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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301503

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301503

jeudi 3 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301503
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU OQTF 6 semaines

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mai 2023, M. B A, représenté par Me André, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de la Meuse l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à titre plus subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, le tout, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le droit à un recours effectif a été méconnu ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Davesne a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né en 1984, est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés le 31 janvier 2019 puis le 17 décembre 2019, décisions confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 19 septembre 2019 puis le 27 mai 2020. Par un arrêté du 7 novembre 2019, le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français. A la suite de son interpellation par les services de police, M. A a fait l'objet, par un arrêté du 12 mai 2023, d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles reposent l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation dont il serait entaché doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

4. M. A fait valoir qu'il vit en concubinage avec une compatriote, qui réside en France depuis 2017, qu'ils sont les parents de deux filles nées en 2016 et 2018, qui sont scolarisés, et qu'il est salarié depuis le mois de janvier dernier. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa compagne est elle-même en situation irrégulière et que rien ne fait obstacle à ce que la vie familiale de M. A se poursuive hors de France. Ainsi, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

6. M. A fait valoir que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet a pour conséquence de le séparer de ses deux filles. Toutefois, rien ne fait obstacle à ce que la compagne de M. A ainsi que ses deux filles le suivent hors de France et poursuivent ainsi leur vie familiale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants.

7. En quatrième lieu, et pour les motifs exposés aux points 4 et 6, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation doit être écarté. N'est pas davantage de nature à caractériser une telle erreur la circonstance qu'il exerce la profession de peinte en bâtiment, qui est un métier en tension, et qu'il est salarié d'une entreprise qui a présenté en sa faveur une demande d'autorisation de travail.

8. En cinquième lieu, si M. A invoque la méconnaissance du droit à un recours effectif, il n'apporte aucune précision sur l'incidence qu'une telle méconnaissance aurait sur la légalité de l'arrêté attaqué. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

10. Si M. A soutient que l'interdiction de revenir sur le territoire français, pendant une période de douze mois, est entachée d'une erreur d'appréciation, il n'apporte aucune précision à l'appui de ce moyen, se bornant à préciser que sa situation familiale n'a pas été prise en compte. Ainsi, le moyen ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de la Meuse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2023.

Le président,

S. Davesne

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2301503

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