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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301330

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301330

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, magistrate désignée,

- les observations de Me Chaïb, avocate commise d'office de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et soutient, en outre, qu'elle sollicite l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire pour son client ; que celui-ci est en France depuis 2013 soit depuis dix ans, qu'il dispose de plusieurs membres de sa famille en France notamment ses oncles et sa grand-mère ainsi que son fils de nationalité française ; que M. B envisage de reprendre les contacts avec son fils ; qu'en conséquence de l'interdiction de retour sur le territoire français il ne pourra pas voir son enfant avant trois ans au minimum ; qu'elle entend soulever un nouveau moyen tiré de la méconnaissance par la décision portant obligation de quitter le territoire français de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- les observations de Me Giafferi, représentant le préfet de la Meuse qui fait valoir que le requérant comprend le français, que son comportement représente un risque de troubles à l'ordre public élevé et que son enfant est à la charge de sa concubine dont il est séparé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 26 février 1994, serait entré en France en 2013 selon ses déclarations. Par des arrêtés des 7 septembre 2015, 28 juin 2017 et 17 août 2020 il a fait l'objet de décisions portant obligation de quitter le territoire français, qu'il n'a pas exécutées. Par un nouvel arrêté du 18 août 2021, le préfet de la Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français en fixant son pays de destination et en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois. M. B a été condamné, le 15 février 2021, par un jugement du tribunal judiciaire de Reims à quatre mois d'emprisonnement pour des faits de violence sur conjoint et le 20 août 2021 à deux ans d'emprisonnement pour des faits de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à 8 jours en récidive. M. B a été incarcéré au centre de détention de Saint Mihiel à compter du 15 décembre 2021. Par un arrêté du 9 février 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Meuse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. A sa sortie de détention, M. B a été placé en rétention.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 572-5 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions d'annulation :

4. Il ressort de l'attestation remplie par M. B le 6 janvier 2022 et produite par le préfet de la Meuse lui-même dans son mémoire en défense que le requérant y déclarait ne pas vouloir être reconduit dans son pays d'origine en raison de la présence de son fils en France. Or, la décision portant obligation de quitter le territoire français énonce seulement que M. B n'exerçait aucune activité professionnelle en France et ne fait état d'aucune source de revenus ou d'une démarche d'insertion en France et qu'il n'a jamais tenté de régulariser sa situation administrative sur le territoire français pour en déduire que, compte-tenu des circonstances, le prononcé d'une mesure d'éloignement à son encontre ne porte pas une atteinte disproportionnée aux droits, à la situation personnelle et à la vie familiale de l'intéressé. Le préfet mentionne également, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, que le requérant est " célibataire et n'étant pas chargé de famille en France ". Dans ces conditions, et alors que le préfet de la Meuse avait nécessairement connaissance, en amont de l'édiction de l'arrêté litigieux, de la présence du fils français de M. B et qu'il n'en fait pas du tout état dans son arrêté, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté du 9 février 2023 est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 9 février 2023 par laquelle le préfet de la Meuse l'a obligé à quitter le territoire français. En conséquence, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues par les dispositions de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du même code. Par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les décisions refusant à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Le présent jugement implique d'enjoindre au préfet de la Meuse de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait de nouveau statué sur son cas, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. M. B ayant été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate, Me Chaïb peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chaïb de la somme de 1 200 euros sur le fondement de ces dispositions, sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne serait finalement pas accordée au requérant, la somme de 1 200 euros lui sera directement versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet de la Meuse a obligé M. B à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans est annulé.

Article 3 : Il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues par les dispositions de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du même code.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Meuse de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait de nouveau statué sur son cas, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : L'Etat versera à Me Chaïb la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne serait finalement pas accordée au requérant, la somme de 1 200 euros lui sera directement versée.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Chaïb et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique le 10 mai 2023 à 16 heures 05.

La magistrate désignée,

L. Fabas

La greffière,

L. Bourée

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2301330

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