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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301265

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301265

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCATHALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2023, M. C A représenté par Me Cathala, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 12 décembre 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " et de la décision du 13 mars 2023 confirmant ce refus ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée équivalente à celle de l'instruction de la demande au fond dans le délai de dix jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'absence de délivrance d'un titre de séjour l'empêche de poursuivre sa scolarité et fait obstacle à ce qu'il trouve un stage nécessaire à l'obtention de son diplôme ;

- les délais de traitement d'une nouvelle demande de titre de séjour et de l'éventuelle contestation du refus qui lui serait opposé ne sont pas compatibles avec la poursuite de sa scolarité ;

- le refus de lui délivrer un titre de séjour porte atteinte à son droit d'accès à l'instruction et à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- cette décision est manifestement illégale dès lors que le préfet ne lui a jamais demandé de compléter sa demande, en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- son dossier de demande était complet dès lors qu'il avait bien produit l'attestation de l'ambassade de Guinée précisant la durée d'octroi de sa bourse et son montant ;

- il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'existe pas de doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu :

- la requête n° 2301267 enregistrée le 25 avril 2023 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision litigieuse ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 mai 2023 à 10h00 :

- le rapport de M. Marti, juge des référés ;

- les observations de Me Cathala, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et ajoute que les faits reprochés à M. A ne sont pas récents, pas suffisamment graves et surtout qu'ils se heurtent au principe de la présomption d'innocence ; que la décision litigieuse est insuffisamment motivée au regard de la complétude du dossier et qu'il s'agit bien d'une demande de renouvellement de titre " étudiant " ;

- et les observations de Mme B, représentant le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h30.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 22 juillet 1988, est entré en France en 2014 sous couvert d'un visa de long séjour en vue de poursuivre ses études à Lille. Un titre de séjour en qualité d'étudiant lui a été délivré et renouvelé à plusieurs reprises, le dernier en date étant valable jusqu'au 26 septembre 2020. Ayant déménagé à Marseille en 2020 et ayant demandé l'asile, M. A a été débouté de sa demande par décisions de l'OFPRA et de la CNDA en dates des 31 août 2021 et 14 mars 2022. Par un arrêté du 29 avril 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Inscrit en master 2 à la faculté de droit de Nancy depuis la rentrée universitaire 2022-2023, M. A a présenté une demande de titre de séjour en qualité d'étudiant, qui a été rejetée par décision du 12 décembre 2022. Son recours gracieux a été rejeté par décision du 13 mars 2023. M. A demande la suspension de l'exécution de cette dernière décision.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les autres conclusions de la requête :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article L. 522-1 du même code précise que : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

4. Il résulte de l'instruction que le rejet de la demande et du recours gracieux de M. A n'est pas motivé par le caractère incomplet de sa demande mais par le fait qu'il ne remplit pas les conditions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France, ainsi que cela est précisé dans la décision du 12 décembre 2022, et que les pièces qu'il a produites dans le cadre de son recours gracieux ne sont pas de nature à remettre en cause cette appréciation. En outre, M. A ne justifie pas d'un visa de long séjour pourtant obligatoire dans le cadre de sa demande devant être considérée comme une première demande de titre de séjour compte tenu de l'interruption des études de M. A et de la situation irrégulière dans laquelle il se maintient depuis le mois d'octobre 2020. Par ailleurs, M. A a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet des Bouches-du-Rhône le 29 avril 2022, à laquelle il s'est soustrait. Enfin, son droit à l'instruction n'est pas méconnu car rien ne fait obstacle à ce qu'il poursuive ses études dans son pays d'origine ou qu'il demande un visa en vue de faire des études en France.

5. Il résulte de ce qui précède qu'en l'état de l'instruction, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence, aucun des moyens soulevés par M. A n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, et que, dès lors, sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 12 mai 2023.

Le juge des référés,

D. Marti

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301265

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