mercredi 19 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301148 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SCP NOIRJEAN - GIRARD - BOUDIBA - GANTOIS - GRAILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire enregistrée le 15 avril 2023 à 13h21 M. C D demande au tribunal :
1°) la désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète en langue arabe ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 13 avril 2023 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, sur le fondement des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne toutes les décisions contestées :
- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;
- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;
- elles lui ont été notifiées dans une langue qu'il ne connait pas ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation puisque son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- elles est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme G,
- les observations de Me Boudiba, avocate commise d'office, représentant M. D, présent et assisté d'un interprète en langue arabe, et qui souligne qu'aucun élément ne permet d'affirmer qu'il est de nationalité marocaine puisque le jugement du tribunal pour enfants ne donne que son identité. Il est arrivé mineur sur le territoire français et ce n'est qu'en fin d'année 2022 qu'il s'est fait connaitre défavorablement pour des faits mineurs. Son comportement ne présente pas une menace pour l'ordre public.
- et les observations de M. H, représentant le préfet de la Moselle qui souligne que le requérant a lui-même déclaré son identité et sa nationalité lors de l'enregistrement de la requête. La durée de l'interdiction de retour est minime au vu des faits commis.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A se disant Ahmed D, de nationalité marocaine, est entré en France à une date inconnue et a été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance dans le département de la Moselle. Le 1er septembre 2022, il a été écroué au centre pénitentiaire de B sous mandat de dépôt. Par ordonnance en date du 27 octobre 2022, le juge pour enfants a constaté sa majorité. Le 14 avril 2023, le préfet de la Moselle lui a notifié un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et interdiction de retour pendant une durée d'un an. Placé en rétention administrative à sa levée d'écrou le 15 avril 2023, il demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète :
2. M. D, placé en rétention administrative, a présenté sa requête sans ministère d'avocat et a été assisté à l'audience par Me Boudiba, avocat commis d'office désigné par le bâtonnier du barreau de Nancy, et par un interprète en langue arabe, en application des dispositions des articles L. 614-10 et L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne les moyens communs :
3. En premier lieu, l'arrêté a été compétemment signé par M. E F, directeur adjoint de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de la Moselle, qui disposait d'une délégation de signature accordée par arrêté 21 octobre 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, aux fins de signer, tous actes se rapportant au contentieux des étrangers au titre de la Moselle et à l'activité du centre de rétention administrative de B. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux ne peut être qu'écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comprend les éléments de droit et de faits sur lesquels il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté n'aurait pas été notifié dans une langue comprise par le requérant, à le supposer établi, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné à une peine de 6 mois de prison dont 6 mois avec sursis probatoire de 18 mois, révoqué à hauteur de 6 mois, par un jugement en date du 6 juillet 2022 du tribunal pour enfants de B, pour avoir commis des faits de " vol aggravé par deux circonstances ", " port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D ", " vol, tentative ", " vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, tentative ", " vol aggravé par trois circonstances ", " vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt ". Par un jugement du 28 septembre 2022, le tribunal pour enfants l'a condamné à une peine de 4 mois avec maintien en détention pour des faits de " vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt ". Au vu de la gravité et du caractère récent de ces faits, le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que le comportement de M. D représentait une menace pour l'ordre public.
8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a déclaré être célibataire et sans enfant, et ne justifie ni même n'allègue de l'existence de liens sur le territoire français. Dans ces conditions, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Moselle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public". Ainsi qu'il a été dit au point 4, le comportement de M. D présente une menace pour l'ordre public. Pour ce seul motif le préfet de la Moselle pouvait décider de ne pas lui octroyer un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'existerait pas de risque qu'il se soustraire à l'exécution de la mesure d'éloignement doit être écarté comme étant inopérant.
En ce qui concerne le pays de destination :
10. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'ordonnance du tribunal pour enfants du 27 octobre 2022, que si M. D a utilisé un alias quant à son nom et sa date de naissance, il a déclaré être né à Oujda au Maroc. Aucun élément ne venant remettre en cause cette déclaration, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Il doit par suite être écarté pour ce motif.
12. Et pour les mêmes motifs que ce qui a été indiqué au point 4, la décision du préfet de la Moselle ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entre et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
14. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui ne précise pas la date à laquelle il est entré sur le territoire français, a déclaré être célibataire sans enfant, ne justifie d'aucun lien sur le territoire ni d'aucune intégration particulière, et s'est fait connaitre pour des faits pour lesquels il a fait l'objet de condamnations pénales. Par suite, bien qu'il n'ait pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation, que le préfet de la Moselle a pu fixer à un an la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français.
15. Il ressort de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement, qui ne fait pas droit aux conclusions de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions présentées par la requérante à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
17. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Moselle.
Lu en audience publique le 19 avril 2023 à 15 heures 13.
La magistrate désignée,
F. G
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026