mercredi 26 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301188 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CHAIB |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête, enregistrée le 18 avril 2023 à 15 heures 40 sous le n° 2301188, Mme E B, représentée par Me Lemonnier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté, en date du 13 mars 2023 notifié le 17 avril 2023, par lequel le préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq-jours avec obligation de se présenter, accompagnée de ses enfants mineurs, les mercredis, hors jours fériés, entre 9 heures et 10 heures à l'hôtel de police de Lunéville ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de son conseil au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté d'assignation à résidence est entaché d'incompétence dès lors que le lieu d'assignation à résidence est la Meurthe-et-Moselle ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le formulaire d'information prévu par les dispositions des articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui a pas été remis ;
- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreur de droit en ce qu'il l'oblige à se présenter avec ses enfants mineurs ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation et l'intérêt supérieur de ses enfants a été méconnu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
II - Par une requête, enregistrée le 18 avril 2023 à 15 heures 36 sous le n° 2301189, Mme E B, représentée par Me Lemonnier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté, en date du 13 mars 2023, par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a transférée aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin d'enregistrer sa demande d'asile dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de son conseil au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté de transfert est entaché d'incompétence dès lors qu'elle est domiciliée en Meurthe-et-Moselle ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que les informations prévues par l'article 4 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'ont pas été portées à sa connaissance ;
- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il est insuffisamment motivé ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des articles 3 et 7 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 2 octobre 2018 du ministre de l'intérieur portant régionalisation de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile dans la région Grand Est ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Chaïb, substituant Me Lemonnier, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes par les mêmes moyens. Elle soutient, en outre, que la décision de transfert est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation en raison du doute existant sur sa nationalité et donc sur son identité, que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire afin de permettre un examen du risque d'excision auquel sont exposées les filles de A B, en France et en langue française qu'elle maîtrise, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'intérêt supérieur des enfants de A B et de sa situation de vulnérabilité résultant de sa situation de femme isolée avec cinq enfants à charge, qui n'a pas été prise en compte ; elle soutient, en outre que l'arrêté d'assignation à résidence est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.
- les observations de Mme B,
- le préfet du Bas-Rhin n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Les requêtes nos 2301188 et 2301189 se rapportent à la situation de Mme B et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement. 1.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur les demandes d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les conclusions de la requête :
4. Mme B, ressortissante de nationalité nigériane née en 1989, a quitté la Côte d'Ivoire le 29 décembre 2022, accompagnée de ses cinq enfants mineurs nés en 2011, 2012, 2014, 2016 et 2021. Elle a présenté une demande d'asile le 10 février 2023 mais, la consultation du fichier européen VIS ayant révélé que Mme B était en possession d'un visa délivré par les autorités allemandes, celles-ci ont été saisies, le 16 février 2023, d'une demande de prise en charge qu'elles ont acceptée le 20 février 2023. Par deux arrêtés du 13 mars 2023, notifiés le 17 avril 2023, la préfète du Bas-Rhin l'a assignée à résidence et a décidé de son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Mme B demande l'annulation de ces arrêtés.
En ce qui concerne l'arrêté de transfert aux autorités allemandes :
5. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'arrêté du 2 octobre 2018 du ministre de l'intérieur visé ci-dessus, publié au journal officiel de la République française du 7 octobre suivant, que le préfet du département du Bas-Rhin est l'autorité administrative compétente pour procéder à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile s'agissant des demandes d'asile enregistrées par le préfet du département de la Marne. Par suite, et alors même que Mme B est domiciliée en Meurthe-et-Moselle, le préfet du Bas-Rhin était bien compétent pour signer l'arrêté ordonnant le transfert vers les autorités allemandes de l'intéressée qui a déposé sa demande d'asile auprès du préfet de la Marne.
6. En deuxième lieu, l'arrêté du 13 mars 2023 comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose la décision de transfert. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment: a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères; c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. ".
8. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le début de la procédure, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 précité. Eu égard à leur nature, la délivrance de ces informations constitue une garantie pour le demandeur d'asile.
9. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de sa signature apposée sur la première page des documents produits par le préfet, que Mme B s'est vu remettre le 10 février 2023, le guide du demandeur d'asile ainsi que deux brochures intitulées " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' ", et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", documents rédigés en langue française qu'elle a déclaré comprendre. Ces documents contiennent l'intégralité des informations prévues par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement n° 604/2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.
10. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni d'aucune autre pièce du dossier qu'avant d'ordonner son transfert aux autorités allemandes, le préfet du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B en tenant compte notamment de sa situation de vulnérabilité résultant du fait qu'elle a, seule, la responsabilité de cinq enfants mineurs. La circonstance que l'arrêté attaqué mentionne, par erreur, que Mme B est de nationalité ivoirienne n'est pas de nature à caractériser un tel défaut d'examen dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que les formulaires de demande de prise en charge par les autorités allemandes et d'acceptation de cette demande par ces dernières précisent bien que Mme B est de nationalité nigériane. Par ailleurs, le relevé Visabio du 10 février 2023 produit par le préfet, qui comporte la mention de la nationalité nigériane de Mme B, n'est pas de nature à faire naitre un doute quant à l'identité de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de Mme B doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La procédure de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ne peut être engagée dans le cas de défaillances systémiques dans l'Etat considéré mentionné au 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 dispose que : " 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un Etat membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier Etat membre auprès duquel la demande a été introduite, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable devient l'Etat membre responsable. ". Et aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".
