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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301490

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301490

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, M. A B, représenté par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour, résultant du silence gardé sur sa demande du 15 avril 2022 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lévi-Cyferman, avocate de M. B, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la préfecture de l'Aisne était compétente pour traiter la demande de titre de séjour de M. B ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mars 2023.

Un mémoire a été enregistré pour M. B le 26 septembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue trois jours francs avant l'audience, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- et les observations de Me Lévi-Cyferman, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien déclarant être né le 25 juin 2003, est entré en France, selon certaines de ses allégations, à la fin de l'année 2018, et le 12 juin 2019 selon les mentions portées sur une de ses demandes de titre de séjour. Le 15 avril 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Le 26 avril 2022, les services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle ont sollicité des pièces complémentaires, que M. B a transmises le 28 avril 2022. En raison du silence gardé par le préfet de Meurthe-et-Moselle pendant une durée de quatre mois, une décision implicite de rejet de sa demande est née. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, M. B n'a pas sollicité de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

4. D'une part, les seules circonstances que M. B est titulaire d'un CAP " assistant technique en milieux familial et collectif " et qu'il dispose d'une promesse de stage, au demeurant postérieure à la décision attaquée, dans le cadre d'un éventuel CAP " carreleur ", ne constituent pas un motif exceptionnel de nature à permettre la délivrance d'un titre de séjour au titre du travail. D'autre part, M. B est présent sur le territoire depuis trois ans à la date de la décision attaquée. S'il soutient qu'il dispose de liens personnels et amicaux très forts en France, les attestations qu'il produit, élogieuses à son égard, ne font pas état de liens d'une particulière intensité sur le territoire national. En outre, s'il soutient effectuer du bénévolat, les deux attestations produites font état d'activités bénévoles très ponctuelles. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

6. M. B, célibataire et sans charge de famille, est entré en France le 12 juin 2019, soit depuis trois ans et demi à la date de la décision. Il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine puisqu'il a informé les services préfectoraux qu'une sœur et un frère y vivent toujours. S'il soutient qu'il dispose de liens personnels et amicaux très forts en France, les attestations qu'il produit, élogieuses à son égard, ne font pas état de liens d'une particulière intensité. En outre, s'il soutient effectuer du bénévolat, les deux attestations produites font état d'activités bénévoles très ponctuelles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences du refus de régularisation sur sa situation personnelle doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour, résultant du silence gardé sur sa demande de titre. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lévi-Cyferman et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Samson-Dye, présidente,

- M. Bastian, conseiller,

- Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. Bastian

La présidente,

A. Samson-Dye

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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