vendredi 2 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301484 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoires enregistrés le 16 mai à 10 heures 15 et le 17 mai 2023, M. D A, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités maltaises responsables de l'examen de sa demande d'asile et la décision du 13 avril 2023 par lequel il a été assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin ou tout préfet territorialement compétent de lui permettre de déposer une demande d'asile en procédure normale et d'obtenir la délivrance, dans un délai de trois jours, d'une attestation de demande d'asile en procédure normale ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 75-1 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de transfert aux autorités maltaises :
- le juge doit statuer " ex nunc " et ainsi prendre en compte les éléments de sa situation éventuellement postérieurs à la décision attaquée ;
- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;
- la décision a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, du droit de la défense et de la bonne administration ;
- la décision est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle ne comporte pas toutes les considérations de fait permettant de justifier le transfert ;
- ce défaut de motivation révèle un défaut d'examen de sa situation ;
- les dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 (UE) relatives à l'obligation d'information ont été méconnues ;
- les dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 (UE) relatives à l'entretien individuel ont été méconnues dès lors que le nom et la qualité de l'agent qui a mené l'entretien n'est pas mentionné ; pour le même motif, les dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ont également été méconnues ; il n'est pas établi par la préfète que l'agent qui a mené l'entretien disposait de la délégation et était qualifié pour ce faire ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète n'a pas tenu compte du statut de réfugiée de sa compagne en méconnaissance de l'article 9 du règlement n° 604/2013 (UE) et ajouté une condition à la loi en considérant que M. A n'établit pas l'existence de liens stables, anciens et intenses avec sa compagne et sa participation effective à l'entretien et l'éducation de leur enfant ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 3-2 et 17 du règlement Dublin, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des articles 4 et 18 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 33 de la convention de Genève ;
- la préfète s'est crue en situation de compétence liée pour prendre la décision contestée et n'a pas réellement exercé son pouvoir d'appréciation lui permettant de déroger aux critères de détermination de l'État membre responsable à titre exceptionnel ;
- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la situation des demandeurs d'asile à Malte est particulièrement problématique et qu'alors même qu'il serait jugé qu'il n'y a pas de défaillances systémiques, il n'en reste pas moins que des risques de traitements inhumains et dégradants sont avérés ;
- il n'a aucune attache à Malte et son renvoi serait contraire au droit à une vie privée et familiale normale et à l'intérêt supérieur de l'enfant dès lors qu'il aurait pour effet de le séparer de sa compagne et de son fils et qu'il existe un risque qu'il soit renvoyé au Nigéria sans nouvel examen par les autorités maltaises de sa demande d'asile.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de transfert.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les observations de Me Jeannot, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, relate le parcours de l'intéressé et les conditions particulièrement éprouvantes subies par les demandeurs d'asile à Malte où M. A est resté cinq ans, insiste sur le fait que l'entretien mené par l'agent de la préfecture de la Moselle ne l'a pas été par un agent qualifié et averti de l'importance de reporter fidèlement les déclarations des demandeurs d'asile compte tenu de leurs effets sur le traitement ultérieur de leur demande, et qu'en ce qui concerne M. A en particulier, celui-ci qui a toujours déclaré, y compris lors de sa demande antérieure de titre de séjour auprès de la préfète des Vosges qu'il était venu rejoindre sa compagne et son fils, n'a pas déclaré lors de cet entretien être célibataire et sans enfant en France, élément recopié sans discernement par l'agent de la préfecture à partir des documents fournis dans un premier temps par la structure de premier accueil des demandeurs d'asile (SPADA), relève que si M. A a signé le compte rendu d'entretien sans observation, c'est que la barrière de la langue, malgré la traduction par téléphone, l'a empêché de prendre la mesure de ce qu'il signait, fait valoir la communauté de vie du requérant avec Mme B qu'il a rencontrée en Italie en 2016 lors d'un voyage de M. A dans ce pays et avec qui il a vécu à Malte où Mme B était venue le rejoindre avant que des circonstances indépendantes de leur volonté ne les sépare et qu'ils ne se retrouvent en France en 2022, ainsi que sur la reconnaissance de paternité de son fils qui a été conçu avant leur séparation, et enfin, signale leur consentement à un éventuel test de paternité et note que l'intéressé ne réside pas en centre pour demandeur d'asile ;
