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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301396

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301396

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2023, M. C B A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel le préfet de la Meuse a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre le 11 juin 2021 par le tribunal judiciaire de Versailles ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'auteur de l'arrêté attaqué est incompétent pour en être le signataire ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnues, le préfet n'ayant pas reçu ses observations avant de prendre la décision ;

- la décision méconnaît l'autorité de la chose jugée par le tribunal administratif de Nancy par jugement du 29 mars 2023 ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.

Le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. B A par une décision du 24 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Di Candia, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 juin 2021, M. B A, ressortissant cubain né le 24 juillet 1984, a été condamné par le tribunal correctionnel de Versailles à une peine de trente mois d'emprisonnement assortie d'une interdiction définitive du territoire français pour des faits de vol aggravés par deux circonstances en récidive commis entre le 28 avril 2021 et le 2 juin 2021. En vue de l'exécution de la mesure d'interdiction du territoire français ainsi prononcée, le préfet de la Meuse a, par un arrêté du 5 avril 2023, pris à l'encontre de M. B A un arrêté fixant le pays à destination duquel M. B A est susceptible d'être éloigné en exécution de cette mesure judiciaire. Par la requête susvisée, l'intéressé demande l'annulation de l'arrêté du 5 avril 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal ". En vertu du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'interdiction du territoire français prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit " entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière ", le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou sa réclusion.

3. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de cette peine, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution sauf à solliciter du ministère public la levée de ses réquisitions aux fins d'exécution, spécialement au cas où le renvoi exposerait l'étranger à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. Christian Robbe-Grillet secrétaire général de la préfecture, auquel le préfet de la Meuse a, par un arrêté du 7 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte dans une rédaction non stéréotypée, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur la légalité de la décision en litige dès lors que cet article ne concerne que les étrangers faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

7. La décision fixant le pays de renvoi d'un étranger frappé d'une interdiction judiciaire du territoire français ayant le caractère d'une mesure de police, est soumise notamment aux dispositions citées au point précédent, qui impliquent que l'intéressé ait été averti de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde et qu'il bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations.

8. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 4 avril 2023, notifié le même jour à M. B A dans une langue qu'il comprend par le biais d'un interprète en langue espagnole, le préfet de la Meuse a invité le requérant à présenter des observations sur le prononcé de la mesure fixant le pays de renvoi qu'il entendait prendre en exécution de l'interdiction judiciaire définitive du territoire français. Si le requérant soutient que le préfet n'aurait pas reçu ses observations, il ne produit aucune pièce de nature à l'établir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire préalable prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

9. L'autorité de la chose jugée par le jugement n° 2300787, 2300832 du 29 mars 2023, par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a notamment annulé un précédent arrêté du préfet de la Meuse fixant le pays de renvoi de M. B A, motif pris de ce qu'une telle décision était entachée d'un vice de procédure, ne faisait pas obstacle à ce que le préfet prenne une nouvelle décision fixant le pays de destination, sous réserve du respect de la procédure y afférente.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun Etat partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. Si M. B A soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, à Cuba, il sera exposé à des risques pour sa sécurité et sa sûreté en raison de l'assassinat de son père et de son oncle, son père s'étant opposé au régime au pouvoir, il n'apporte toutefois au soutien de ces allégations aucun élément de nature à établir l'existence de tels risques. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au préfet de la Meuse.

Délibéré après l'audience publique du 19 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président-rapporteur,

- Mme Bourjol, première conseillère,

- Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

O. Di CandiaL'assesseure la plus ancienne,

A.Bourjol

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2301396

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