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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301525

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301525

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantJACQUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 17 mai 2023 à 12h46 sous le n° 2301524, M. H C, représenté par Me Jacquin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du CJA et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de leur auteur ;

- l'arrêté de transfert est entaché d'une erreur de droit en l'absence de délivrance des informations relatives à l'asile prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; il est insuffisamment motivé ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 compte tenu de ses problèmes de santé ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 17 mai 2023 à 12h57 sous le n° 2301525, Mme B G, représentée par Me Jacquin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du CJA et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de leur auteur ;

- l'arrêté de transfert est entaché d'une erreur de droit en l'absence de délivrance des informations relatives à l'asile prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; il est insuffisamment motivé ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 compte tenu de ses problèmes de santé ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Guidi, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Guidi a été entendu au cours de l'audience publique.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme G, de nationalité guinéenne, sont entré en France le 13 janvier 2023 pour présenter une demande d'asile. La consultation du fichier Eurodac ayant révélé qu'ils avaient illégalement franchi la frontière italienne dans les douze mois précédant leur première demande d'asile, les autorités de cet Etat ont été saisies le 18 janvier 2023 d'une demande de reprise en charge sur le fondement de l'article 13-1 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et y ont répondu favorablement le 13 mars suivant. Le 13 avril 2023, la préfète du Bas-Rhin a décidé le transfert de M. C et de Mme G aux autorités italiennes responsables de l'examen de leur demande d'asile. M. C et de Mme G demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 572-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. C et Mme G au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin du même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à Mme D I, cheffe du pôle régional E, à l'effet notamment de signer les arrêtés de transfert " E " et les décisions d'assignation à résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F n'aurait pas été absent ou empêché à la date des arrêtés contestés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire desdits arrêtés doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté du 13 avril 2023 comprend les éléments de droit et de fait sur lesquels il se fonde, et mentionne notamment que la consultation du fichier Eurodac a révélé que M. C et de Mme G avaient franchi la frontière de l'Italie dans les 12 mois précédant une première demande d'asile, que les autorités italiennes ont donné leur accord explicite le 13 mars 2023 sur le fondement de l'article 13-1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 janvier 2013. Ces éléments permettant de connaitre le fondement des décisions de transfert, et révèlent qu'il a été procédé à un examen de leur situation particulière, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le 13 janvier 2023, M. C et Mme G se sont vu remettre deux brochures d'information, dont l'une dite " A " intitulée " j'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' ", l'autre dite " B " intitulée " je suis sous procédure E - qu'est-ce que cela signifie ' ", documents qui forment la brochure commune prévue par l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 et comportent l'ensemble des informations mentionnées au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013. Ces documents étaient rédigés en français qu'ils ont déclaré comprendre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux (). La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre A désignent comme responsable. ". Aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".

7. Il résulte de ces dispositions que si un Etat membre de l'Union européenne appliquant le règlement dit " E A " est présumé respecter ses obligations découlant de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, cette présomption est susceptible d'être renversée en cas de défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre en cause, exposant ceux-ci à un risque de traitement inhumain ou dégradant prohibé par les stipulations de ce même article. En application des dispositions précitées du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, il appartient au juge administratif de rechercher si, à la date d'édiction de la décision litigieuse et eu égard aux éléments produits devant lui et se rapportant à la procédure d'asile appliquée dans l'Etat membre initialement désigné comme responsable au sens de ces dispositions, il existait des motifs sérieux et avérés de croire qu'en cas de remise aux autorités de ce même Etat membre du demandeur d'asile, ce dernier n'aurait pu bénéficier d'un examen effectif de sa demande d'asile, notamment en raison d'un refus opposé à tout enregistrement des demandes d'asile ou d'une incapacité structurelle à mettre en œuvre les règles afférentes à la procédure d'asile, ou si la situation générale du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile dans ce même Etat était telle qu'un renvoi à destination de ce pays aurait exposé l'intéressé, de ce seul fait, à un risque de traitement prohibé par l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

8. Si les requérants font valoir qu'il existe des défaillances systémiques en Italie, que M. C a des problèmes de santé et que Mme G est enceinte, ils n'établissent pas ne pas pouvoir bénéficier d'une prise en charge adaptée à leur situation en Italie et n'y démontrent pas, par leurs seules allégations, l'existence de défaillances qui constitueraient des motifs sérieux et avérés de croire que leur demande d'asile ne serait pas traitée par les autorités italiennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n°604-2013 du 26 juin 2013 et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la préfète du Bas-Rhin en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire doit être écarté.

9. Enfin M. C conjoint de Mme G fait également l'objet d'un arrêté de transfert vers l'Italie. Dans ces conditions, en décidant son transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile, la préfète du Bas-Rhin n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme G et son conjoint une atteinte disproportionnée au buts en vie desquels les arrêtés de transfert ont été pris.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et Mme G ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés de transfert en date du 13 avril 2023.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que le conseil de M. C et Mme G demande sur le fondement de la loi du 10 juillet 1991 au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C et Mme G sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H C, Mme B G, à Me Jacquin et à la préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.

La magistrate désignée,

L. GuidiLa greffière,

M. J

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2301524 ; 2301525

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