mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301547 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CUNAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 mai 2023, à 17h28, et un mémoire enregistré le 26 mai 2023, M. C B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la préfète la somme de 2 000 euros à verser à son avocat, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- elle sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elles sont insuffisamment motivées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de fait quant à sa nationalité ;
- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle porte atteinte à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'existence de circonstances humanitaires et à la durée de l'interdiction de retour.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est assortie d'aucun moyen ni conclusion ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Cabecas, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cabecas ;
- les observations de Me Cunat, avocate commis d'office de M. B, qui reprend les moyens et conclusions de la requête et fait valoir en outre que le requérant a vécu en Italie à partir de 2016, qu'il fait des allers et retours récurrents et qu'il dispose de la nationalité syrienne ;
- les observations de M. B, qui soutient ne pas avoir commis les faits qui lui sont reprochés et vouloir rester en France ;
- et les observations de Me Salard, représentant de la préfète de l'Oise qui reprend les termes du mémoire en défense et fait en outre valoir que la nationalité syrienne du requérant n'est pas établi alors qu'il a déclaré avoir de la famille en Egypte.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant égyptien né le 2 mars 1996, serait entré en France au cours du mois de juillet 2018, selon ses déclarations aux services de police. A la suite d'un placement en garde à vue et par l'arrêté contesté du 21 mai 2023, la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant son pays de destination et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Placé en rétention administrative, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. D A, sous-préfet de l'arrondissement de Compiègne, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, dans le cadre de la permanence des membres du corps préfectoral. Il ressort des pièces du dossier que M. A, signataire de l'arrêté contesté, était de permanence à la date de l'édiction de cette décision. Par suite, dès lors qu'il était compétent pour signer les décisions en litige, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions en litige doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, M. B a déclaré aux services de police être de nationalité égyptienne et la seule production d'un acte de naissance établi par les autorités syriennes, lequel ne mentionne pas sa nationalité, n'est pas de nature à établir qu'il serait un ressortissant syrien. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne qu'il est de nationalité syrienne.
5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. B ne se prévaut d'aucune attache familiale sur le territoire français alors qu'il a déclaré aux services de police que ses trois sœurs vivaient en Egypte. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
8. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, la préfète de l'Oise s'est fondée sur les circonstances que son comportement constituait une menace pour l'ordre public et qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dès lors que qu'il ne pouvait justifier d'une entrée régulière sur le territoire français et qu'il ne disposait pas de garanties de représentation suffisantes.
9. D'une part, alors que M. B les conteste, la préfète ne produit aucun élément de nature à établir la matérialité des faits délictuels mentionnés dans le fichier automatisé des empreintes génétiques alors qu'il est constant qu'ils n'ont donné lieu à aucune condamnation pénale. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la préfète a inexactement apprécié les faits de l'espèce en retenant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public.
10. D'autre part, toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il n'a pas fait de démarches pour régulariser sa situation. S'il soutient que sa résidence habituelle se situe en Italie, il ne produit aucun élément de nature à l'établir alors qu'il a déclaré aux services de police être entré sur le territoire français au cours de l'année 2018. En outre, il a également indiqué à ces services être dépourvu de tout document d'identité ou de voyage. Par suite, dès lors que M. B ne justifie pas de circonstances particulières permettant de regarder le risque de fuite comme non établi, la préfète de l'Oise n'a pas inexactement apprécié sa situation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et pouvait se fonder sur ces seuls motifs pour prononcer la décision en litige.
En ce qui concerne contre la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par M. B à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré aux services de police être de nationalité égyptienne et la seule production d'un acte de naissance établi par les autorités syriennes, lequel ne mentionne pas sa nationalité, n'est pas de nature à établir qu'il serait un ressortissant syrien. Le requérant ne se prévaut d'aucun élément de nature à démontrer qu'il serait personnellement exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, en fixant l'Egypte comme pays de destination, la préfète de l'Oise n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention susvisée.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par M. B à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
16. D'une part, M. B ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une telle mesure. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que la préfète a pu prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.
17. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 9 ci-dessus, la préfète de l'Oise n'établit pas que la présence en France de M. B constituerait une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B ne dispose pas d'attaches privées ou familiales en France. En retenant cette circonstance pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant et en fixant sa durée à un an, la préfète n'a pas inexactement apprécié la situation de M. B.
18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 mai 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant son pays de destination, et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Oise.
Lu en audience publique, le 30 mai 2023 à 15 heures 19.
La magistrate désignée,
L. CabecasLa greffière,
L. Rémond
La République mande et ordonne la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2301547
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026