- et les observations de M. A, assisté d'une interprète en langue anglaise.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant nigérian né le 24 avril 1990, déclare être entré en France en décembre 2022. Il a sollicité le 22 décembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une compatriote, titulaire du statut de réfugiée. La préfète des Vosges a, par une décision du 3 février 2023, rejeté cette demande et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français. M. A a sollicité l'asile le 7 mars 2023 auprès du guichet unique de la préfecture de la Moselle. La consultation du fichier Eurodac a fait ressortir que ses empreintes avaient été relevées le 31 juillet 2014 à Malte. Les autorités maltaises, sollicitées le 16 mars 2023, ont expressément accepté le 22 mars 2023 la reprise en charge de l'intéressé sur le fondement de l'article 18-1 (d) du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par un arrêté du 13 avril 2023 notifié le 15 mai 2023, la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin a décidé de transférer M. A aux autorités maltaises responsables de sa demande d'asile et, par une décision du même jour, l'a assigné à résidence. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 9 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit ". Aux termes de l'article 2 du même règlement portant " définitions " : " Aux fins du présent règlement, on entend par : / () g) " membres de la famille ", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des États membres : - le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable, lorsque le droit ou la pratique de l'État membre concerné réserve aux couples non mariés un traitement comparable à celui réservé aux couples mariés, en vertu de sa législation relative aux ressortissants de pays tiers, / - les enfants mineurs des couples visés au premier tiret ou du demandeur, à condition qu'ils soient non mariés et qu'ils soient nés du mariage, hors mariage ou qu'ils aient été adoptés au sens du droit national (), / - lorsque le bénéficiaire d'une protection internationale est mineur et non marié, le père, la mère ou un autre adulte qui est responsable du bénéficiaire de par le droit ou la pratique de l'État membre dans lequel le bénéficiaire se trouve ; / () ".
5. M. A se prévaut de la présence en France de sa concubine, Mme B, titulaire du statut de réfugié, et de leur fils né en France le 5 juillet 2019, bénéficiant de la qualité de réfugié accordée à sa mère. Le requérant verse à l'instance l'acte de naissance de l'enfant Otis, né de Mme B à Nancy, qu'il a reconnu le 13 mars 2023 et des photographies justifiant de la relation que M. A et Mme B ont entretenue jusqu'au moins décembre 2018, avant que les intéressés ne perdent tout contact en raison, selon leurs déclarations, de la perte de son téléphone mobile par Mme B partie entre-temps en France. Il ressort également des déclarations de M. A, corroborées par les pièces du dossier, que celui-ci réside depuis son arrivée en France en décembre 2022 au domicile de Mme B. Ces documents sont de nature à établir la réalité de sa relation avec Mme B, qui réside en France depuis le 12 mars 2019 et est titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " reconnu réfugié ". M. A démontre également l'ancienneté de leur relation qui a commencé en 2016, soit avant son entrée sur le territoire français. La circonstance que les parcours migratoires des intéressés et la date de leur entrée sur le territoire français soient différents ne remet pas en cause la réalité et la stabilité de leur relation établie par les pièces du dossier. Dans ces conditions, l'État français, qui a accordé le statut de réfugié à sa compagne et à leur enfant, est responsable de la demande d'asile de M. A. Par suite, l'intéressé est fondé à soutenir que l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance des dispositions des articles 2 et 9 du règlement du 26 juin 2013.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que la décision du 13 avril 2023 par laquelle la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin a décidé le transfert de M. A vers les autorités maltaises doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision, dépourvue par suite de base légale, portant assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement, qui annule l'arrêté du 13 avril 2023 de la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, implique nécessairement, eu égard à ses motifs, en application notamment du second alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin délivre à M. A une attestation de demande d'asile dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que M. A obtienne définitivement l'aide juridictionnelle et que Me Jeannot, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Jeannot de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.
D E C I D E :
Article 1er :M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 13 avril 2023 par lequel la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin a décidé le transfert de M. A aux autorités maltaises est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. A dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et que Me Jeannot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Jeannot, avocate de M. A une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sera versée à M. A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin et à Me Jeannot.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.
La magistrate désignée,
G. GrandjeanLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026