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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301145

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301145

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire enregistrés le 14 et le 18 avril 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) la désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète en langue arabe ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 16 mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, sur le fondement des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la recevabilité de la requête :

L'arrêté ne lui a pas été notifié avec l'assistance d'un interprète en langue arabe, en méconnaissance de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et il n'a pas été informé de la possibilité d'être assisté d'un conseil et d'un interprète avant d'introduire sa requête de sorte qu'il n'a pu préserver son droit au recours ;

En ce qui concerne la légalité externe des décisions contestées :

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles lui ont été notifiées dans une langue qu'il ne connait pas ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est fondée sur un refus de titre de séjour illégal ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation puisque son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elles est entachée d'erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires et à sa durée.

- Elle méconnait son droit constitutionnel d'asile.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 et 19 avril 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Elle soutient que la requête est irrecevable car tardive et que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Boudiba, avocate commise d'office, représentant M. A, présent et assisté d'un interprète en langue arabe. La requête a été enregistrée tardivement, puisqu'il était incarcéré lors de la notification de l'arrêté et n'a pas eu accès au greffe de la maison d'arrêt en temps utile, étant tributaire des contraintes de la détention. Il est entré régulièrement en France en 2019 pour se former et travailler mais a dû interrompre sa formation en raison de l'épidémie de covid. Etant en possession d'un récépissé valable jusqu'en octobre 2022, il a travaillé en intérim. Les faits qui lui sont reprochés en matière pénale sont récents.

- et les observations de M. D, représentant la préfète du Bas-Rhin, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense et souligne que le requérant ne développe aucun moyen à l'encontre du refus de titre de séjour et reconnait qu'il n'a pas contesté l'arrêté dans le délai. Il n'a pas demandé d'interprète ni d'avocat pour l'assister, alors que les mentions l'informant de cette possibilité étaient bien présentes dans la notification. Il a déclaré comprendre parfaitement le français, comme cela figure sur sa fiche pénale et sur le registre des droits du centre de rétention. Sa présence en France est récente, il ne justifie d'aucune élément d'intégration notamment par le travail. La durée de l'interdiction de retour se justifie par son entrée récente, l'absence d'attaches en France, la présence de sa famille dans son pays d'origine et par la menace à l'ordre public que son comportement représente, alors qu'il a bénéficié d'une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité marocaine, est entré en France le 30 juillet 2019 muni d'un visa de court séjour valable jusqu'au 21 avril 2020. Le 6 mars 2020, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mars 2023, la préfète du Bas-Rhin a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de 36 mois. Placé en rétention administrative le 15 avril 2023, il demande l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, la décision fixant le pays de renvoi et l'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-2 du code de justice administrative qu'il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ, fixant le pays de destination et interdiction de retour. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus d'admission au séjour. Ainsi, il n'y a lieu de statuer que sur les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 mars 2023 en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui interdisant le retour pendant une durée de 36 mois.

3. Par suite, les conclusions dirigées contre l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé l'admission au séjour de M. A doivent être réservées jusqu'en fin d'instance devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.

Sur la recevabilité :

4. L'article R. 776-2 du code de justice administrative prévoit : " () la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. " Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. " L'article L. 614-14 du même code prévoit : " En cas de détention de l'étranger, celui-ci est informé dans une langue qu'il comprend, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'il peut, avant même l'introduction de sa requête, demander au président du tribunal administratif l'assistance d'un interprète ainsi que d'un conseil. " Et en vertu de l'article R. 776-31 du code de justice administrative, si l'étranger est détenu à la date de notification de la décision, sa requête peut valablement être déposée, dans le délai de recours, auprès du chef de l'établissement pénitentiaire.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche de notification des décisions contestées, que l'arrêté du 16 mars 2023 a été notifié à M. A le même jour à 14h05, avec mention des voies et délais de recours et du fait qu'il avait la possibilité de solliciter le concours d'un interprète et d'être assisté d'un avocat ou de toute personne de son choix. Le requérant qui, au demeurant, a déclaré comprendre la langue française, tel que cela ressort de la fiche pénale et du registre du centre de rétention administrative, et ne justifie d'aucune diligence pour introduire sa requête en temps utile, ne peut soutenir que faute d'avoir compris la portée de la notification de l'arrêté contesté, il aurait été privé de la possibilité d'exercer effectivement son droit au recours.

6. Par suite, les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 mars 2023 en tant que la préfète du Bas-Rhin l'oblige à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de 36 mois, et par voie de conséquences, les conclusions annexes, doivent être rejetées comme étant irrecevables.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté en date du 16 mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour sont réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Bas-Rhin.

Lu en audience publique le 19 avril 2023 à 15 heures 10.

La magistrate désignée,

F. C

Le greffier

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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