12. D'une part, si Mme B invoque les défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile constatées en Allemagne, elle ne l'établit pas en se bornant à soutenir qu'elle ne pourrait y être hébergée avec ses cinq enfants et risque de s'y retrouver à la rue sans moyen de subsistance, sans protection et sans accès à des soins médicaux. Par suite, la préfète du Bas-Rhin n'a pas méconnu les dispositions de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 en ordonnant le transfert de l'intéressé aux autorités allemandes.
13. D'autre part, Mme B se prévaut du risque d'excision auquel sont exposées ses filles au D, pays dont elle a la nationalité, et en Côte d'Ivoire, pays où elle résidait, et soutient que ce risque serait mieux pris en compte si sa demande d'asile était examinée en France dès lors qu'elle maitrise la langue française alors que l'examen de sa demande en Allemagne devrait être faite par le truchement d'un interprète. Toutefois, cette circonstance n'est pas de nature à établir que les risques qu'elle invoque ne seront pas sérieusement examinés en Allemagne. Par ailleurs, la circonstance que ses enfants sont scolarisés en France et maitrisent la langue française n'établit pas que la décision de transfert serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, Mme B n'est pas fondé à soutenir que les autorités françaises ont méconnu les dispositions citées au point 11 en n'examinant pas sa demande d'asile.
14. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
15. Mme B fait valoir que quatre de ses cinq enfants sont scolarisés en France. Toutefois, eu égard au caractère très récent de son arrivée sur le territoire français où elle n'a aucune attache, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mars 2023 décidant de son transfert aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile.
En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :
17. En premier lieu, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin était compétente pour assigner à résidence Mme B dans un département de cette région. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché cet arrêté doit être écarté.
18. En deuxième lieu, l'arrêté du 13 mars 2023 comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose la mesure d'assignation à résidence. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
19. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour.
Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ". Il résulte de ces dispositions que cette information doit être portée à la connaissance de la personne assignée à résidence lors de la notification de cette mesure. Ainsi, l'absence d'information est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, laquelle s'apprécie à la date de son édiction. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.
20. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. () L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".
21. Mme B s'étant vu notifier une décision de transfert, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit, décider de l'assigner à résidence. Mme B n'apporte, en tout état de cause, aucun élément de nature à établir, comme elle le soutient, que son transfert vers l'Allemagne ne constituerait pas une perspective raisonnable.
22. En cinquième lieu, les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Les modalités d'application de l'obligation de présentation sont soumises au contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qui, saisi d'un moyen en ce sens, vérifie notamment qu'elles ne sont pas entachées d'erreur d'appréciation. D'autre part, si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.
23. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne fait légalement obstacle à ce que l'autorité administrative, lorsqu'elle assortit la décision de transfert d'une mesure d'assignation à résidence, mesure alternative moins contraignante au placement en rétention, oblige le ressortissant étranger devant quitter le territoire, dans le cadre de la fixation des modalités d'exécution de la mesure d'assignation à résidence et afin de permettre l'éloignement de ce ressortissant étranger et des enfants l'accompagnant, à se présenter auprès des services de police avec ses enfants mineurs, sous réserve d'une erreur d'appréciation.
Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet ne peut, sans commettre d'erreur de droit, l'astreindre à se présenter au commissariat de Lunéville avec ses cinq enfants. Par ailleurs, Mme B soutient que le préfet a commis une erreur d'appréciation en fixant les modalités selon lesquelles elle doit se présenter avec ses cinq enfants au commissariat de Lunéville au motif, d'une part, que sa fille aînée, qui est collégienne a des cours le mercredi matin et, d'autre part, que ce commissariat est situé à vingt minutes à pied de son domicile. Toutefois, Mme B n'apporte aucun élément précis sur l'emploi du temps scolaire de sa fille et la circonstance qu'elle ait à parcourir vingt minutes à pied avec ses enfants, une fois par semaine, pour satisfaire l'obligation qui lui est faite de se présenter au commissariat de Lunéville n'est pas de nature à caractériser l'erreur d'appréciation dont serait entaché l'arrêté attaqué. Pour les mêmes motifs, Mme B n'est fondée à soutenir ni que l'intérêt supérieur de ses enfants aurait été méconnu, ni que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation. 24.
25. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mars 2023 l'assignant à résidence.
26. Par voie de conséquence de tout ce qui précède, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B, dès lors qu'eu égard à ses motifs, le présent jugement n'appelle aucune mesure particulière d'exécution, ainsi que les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les requêtes de Mme B sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin et à Me Lemonnier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023
Le président,
S. C
Le greffier
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2301188 et 2301189
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026