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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301174

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301174

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMOUTON

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Di Candia, magistrat désigné,

- les observations de Me Mouton, avocate commise d'office représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en précisant, en outre, que la présence en France de M. D depuis 2011 est établie, que sa vie commune avec sa compagne est établie au moins depuis 2016, que les faits de violence qui lui sont reprochés reposent exclusivement sur un procès-verbal de saisie d'interpellation, que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, la seule mention de détention de produits stupéfiants en 2011 ne suffisant pas à le caractériser, que la décision fixant le pays de destination, qui ne vise pas l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est insuffisamment motivée en droit, qu'il a déféré à l'obligation qui lui était faite de quitter le territoire français en 2019 puisqu'il est allé vivre en Suisse avant de revenir en France, qu'il n'a pas d'enfant.

- les observations de M. E, représentant la préfète de l'Aube, qui conclut au rejet de la requête et précise que la mesure d'éloignement n'est pas fondée sur la menace à l'ordre public, que si l'intéressé a déclaré être entré en France en 2011, il n'apporte aucun élément de nature à établir la poursuite de sa vie en France à compter de 2019, que la situation de concubinage ne ressort pas des pièces du dossier, aucune attestation ne venant l'établir, qu'à supposer qu'il soit parti en Suisse en 2019, il ne justifie pas avoir exécuté la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre en 2019 conformément aux exigences prévues à l'article R. 711-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision fixant le pays de destination est motivée en droit, les articles L. 721-3 à 5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant visés, tout comme l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que la décision portant interdiction de retour, dont la durée n'est que d'une année, n'est pas entachée d'erreur d'appréciation. Enfin, à titre subsidiaire, il demande que la décision portant refus de délai de départ volontaire puisse, subsidiairement, être fondée sur les dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, voire du 1° du même article, dans l'hypothèse où le tribunal estimerait que M. D n'entrerait pas dans le champ du 5° du même article ;

- et les observations de M. D lui-même.

Considérant ce qui suit :

1. M. C F D, ressortissant nigérian né le 9 juillet 1985, serait entré en France, selon ses déclarations, en 2011. Il a été interpellé le 17 avril 2023 pour des faits de violence. Par un arrêté du 17 avril 2023, la préfète de l'Aube a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. M. D, placé au centre de rétention administrative, demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A B elle-même, en sa qualité de préfète de l'Aube. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué faute pour celui-ci de justifier d'une délégation de signature, ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui fondent la décision. Plus particulièrement, s'agissant de la décision fixant le pays de destination, elle vise les articles L. 721-3 à 5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'ensemble des décisions que contient l'arrêté doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que l'arrêté attaqué n'a pas été notifié dans une langue qu'il comprend. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens spécifiquement dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. D se prévaut de la durée de son séjour en France et de la présence en France de sa compagne. Toutefois, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'après 2019, il se serait maintenu sur le territoire français. Par ailleurs, s'il apporte des éléments de nature à justifier avoir résidé en France entre 2011 et 2019, il ne justifie pas y avoir séjourné de manière régulière et a ensuite fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 8 avril 2019. Enfin, il ne se prévaut en France d'aucune autre attache que la personne à l'égard de laquelle il lui est reproché des faits de violence le 17 avril 2023. Si M. D soutient qu'elle est toujours sa compagne, il ne l'établit pas, tandis qu'il s'est présenté comme célibataire dans le formulaire de renseignements produit par la préfète. Dans ces conditions, et alors même qu'il aurait vécu en France entre 2011 et 2019, M. D n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Aube aurait, en l'obligeant à quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise.

En ce qui concerne les moyens spécifiquement dirigés à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

8. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

9. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Aube a refusé d'accorder à M. D un délai de départ volontaire au motif exclusif qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Il se trouvait ainsi dans le cas prévu au 5° de l'article L. 612-3 précité, permettant de regarder comme établi, sauf circonstance particulière, le risque qu'il se soustraie à l'obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français. Si M. D soutient à l'audience avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre en avril 2019 et s'être rendu en Suisse, il ne l'établit pas. En outre, il ne peut utilement soutenir que son comportement ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, un tel motif n'étant pas au nombre de ceux retenus par la préfète pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait inexactement appliqué les dispositions précitées des articles L. 612-2 et L.612-3 en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant son pays de destination.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, la décision par laquelle la préfète de l'Aube a fixé le pays de destination à destination duquel M. D pourra être éloigné n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En dernier lieu, si M. D soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Dans ces conditions cette décision ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

15. En se bornant à se prévaloir de la présence en France de sa compagne, avec laquelle il n'établit plus partager une communauté affective, M. D ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. Par ailleurs, en dépit de la durée de sa présence en France, M. D s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et ne justifie pas d'autre lien en France que ceux noués avec son ex compagne. La préfète de l'Aube, en fixant à un an la durée de l'interdiction du territoire prise à son encontre, n'a ainsi pas fait une inexacte application des dispositions précitées.

16. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a interdit, pour une durée d'un an, tout retour sur le territoire français. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F D et à la préfète de l'Aube.

Lu en audience publique le 2 mai 2023 à 15h12.

Le magistrat désigné,

O. Di Candia

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aube en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301174

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