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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301376

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301376

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 3)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2023, Mme C A conteste la décision du 3 avril 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Vosges a refusé de lui accorder la remise de sa dette correspondant à un indu de prime d'activité d'un montant de 1 992,44 euros au titre de la période allant du 1er juillet 2020 au 31 janvier 2022.

Elle soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que le moyen soulevé par Mme A n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sousa Pereira a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a bénéficié de la prime d'activité à compter du mois de janvier 2016. En décembre 2021, la caisse d'allocations familiales (CAF) des Vosges a procédé à un contrôle de sa situation qui a révélé que son fils, hébergé chez elle, percevait des revenus salariés depuis le mois d'octobre 2020, lesquels n'ont pas été déclarés. La régularisation du dossier de Mme A a ainsi généré un trop-perçu de prime d'activité d'un montant de 1 992,44 euros au titre de la période allant du mois de juin 2020 au mois de septembre 2021, qui lui a été notifié par une décision du 14 juin 2022. Par un courrier du 22 juin 2022, Mme A a contesté cette décision et a sollicité auprès de la CAF des Vosges la remise de sa dette, laquelle lui a été refusée par une décision du 3 avril 2023. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal, d'une part, d'annuler cette décision du 3 avril 2023 et de lui accorder la remise de sa dette, et, d'autre part, d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la caisse d'allocations familiales pendant plus de deux mois sur sa demande par laquelle elle a contesté l'indu de prime d'activité mis à sa charge.

Sur le bien-fondé de l'indu :

2. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 843-1 de ce code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Enfin, aux termes de l'article L. 845-3 de ce code : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

3. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de RSA, d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'un prime d'activité, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. En se bornant à soutenir, sans par ailleurs l'établir, que " pendant cette période, [son] fils B ne travaill[ait] pas ", sans assortir son moyen de plus de précisions, la requérante ne peut être regardée comme contestant sérieusement le motif de l'indu de prime d'activité mis à sa charge, tiré de ce qu'elle n'a pas déclaré les revenus salariés de son fils, hébergé à son domicile, à compter du mois de juin 2020 jusqu'au mois de septembre 2021. Mme A ne remet pas non plus en cause le mode de calcul ayant conduit à l'indu qui lui a été notifié. Par suite, celle-ci ne démontre pas que cet indu ne serait pas justifié.

Sur la demande de remise de dette :

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

6. Mme A, dont la bonne foi n'est pas remise en cause, soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser l'indu mis à sa charge. Il résulte de l'instruction que l'intéressée perçoit un peu plus de 1 400 euros de revenus par mois, tandis qu'elle justifie, par la production de pièces, devoir s'acquitter de près de 1 050 euros de charges mensuelles, consistant en des échéances de crédits immobilier et à la consommation, en des frais d'énergie, de mutuelle, de téléphonie et de taxes foncières. Dans ces conditions, et alors que la CAF des Vosges précise en défense que la dette de la requérante s'élève désormais à 716,49 euros, compte tenu des remboursements déjà effectués, Mme A ne démontre pas qu'elle serait dans l'impossibilité de rembourser cette somme. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle devrait se voir accorder une remise partielle ou totale de l'indu mis à sa charge.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales des Vosges

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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