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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301360

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301360

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantGHARZOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 mai et 25 août 2023, M. D C, représenté par Me Gharzouli, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er mai 2023 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et, dans l'attente, de ce réexamen, de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour dans les délais respectivement d'un mois et de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision doit être annulée par voie d'exception, le refus de séjour étant lui-même illégal : cette décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la compétence de l'auteur de la décision n'est pas établie ;

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen attentif ;

- la décision ne pouvait intervenir à défaut de l'intervention préalable d'une décision lui refusant le titre de séjour sollicité le 24 mai 2022 ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée au regard des prescriptions de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 ;

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour du 1er mai 2023, en tant qu'elles sont dirigées contre une décision inexistante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public désigné en application du second alinéa de l'article R. 222-24 du code de justice administrative, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Grandjean a été entendu au cours de l'audience publique.

Connaissance prise de la note en délibéré présentée pour M. C et enregistrée le 12 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien né le 20 décembre 1966, est entré en France le 4 décembre 2013 pour y solliciter le statut de réfugié. Il a fait l'objet, le 3 mars 2015, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français à la suite du rejet de sa demande l'asile. Le 24 mai 2016, à la suite du rejet de sa demande de titre de séjour fondée sur l'état de santé de son enfant, il a de nouveau fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français. Le 25 mai 2022, M. C a sollicité auprès du préfet de Meurthe-et-Moselle son admission exceptionnelle au séjour, qui a été implicitement rejetée. Le requérant a été placé en garde à vue pour des faits de conduite sous l'emprise d'un état alcoolique et défaut de permis de conduire le 1er mai 2023 et, par un arrêté du même jour, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 1er mai 2023.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour :

4. L'arrêté contesté du 1er mai 2023 n'ayant pas pour objet de refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. C, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour sont dirigées contre une décision inexistante et doivent, ainsi que les parties en ont été informées, être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation des autres décisions :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence :

5. L'arrêté est signé par Mme B A, agent du bureau de l'éloignement de la préfecture à laquelle le préfet de la Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer, les samedis, dimanches et jours fériés, toute décision en matière de mesure d'éloignement, par un arrêté en date du 21 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

S'agissant de l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

7. M. C n'établit pas avoir sollicité auprès du préfet de Meurthe-et-Moselle et conformément à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, la communication des motifs de la décision rejetant implicitement sa demande de titre de séjour du 24 mai 2022. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation de la décision de refus de séjour ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, M. C soutient être entré sur le territoire français en décembre 2013 et y avoir tissé de nombreux liens. Toutefois, il ne produit aucun élément de nature à établir une insertion sociale, professionnelle ou personnelle particulière. Dans ces conditions, et malgré la durée alléguée de son séjour en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant un titre de séjour à titre exceptionnel.

S'agissant des autres moyens :

9. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ne sont pas applicables aux obligations de quitter le territoire français. Au demeurant, l'arrêté du 1er mai 2023 comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite ce moyen doit être écarté.

11. En troisième lieu, l'autorité administrative peut prononcer une obligation de quitter le territoire français lorsque le silence gardé pendant quatre mois sur une demande de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour a fait naître une décision implicite de rejet, sans qu'il lui soit impératif d'opposer au préalable un refus explicite de titre de séjour.

12. Le silence gardé par le préfet de Meurthe-et-Moselle pendant plus de quatre mois sur la demande de titre de séjour présentée le 24 mai 2022 par M. C a fait naître une décision implicite de rejet. Ainsi le préfet de la Moselle était en droit, par l'arrêté contesté du 1er mai 2023, d'opposer à M. C une décision portant obligation de quitter le territoire français fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet doit être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. M. C, ne justifie ni de la date de son entrée sur le territoire français ni des liens qu'il allègue y avoir noués. Il ne justifie en outre d'aucune insertion sociale ou professionnelle. S'il fait valoir que son épouse n'a pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement, il n'établit pas la situation régulière de celle-ci. Par ailleurs, les circonstances, d'une part, que ses enfants aient suivi leur scolarité en France et que l'aîné ait obtenu un titre de séjour à sa majorité, d'autre part, qu'il travaille en qualité de commissionnaire de presse depuis le 2 janvier 2021, ne sont pas suffisantes pour lui ouvrir droit à la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. C n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire serait dépourvue de base légale doit être écarté.

17. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui fondent la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

19. En l'espèce, le requérant, qui ne conteste pas s'être soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement, n'établit pas que le préfet aurait entaché la décision en litige d'une erreur d'appréciation en lui refusant un délai de départ volontaire. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale doit être écarté.

21. En deuxième lieu, la décision contestée vise notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et énonce les éléments propres à la situation de M. C justifiant que soit prononcée une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit, en tout état de cause, être écarté.

22. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a précédemment fait l'objet de deux mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. M. C ne justifie d'aucune attache familiale ou d'intégration particulière en France. Dans ces conditions, et alors même qu'il ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et en fixant sa durée à un an, le préfet de la Moselle ait inexactement apprécié la situation du requérant qui ne démontre par ailleurs pas l'existence de circonstances humanitaires. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision interdisant à M. C le retour sur le territoire français pendant un an doit être écarté.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de la Moselle et à Me Gharzouli.

Délibéré après l'audience publique du 29 août 2023 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de la-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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