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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301126

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301126

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 avril 2023, M. A C demande au tribunal d'annuler la décision du 1er mars 2023 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision du 23 décembre 2022 portant refus de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa conjointe, Mme B C.

Il soutient qu'il justifie de ressources stables et suffisantes dès lors que ses deux fils de nationalité française, propriétaires et employés dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, se sont respectivement engagés, ainsi qu'en atteste son notaire, à lui verser trois cents euros chaque mois.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que le moyen de la requête n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2021-1741 du 22 décembre 2021 portant relèvement du salaire minimum de croissance ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Philis a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 17 mai 1950, est entré en France au mois de mars 1970 et est titulaire d'un certificat de résidence de dix ans. Le 18 novembre 2022, il a formé une demande de regroupement familial au profit de sa conjointe, une compatriote, Mme B C avec laquelle il est marié depuis le 1er juin 2020. Par une décision du 23 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande. Par une décision du 1er mars 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté le recours gracieux dirigé contre cette décision. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. M. C doit, dès lors, être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 23 décembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de sa conjointe.

3. Aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; / () ".

4. Pour refuser de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. C, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a opposé l'insuffisance de ses ressources pour subvenir aux besoins de sa famille.

5. En l'espèce, il est constant qu'à la date des décisions attaquées, M. C percevait une pension de retraite d'un montant moyen de 1 097 euros nets par mois, soit un montant inférieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance alors applicable. Si au soutien de son recours gracieux, M. C produit deux attestations de ses fils par lesquels ils s'engagent à lui verser respectivement trois cents euros chaque mois, il ne démontre pas que de telles ressources supplémentaires provenant d'une aide familiale présenteraient un caractère pérenne. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur le caractère insuffisant de ses ressources pour refuser de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 14 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Samson-Dye, présidente,

M. Bastian, conseiller,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

L. Philis

La présidente,

A. Samson-Dye

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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