vendredi 28 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301147 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL NIANGO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 avril 2023 à 11h37, Mme D B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le préfet de la Moselle a décidé de la maintenir en rétention administrative ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une attestation de demande d'asile afin de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait dès lors qu'elle a entrepris des démarches pour régulariser sa situation en France lorsqu'elle a présenté une demande d'asile à son arrivée ;
- les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec la directive " Accueil " en l'absence de définition de critères objectifs permettant d'apprécier le caractère dilatoire d'une demande d'asile présentée en rétention ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne ressort pas de la décision contestée que celle-ci ait effectivement été édictée après le dépôt de sa demande d'asile le 14 avril 2023 à 15h30 ;
- la demande d'asile ne présente pas de caractère dilatoire ;
- elle dispose de garanties de représentation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Sousa Pereira,
- les observations de Me Niango, avocat commis d'office de Mme B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et insiste sur le caractère trop général de la délégation de signature produite par le préfet ; que le préfet ne démontre pas avoir pris l'arrêté contesté avant que l'intéressée ne formule expressément sa demande d'asile le 14 avril 2023 et pour preuve, le préfet vise la date à laquelle l'intéressée a manifesté sa volonté de présenter une demande d'asile ; que le préfet n'a pu se fonder, pour apprécier le caractère dilatoire de la demande de Mme B, sur des critères objectifs, tels qu'exigés par la directive, dès lors qu'il n'a pas examiné sa demande, le préfet s'étant uniquement prononcé sur sa volonté de présenter une demande et non sur les motifs de sa demande d'asile qu'elle n'a formulée que le 14 avril 2023 ; que l'intéressée a toujours la possibilité d'introduire un recours contre la décision de l'OFPRA.
- les observations de Mme B qui déclare vouloir introduire un recours contre la décision de l'OFPRA ayant rejeté sa demande de réexamen comme étant irrecevable.
- et les observations de Me Morel représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense et souligne que l'intéressée a reçu, le 6 avril 2023, la notification de ses droits au moment de son placement en rétention administrative et notamment de sa possibilité de présenter une demande ; l'arrêté contesté a été pris après que sa demande d'asile ait été enregistrée le 14 avril 2019 ; que sa demande d'asile présente un caractère dilatoire et la délégation de signature ne présente pas un caractère trop général.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante mongole née le 9 août 1975, déclare être entrée en France après avoir quitté son pays d'origine au cours de l'année 2020 pour y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 27 avril 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis par la Cour nationale du droit d'asile le 23 septembre 2021. Mme B a ensuite fait l'objet de deux mesures d'éloignement, la première prise par le préfet de la Gironde par un arrêté du 18 mai 2021 et la deuxième par un arrêté du 29 juin 2022 prise par le préfet du Calvados. Après avoir fait l'objet d'un arrêté de remise par les autorités fédérales allemandes, le préfet de la Moselle l'a placée en rétention par un arrêté du 6 avril 2023. Mme B ayant sollicité le réexamen de sa demande d'asile, le préfet de la Moselle a ordonné son maintien en rétention par un arrêté du 14 avril 2023 dont Mme B demande l'annulation.
Sur les conclusions de la requête :
2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. A C, directeur adjoint de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de la Moselle, auquel le préfet de la Moselle a, par un arrêté du 21 octobre 2022, lui a accordé une délégation à l'effet de signer, s'agissant des attributions relevant de sa direction à l'exception des circulaires, instructions et arrêtés préfectoraux prononçant l'expulsion d'un étranger en application de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, compte tenu de ses termes, cette délégation, limitée dans son objet, ne revêt pas, contrairement à ce fait valoir le requérant, un caractère général. En outre, il ressort que cet arrêté de délégation du 21 octobre 2022 a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit, dès lors, être écarté dans toutes ses branches.
3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui fondent la décision maintenant Mme B en rétention. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
4. En troisième lieu, Mme B soutient que le préfet a mentionné à tort dans l'arrêté attaqué qu'elle n'avait entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation administrative alors qu'elle avait présenté une demande d'asile. Toutefois,e préfet, lorsqu'il prononce une décision ordonnant le maintien en rétention d'un étranger, doit uniquement apprécier le caractère dilatoire de la demande d'asile que ce dernier a présenté en rétention. Ainsi, ce motif de fait est sans incidence sur l'appréciation portée par le préfet lorsqu'il a prononcé la mesure contestée. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen comme étant inopérant.
