LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301232

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301232

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCAPPELLETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 avril 2023 à 14 heures 56 et 25 avril 2023, M. H E demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Des pièces ont été produites le 26 avril 2023 pour M. E.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation en ce que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation en ce qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au principe de la mesure ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Bastian, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G,

- les observations de Mme C, élève-avocate auprès de Me Cappelletti, avocate commis d'office pour M. E, qui maintient les conclusions à fin d'annulation et d'injonction et qui demande l'admission de son client au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Cappelletti au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ; qui rappelle la situation de l'intéressé ; qui précise qu'il n'a pas exécuté la dernière mesure d'éloignement dès lors que sa compagne était enceinte et que des démarches judiciaires sont en cours pour que M. E obtienne un droit de visite ; qui insiste sur l'insuffisance de motivation dès lors que l'arrêté ne précise pas les faits reprochés, sur la méconnaissance du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; et qui soulève les moyens suivants :

* la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation dès lors que cette décision n'évoque pas la situation familiale de l'intéressé ;

* elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que son client aurait pu bénéficier d'un certificat de résidence algérien de plein droit sur le fondement du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. E

- les observations de M. E, assisté de M. J, interprète en langue arabe, qui indique qu'il vivait dans une bonne ambiance familiale, qu'il avait envie de fonder une famille, qu'il attendait l'arrivée de l'enfant et qu'un problème d'hormones a créé des tensions entre sa compagne et lui, qu'il souhaite pouvoir s'occuper de son enfant et qu'un seul incident a éclaté ;

- et les observations de M. L, représentant le préfet du Haut-Rhin, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; qui rappelle que la mesure d'éloignement est aussi fondée sur l'entrée irrégulière de M. E ; qui indique qu'aucune pièce du dossier montre que l'enfant est de nationalité française, dès lors que l'on ne connaît pas la nationalité de la mère de son enfant ; qui considère qu'aucun projet de couple ne ressort des pièces du dossier et que la cellule familiale a, en tout état de cause, vocation à se reconstituer en Algérie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né le 15 février 1997, est entré en France, selon ses déclarations, en 2020. Il a été interpellé et placé en garde à vue le 18 avril 2023 par les services de police de Mulhouse pour des faits de vol. Par un arrêté du 24 février 2022, le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 19 avril 2023, le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Placé en rétention administrative, M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les autres conclusions :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, par un arrêté du 12 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à M. K, directeur de la réglementation, à l'effet de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par ce même arrêté, une délégation de signature a notamment été donnée, en cas d'absence ou d'empêchement de M. K, à M. B, chef du service de l'immigration et de l'intégration, à Mme D, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration et cheffe du bureau de l'admission au séjour, et à Mme F, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, pour signer ces décisions et, en cas d'absence ou d'empêchement de ceux-ci, à M. I A, chargé du contentieux. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que M. K, M. B, Mme D et Mme F n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de signature de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne notamment la situation familiale de M. E ainsi que les faits et condamnations pris en compte par le préfet pour fonder sa décision, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du vice de forme ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () "

7. En premier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. E. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

9. Si M. E est père d'un enfant né le 6 avril 2022, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cet enfant serait de nationalité française. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

10. En troisième lieu, indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'obligation de quitter le territoire à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi, ou un engagement international, prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.

11. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 4. au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résident en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur de droit.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

14. Nonobstant la circonstance que M. E participe à l'entretien de son enfant par l'achat de quelques articles en grande surface, et alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. E et son ancienne compagne aurait pour projet de se marier à l'expiration de l'interdiction qui lui a été édictée d'entrer en contact avec elle, et eu égard à la faible durée de son séjour en France, alors, au demeurant, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où se trouvent sa mère, ses frères et ses sœurs, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. E n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () " Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

17. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 27 juin 2022, le tribunal judiciaire de Mulhouse a condamné M. E à trois mois d'emprisonnement pour des faits de violences suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours sur personne étant ou ayant été son conjoint et s'est vu interdire d'entrer en contact avec son ancienne compagne. Malgré cette interdiction, son ancienne compagne a porté plainte contre M. E en raison du fait qu'il l'aurait approché le 17 septembre 2022. Si M. E soutient sans apporter de pièce de nature à étayer ses allégations que sa compagne l'a pardonné et qu'ils envisagent de se marier, cette circonstance est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision en litige. En outre, M. E a été interpellé le 18 avril 2023 pour des faits de vol. Dès lors, son comportement constitue une menace pour l'ordre public permettant à l'autorité administrative de refuser d'accorder un délai de départ volontaire.

18. D'autre part, M. E s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. En outre, M. E n'a pas pu présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dès lors qu'il a déclaré résider chez un ami à Mulhouse. Dans ces conditions, il existe un risque que M. E se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, circonstance susceptible de justifier le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

19. Il résulte de ce qui a été dit aux points 16 à 18 que le préfet n'a pas inexactement appliqué les dispositions citées au point 10 pour refuser d'accorder à M. E un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

20. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. E n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de destination.

21. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige, distincte de la mesure d'éloignement et qui se borne à fixer le pays à destination duquel il sera éloigné, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

22. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. E n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). "

24. Si M. E soutient que des circonstances humanitaires justifient que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour, il n'apporte aucun élément de nature à étayer ses allégations selon lesquelles un projet de mariage serait en cours avec son ancienne compagne, de laquelle il doit, par décision judiciaire, se tenir éloigné et qui a porté plainte en raison du non-respect, le 17 septembre 2022, de cette interdiction. En outre, s'il ressort de factures produites par M. E qu'il participe à l'entretien de son fils en lui achetant des articles au supermarché, la mesure en litige n'empêche pas une telle participation matérielle à l'entretien de son fils. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

25. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

26. Il ressort des pièces du dossier que M. E est présent en France depuis 2020. Si son fils est actuellement présent en France et qu'il participe à son entretien, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il participe, à la date de la décision en litige, à son éducation. Ensuite, M. E a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, non exécutée. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 17, que sa présence sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public. Par suite, le préfet n'a pas inexactement appliqué les dispositions citées au point précédent en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

27. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

28. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 14 et 26, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations citées au point précédent, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

29. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H E et au préfet du Haut-Rhin.

Lu en audience publique le 26 avril 2023 à 16 heures 32.

Le magistrat désigné,

P. G

La greffière

L. Rémond

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions