mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301461 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | OFFICIO AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 mai et 26 octobre 2023, M. E B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le président du conseil régional de la région Grand Est lui a infligé la sanction disciplinaire de la révocation et l'a radié des effectifs à compter de la même date ;
2°) d'enjoindre au président du conseil régional de la région Grand Est de le réintégrer dans son poste initial avec toutes les conséquences de droit ;
3°) de mettre à la charge de la région Grand Est une somme de 4 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;
- la signataire de la décision et du rapport disciplinaire est la même ;
- la saisine du conseil de discipline était tardive et la procédure suivie est ainsi irrégulière au regard de l'article 13 du décret du 18 septembre 1989 ;
- les faits qui lui sont reprochés ne constituent pas des fautes disciplinaires ;
- à titre subsidiaire, la sanction est disproportionnée.
Par des mémoires en défense enregistrés les 18 septembre et 22 décembre 2023, la région Grand Est, représentée par Me Batôt, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- les observations de Me Pereira, représentant M. B,
- et les observations de Me Sadi, substituant Me Batôt, représentant la région Grand Est.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, adjoint technique territorial principal de première classe des établissements publics locaux d'enseignement titulaire, affecté au lycée Hanzelet de Pont-à-Mousson a été suspendu de ses fonctions à compter du 5 octobre 2022. Après avoir recueilli l'avis du conseil de discipline le 27 février 2023, le président du conseil régional de la région Grand Est a, par un arrêté du 20 mars 2023, décidé de révoquer M. B à compter du lendemain de la notification de cette décision à l'intéressé et l'a radié des cadres de la fonction publique territoriale à compter du même jour. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 532-9 du code général de la fonction publique : " Lors d'une procédure disciplinaire, l'autorité territoriale saisit le conseil de discipline par un rapport précisant les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis ". Aux termes de l'article L. 532-1 du même code : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination () ". Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le président du conseil régional de la région Grand Est, autorité territoriale détenant le pouvoir de nomination des fonctionnaires territoriaux affectés au sein des établissements publics locaux d'enseignement, ne pouvait établir le rapport disciplinaire par lequel le conseil de discipline a été saisi. Par ailleurs, l'arrêté attaqué est signé par Mme D C, directrice des ressources humaines, à laquelle le président du conseil régional de la région Grand Est a, par un arrêté du 1er mars 2023, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions de sanctions disciplinaires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 13 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux : " Le conseil de discipline doit se prononcer dans le délai de deux mois à compter du jour où il a été saisi par l'autorité territoriale. Ce délai n'est pas prorogé lorsqu'il est procédé à une enquête. / Le délai est ramené à un mois lorsque le fonctionnaire poursuivi a fait l'objet d'une mesure de suspension. / () ". Toutefois, ce délai n'a pas été édicté à peine de nullité de l'avis que le conseil de discipline émettrait après son expiration. Dans ces conditions, la circonstance que le conseil de discipline se soit prononcé le 27 février 2023, soit plus d'un mois après sa saisine le 26 janvier 2023, est sans incidence sur la légalité de la sanction infligée à M. B. Le moyen tiré de la tardiveté de l'avis du conseil de discipline ne peut, par suite, qu'être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique entré en vigueur le 1er mars 2022 : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article L. 533-1 du même code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / () / 4° Quatrième groupe : / a) la mise à la retraite d'office ; / b) la révocation ".
5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
6. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du signalement effectué par la proviseure du lycée et des témoignages recueillis les 19 et 20 septembre 2022 dans le cadre d'une enquête administrative organisée par les services de la région Grand Est que, le 1er juillet 2022, M. A, supérieur hiérarchique direct du requérant, a interpellé M. B sur les motifs de sa présence dans le couloir de l'internat des garçons où il discutait avec deux agentes occupées au nettoyage d'une chambre et lui a enjoint de se charger d'une mission de maintenance, ce qui a donné lieu à une vive altercation au cours de laquelle le requérant a proféré de graves insultes à l'encontre de son supérieur et à l'issue de laquelle, après qu'il s'est montré physiquement menaçant et que M. A l'a repoussé, il a infligé à ce dernier un " coup de boule " au visage. Il ressort, d'une part, du signalement rédigé par la proviseure du lycée que M. A est allé trouver à la suite de cet incident et des témoignages de plusieurs agents ayant croisé M. A peu de temps après, que ce dernier avait alors la joue gauche rouge et tuméfiée, d'autre part, des certificats établis le matin même de l'incident par l'infirmière du lycée et l'après-midi par son médecin traitant, que M. A présentait une contusion avec rougeur au niveau de la région infra-orbitale gauche. Les insultes, qui ne sont pas contestées par M. B, ainsi que l'agression physique sont ainsi suffisamment établies.
7. Il ressort également des témoignages recueillis dans le cadre de deux enquêtes administratives menées en 2022 auprès des équipes de maintenance et d'entretien du lycée Hanzelet que le requérant refuse les tâches qui lui sont assignées, en particulier celles afférentes à l'entretien des espaces verts aux motifs qu'elles ne figurent pas sur sa fiche de poste dont les missions relèvent de sa spécialité de plombier et qu'elles seraient incompatibles avec les restrictions médicales dont il fait l'objet. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, nonobstant les mentions de la fiche de poste de l'intéressé, l'entretien des espaces verts constituerait un ordre illégal de nature à troubler l'ordre public. Par ailleurs, alors que la fiche de visite médicale du requérant établie le 27 avril 2022 ne prescrit qu'une interdiction du port de charges de plus de 10 kg et l'abstention de travaux en hauteur ou en extérieur en cas de temps chaud et humide, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas soutenu, que des travaux lui seraient assignés, y compris en vue de l'entretien des espaces verts, en méconnaissance de ces restrictions. Ainsi, le refus de M. B de participer, comme les autres agents de maintenance, à l'entretien des espaces verts de l'établissement, caractérise, contrairement à ce qu'il soutient, un refus d'obéissance. De même, constituent un refus d'obéissance le refus qu'il a opposé, le 1er juillet 2022, à la convocation émanant de la proviseure du lycée afin de recueillir son témoignage sur l'incident qui venait de se produire avec son supérieur hiérarchique, ainsi que le refus de rendre, après qu'il a été suspendu, les clés et badges en sa possession, sollicités par courriers des 7 et 17 octobre 2022. Le requérant ne conteste pas, en outre, ne pas avoir respecté, notamment au mois de novembre 2021, l'horaire de sa prise de service fixé à 6 heures, malgré le refus qu'avait opposé son supérieur à sa demande de modification de son emploi du temps. Enfin, la mauvaise volonté qui lui est également reprochée dans l'accomplissement des missions qui lui incombent ressort notamment, d'une part, des procédures qu'il ne conteste pas exiger avant toute intervention, telle que la transmission d'une fiche d'intervention, y compris avant tous travaux urgents, d'autre part, de ce que, trois jours avant l'altercation avec son chef de service, celui-ci a dû intervenir pour qu'il assure la réception de marchandises initialement sollicitée par l'agent d'accueil ou, enfin, de ce qu'il a exigé, le 1er juillet 2022, de son chef de service l'établissement d'une liste précise des tâches de maintenance à accomplir sur les sanitaires en arguant de son manque de temps pour réaliser cette tâche.
8. Il ressort enfin des témoignages concordants recueillis lors des deux enquêtes administratives menées en 2022 que M. B fait preuve d'un esprit peu coopératif et procédurier avec ses collègues, ce qui se manifeste par les excuses qu'il invoque pour ne pas réaliser les tâches qui lui sont assignées et par une demande systématique de fiches d'intervention quelle que soit la nature de la demande, qu'il se montre particulièrement critique envers le travail de ses collègues, qu'il a rendu l'intégration de l'un de ses collègues du service maintenance particulièrement difficile par le nombre de ses critiques et la surveillance qu'il exerçait sur les tâches que celui-ci accomplissait, qu'il enregistre et filme ses collègues et supérieurs hiérarchiques sans leur autorisation, qu'il s'isole et ne salue que deux de ses collègues, qu'il fait preuve d'irrespect envers sa hiérarchie, enfin, qu'il montre un comportement instable, imprévisible et parfois menaçant, invectivant ses collègues sans qu'ils n'en comprennent la raison, les menaçant notamment de poursuites judiciaires ou de représailles. Si ce comportement, parfois violent, est rapporté depuis 2015, il ressort de la majorité des témoignages recueillis qu'il perdure et qu'il engendre la crainte parmi une partie du personnel des équipes d'entretien et de maintenance, quatre de ses collègues ayant d'ailleurs fait part de leurs craintes à l'occasion du retour de congé de maladie de l'intéressé le 4 octobre 2022 et l'un d'eux ayant fait valoir son droit de retrait. M. B ne conteste pas utilement la matérialité de ces faits en se bornant à relever que les faits relatés sont pour certains anciens et que la crainte qu'il inspire n'est pas partagée par tous les agents et à produire des attestations, au demeurant peu circonstanciées, d'anciens collègues témoignant de la qualité du travail de M. B et de sa bonne humeur. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les tensions et le climat délétère que son comportement provoque au sein des équipes des services d'entretien et de maintenance ne seraient pas matériellement établis.
9. M. B soutient que dès lors que la plainte qu'a déposée M. A le 1er juillet 2022 à son encontre a été classée sans suite, qu'il n'avait jusque-là fait l'objet d'aucune sanction disciplinaire et que ses compétences professionnelles n'ont jamais été remises en cause, la sanction infligée est disproportionnée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, qu'une précédente procédure disciplinaire avait été engagée à son encontre en raison de problèmes relationnels rencontrés en 2019 avec la gestionnaire du lycée alors en fonction et n'avait été interrompue qu'en raison d'un changement de l'équipe d'encadrement, d'autre part, qu'il a, à plusieurs reprises, violemment pris à parti des collègues, enfin, que si ces écarts de comportement n'ont pas fait l'objet de procédures disciplinaires, l'altercation qui l'a antérieurement opposé à l'un de ses collègues de l'équipe de maintenance avait fait l'objet d'une note de signalement le 11 juin 2021 et a été à l'origine de l'enquête administrative qui s'est déroulée entre avril et juin 2022.
10. Ainsi, eu égard, d'une part, à la gravité des faits reprochés, dont la matérialité, ainsi qu'il a été dit aux points 6 à 8 du présent jugement, est suffisamment établie, lesquels constituent des manquements aux obligations d'obéissance, de dignité et de réserve, d'autre part, aux conséquences qu'ils ont eues sur l'organisation et les conditions de travail des équipes techniques du lycée Hanzelet de Pont-à-Mousson, enfin, à l'absence de toute manifestation de volonté de la part de M. B de modifier son comportement, l'autorité disciplinaire n'a pas pris une sanction disproportionnée en décidant d'infliger au requérant la sanction de la révocation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation des décisions de sanction et de radiation des cadres de la fonction publique territoriale du 20 mars 2023 prises par le président du conseil régional de la région Grand Est doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais de l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Grand Est, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la région Grand Est et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à la région Grand Est une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la région Grand Est présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et à la région Grand Est.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026