mercredi 26 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301074 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | GEHIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 avril 2023, M. A H, représenté par Me Géhin, demande au tribunal :
1°) d'ordonner la communication du dossier administratif relatif à la mesure de retenue pour vérification du droit au séjour ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2023 par lequel la préfète des Vosges l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2023 par lequel la préfète des Vosges l'a assigné à résidence dans le département des Vosges pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
- elle est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu tel que protégé par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'un vice de forme en ce qu'elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'il ne se trouve pas dans la situation mentionnée au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 et de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant absence de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un vice de forme en ce qu'elle n'est pas motivée ;
- elle doit être annulée par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit à être entendu a été méconnu ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un vice de forme en ce qu'elle n'est pas motivée ;
- elle doit être annulée par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 561-2-1 et R. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a été privé d'une garantie en n'étant pas mis en possession du formulaire dont le modèle est fixé par arrêté du ministre chargé de l'immigration.
Par des mémoires en défense enregistrés le 13 avril 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Chaïb, substituant Me Géhin, représentant M. H, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et indique en outre qu'il sollicite le bénéfice à titre provisoire de l'aide juridictionnelle ; que dès lors que son épouse n'a pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement, l'exécution de celle-ci implique nécessairement qu'il soit séparé de son épouse et de leurs enfants ; que la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors qu'il justifie avoir adressé à la préfecture sa demande de titre de séjour de 2020.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. H, ressortissant arménien né le 1er novembre 1987 à Erevan (Arménie), est entré en France le 29 juillet 2014, accompagné de son épouse. Leurs demandes d'admission au statut de réfugiés ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides les 17 juillet 2015 et 21 mars 2017, puis par la Cour nationale du droit d'asile par des décisions des 5 février 2016 et 15 juin 2017. Par des décisions en date des 11 mars 2016 et 5 décembre 2017, le préfet des Vosges a refusé de délivrer aux époux H un titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par son arrêté du 5 décembre 2017, le préfet des Vosges a également prononcé à l'encontre de M. et Mme H une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un nouvel arrêté en date du 16 septembre 2021, le préfet des Vosges a refusé de délivrer un titre de séjour aux époux H, leur a fait obligation de quitter le territoire français et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du 28 avril 2022 du tribunal administratif de Nancy. A la suite d'un contrôle par les services de gendarmerie de Bulgnéville le 8 avril 2023, la préfète des Vosges a, par deux arrêtés du même jour, dont M. H demande l'annulation, d'une part, prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département des Vosges pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. H au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à la communication du dossier administratif :
4. Aux termes des dispositions de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. " La préfète des Vosges a produit, à l'appui de ses écritures en défense, l'ensemble des pièces nécessaires à l'instruction de la requête introduite par M. H, lesquelles, dans le respect du principe du contradictoire, ont été intégralement communiquées à l'intéressé. Dans ces conditions, et alors que l'affaire est en état d'être jugée, il n'y a pas lieu d'ordonner la production d'une quelconque autre pièce, ni de l'entier dossier du requérant.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme F E, directrice de cabinet, à laquelle la préfète des Vosges établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions prises en matière de police des étrangers dans le cadre des permanences du week-end par un arrêté en date du 23 novembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 24 novembre 2022. La circonstance que cet arrêté de délégation n'a pas été publié dans une version signée est sans incidence sur la compétence du signataire de la décision litigieuse, édictée le samedi 8 avril 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En deuxième lieu, si M. H soutient que la mesure d'éloignement prise à son encontre a été édictée sans qu'il ait été préalablement entendu, ce moyen ne peut qu'être écarté dès lors que la préfète des Vosges justifie avoir sollicité préalablement les observations du requérant sur la mesure d'éloignement qu'elle envisageait de prendre.
7. En troisième lieu, la décision par laquelle la préfète des Vosges a fait obligation à M. H de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté contesté que la préfète des Vosges n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement. A cet égard, si le requérant soutient que la décision litigieuse ne ferait pas état des éléments qu'il avait transmis préalablement à son intervention, il n'est pas contesté, ainsi que le fait valoir la préfète des Vosges en défense, que M. H s'est borné à transmettre sa demande de titre de séjour formulée en décembre 2020 et ne peut être ainsi regardé comme ayant adressé à l'autorité administrative des éléments nouveaux justifiant qu'elle en fasse état dans sa décision.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".
10. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que la préfète des Vosges a fondé la mesure d'éloignement contestée tant sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que sur celles du 3° de ce même article. Dès lors, à supposer même, comme le soutient le requérant, que la décision ne pouvait trouver sa base légale dans les dispositions du 1° de cet article, cette circonstance ne permet pas d'entacher d'illégalité l'arrêté dès lors qu'il n'est pas contesté que la mesure d'éloignement pouvait être fondée sur les seules dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. M. H soutient qu'il réside en France avec son épouse depuis 2014, que leurs deux enfants y sont nés et qu'ils y justifient d'une parfaite intégration. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'épouse du requérant est également en situation irrégulière en France. Aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale constituée de M. H, de son épouse et de leurs deux enfants, dont il n'est pas établi qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Arménie, se reconstitue dans un autre pays que la France. M. H ne justifie pas en outre être dépourvu de toute attache familiale en Arménie, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Si le requérant se prévaut de promesses d'embauche, les éléments produits ne sont pas suffisants pour justifier de son insertion professionnelle en France. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et en dépit de la durée de séjour en France du requérant et de ses efforts d'intégration, il n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, la préfète des Vosges aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En septième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
14. Il ressort de ce qui a été dit au point 12 qu'aucune circonstance ne fait obstacle à ce que l'épouse de M. H, également en situation irrégulière en France, accompagne son époux hors de France et ce alors même qu'elle n'a pas fait l'objet d'une nouvelle mesure d'éloignement. Par suite, la décision litigieuse ne peut être regardée comme conduisant nécessairement les enfants du couple à être séparé de l'un de leurs parents. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète des Vosges, en obligeant M. H à quitter le territoire français, n'aurait pas porté une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants du requérant. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, par suite, être écarté.
15. En dernier lieu, M. H ne peut utilement invoquer les stipulations de l'article 9 de la convention relative aux droits de l'enfant dès lors que celles-ci créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision refusant d'accorder à M. H un délai de départ volontaire doit être écarté.
17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. H n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, n'est pas fondée et doit être rejetée.
18. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
19. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. H, la préfète des Vosges s'est fondée sur les dispositions combinées du 3° de l'article L. 612-2 et des 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En se bornant à soutenir qu'il justifie de garanties de représentation, M. H ne conteste pas utilement la légalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire dès lors qu'il ne conteste notamment pas s'être soustrait à l'exécution de trois obligations de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.
20. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment aux éléments de fait énoncés au point 12 du présent jugement, que la préfète des Vosges aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. H n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondée et doit être rejetée.
22. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
23. En dernier lieu, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que l'épouse du requérant l'accompagne en Arménie, pays dont elle a la nationalité. Par suite, M. H n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi aurait été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
24. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /() ".
25. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français édictée à l'encontre de M. H doit être écarté.
26. En deuxième lieu, l'arrêté de la préfète des Vosges, qui vise les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et apprécie la situation de M. H au regard des critères mentionnés à l'article L. 612-10, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.
27. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète des Vosges a mis M. H en mesure de présenter ses observations sur la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français qu'elle envisageait de prendre à son encontre. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu préalablement à l'édiction de la décision en litige aurait été méconnu.
28. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. H n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, n'est pas fondée et doit être rejetée.
29. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète des Vosges aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que M. H n'établissait pas l'existence de circonstances humanitaires justifiant que ne soit pas édictée à son encontre d'interdiction de retour.
30. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment aux éléments de fait énoncés au point 12 du présent jugement, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. H pour un durée d'un an porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
31. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. G B, adjoint au chef du bureau des migrations et de l'intégration, auquel la préfète des Vosges établit avoir délégué sa signature aux fins de signer la décision d'assignation à résidence en litige par un arrêté en date du 7 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
32. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'assignation à résidence. Il est, par suite, suffisamment motivé.
33. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions se substituent à celles désormais abrogées de l'article L. 561-2-1 : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. / Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R 732-5 du même code, qui se substitue à l'article R 561-5 : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Ce formulaire, dont le modèle est fixé par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre de l'intérieur, rappelle les droits et obligations des étrangers assignés à résidence pour la préparation de leur départ. Il mentionne notamment les coordonnées des services territorialement compétents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le droit de l'étranger de communiquer avec son consulat et les coordonnées de ce dernier, ainsi que le droit de l'étranger d'informer l'autorité administrative de tout élément nouveau dans sa situation personnelle susceptible de modifier l'appréciation de sa situation administrative. Il rappelle les obligations résultant de l'obligation de quitter le territoire français et de l'assignation à résidence ainsi que les sanctions encourues par l'étranger en cas de manquement aux obligations de cette dernière. / Ce formulaire est traduit dans les langues les plus couramment utilisées désignées par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa ".
34. M. H ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision l'assignant à résidence de la méconnaissance des dispositions citées ci-dessus dès lors que celles-ci sont relatives aux informations devant lui être remises après l'édiction de cette décision. Leur méconnaissance est ainsi insusceptible d'entacher d'illégalité la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
35. Il résulte de tout ce qui précède que M. H n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 8 avril 2023 de la préfète des Vosges qu'il conteste.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
36. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
37. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. H est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. H est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A H, à la préfète des Vosges et à Me Géhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.
Le magistrat désigné,
B. C
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026