de la décision en litige et alors qu'il est constant que l'ensemble de la famille proche de M. E réside à ses côtés, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'assignation à résidence porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En dernier lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, notamment au regard des pièces médicales produites aux débats, qu'en obligeant M. E à se présenter deux fois par semaine à l'hôtel de police du boulevard Lobau à Nancy, le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
12. D'une part, la présente instance ne comporte aucuns dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. E doivent, en tout état de cause, être rejetées.
13. D'autre part, les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Chaïb.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
Le magistrat désigné,
B. C
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026