5. En quatrième lieu, s'il incombe aux États membres, en vertu du paragraphe 4 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par le 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec les stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. " Aux termes de l'article R. 754-3 du même code : " L'étranger placé ou maintenu en rétention administrative qui souhaite demander l'asile remet sa demande sous pli fermé à l'autorité dépositaire. / Au sens du présent chapitre, les autorités dépositaires des demandes d'asile dans les lieux de rétention sont, dans un centre de rétention, le chef du centre, son adjoint ou le cas échéant le responsable de la gestion des dossiers administratifs et, dans un local de rétention, le responsable du local et son adjoint. ". Aux termes de l'article R. 754-4 de ce code : " La demande d'asile formulée en rétention est rédigée en français sur un imprimé établi par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. L'imprimé est signé et accompagné de deux photographies d'identité récentes et, le cas échéant, du document de voyage. ". Aux termes de l'article R. 754-6 de ce code : " Lorsque l'étranger remet sa demande d'asile à l'autorité dépositaire, celle-ci enregistre la date et l'heure de la remise sur le registre mentionné à l'article L. 744-2. " Enfin, aux termes de l'article R. 754-7 du même code : " Lorsque l'étranger remet sa demande d'asile à l'autorité dépositaire, conformément à l'article R. 754-6, celle-ci en informe sans délai le préfet qui a ordonné le placement en rétention afin qu'il se prononce sur le maintien en rétention conformément au premier alinéa de l'article L. 754-3. ".
7. Il résulte de ces dispositions que le préfet ne peut prononcer le maintien en rétention administrative d'un étranger qui a présenté une demande d'asile en rétention que postérieurement à l'enregistrement de cette demande par le chef du centre de rétention, son adjoint ou le responsable de la gestion des dossiers administratifs. Cet enregistrement est effectué, en vertu des dispositions précitées, au moment de la remise de sa demande d'asile par l'étranger placé en centre de rétention, demande qui doit être rédigée sur un imprimé établi par l'OFPRA.
8. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande d'asile remis à Mme B le 14 avril 2023 à 15 heures 30 a été retourné au greffe du centre de rétention administrative le même jour à 16 heures 36. Il ressort également des pièces du dossier que la décision en litige a été notifiée à Mme B le 14 avril 2023 à 16 heures 45. Il ne ressort en revanche d'aucune des pièces du dossier que la décision contestée aurait été prise avant la remise par la requérante de sa demande d'asile, ni que le préfet ne se soit pas fondé sur des critères objectifs en appréciant la demande de l'intéressée, bien que le préfet ait visé, par une erreur de plume, la date à laquelle l'intéressée a manifesté sa volonté de présenter une demande d'asile et non la date à laquelle sa demande a été déposée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions citées aux points 5 et 6 doit être écarté.
9. En dernier lieu, Mme B fait valoir que sa demande d'asile n'est pas dilatoire et fait état de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine en raison des violences qu'elle subissait de la part de son ex-mari et de la famille de ce dernier. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B a présenté une demande d'asile en France qui a été rejetée le 27 avril 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile le 23 septembre 2021. Par ailleurs, elle ne démontre pas, ni même ne soutient avoir de nouveaux éléments de nature à justifier sa demande de réexamen devant l'OPFRA. En outre, elle n'a sollicité cette demande de réexamen qu'après avoir fait l'objet d'une remise par les autorités fédérales allemandes et alors que deux mesures d'éloignement ont été prises à son encontre et que la mesure de placement en rétention avait fait l'objet d'une prolongation ordonnée par le juge des libertés et de la détention. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement estimer que sa demande de réexamen de sa demande d'asile présentait un caractère dilatoire.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le préfet de la Moselle a prononcé son maintien en rétention administrative. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet de la Moselle.
Lu en audience publique le 28 avril 2023 à 16h55.
La magistrate désignée,
C. Sousa Pereira
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026