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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301549

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301549

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 et 30 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Chaïb, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin les entiers dépens et la somme de 1 800 euros à verser à son avocate au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- son recours est recevable ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 dès lors que les informations prévues par ce règlement ne lui ont pas été délivrées ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas pu bénéficier d'un entretien personnel en méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement UE n° 604/2013 ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- sa situation n'a pas été examinée au regard des dispositions des articles 16.1 et 17.1 du règlement n°604/2013 ;

- la préfète aurait dû faire application de la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 ;

- la préfète s'est abstenue de vérifier la capacité des autorités portugaises à prendre en charge son enfant ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'enfant est dans l'incapacité de voyager ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et du règlement Dublin III.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Cabecas, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cabecas a été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré a été enregistrée pour la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, le 30 mai 2023, à 14h35, et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante angolaise née le 14 avril 1987, a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié, le 7 mars 2023. L'examen des empreintes digitales de l'intéressée a révélé que celles-ci avaient été enregistrées par les autorités portugaises. Le 16 mars 2023, une demande de prise en charge a été adressée aux autorités portugaises qu'elles ont accepté explicitement le 20 mars suivant. Par un arrêté du 11 avril 2023, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné le transfert de Mme B aux autorités portugaises. L'intéressée demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

4. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a donné naissance, le 1er avril 2023, à un enfant né prématuré, pris en charge par le service de réanimation néonatale de la maternité de Nancy depuis cette date. Il ressort du certificat médical du 16 mai 2023 mais de nature à révéler un état antérieur à la date de la décision contestée, que cet enfant ne peut quitter l'hôpital au regard de son état de santé et qu'il n'est pas en état de voyager. Dans ces conditions, eu égard à l'incapacité de voyager médicalement constatée de l'enfant nouveau-né de la requérante, cette dernière est fondée à soutenir que la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement n° 604/2013 en s'abstenant de faire usage de la possibilité d'un examen en France de sa demande d'asile. Par suite, l'arrêté de transfert du 11 avril 2023 est entaché d'une illégalité devant entraîner son annulation.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités portugaises.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté litigieux, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que la demande d'asile de Mme B soit examinée en France. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la région Grand Est, préfet du Bas-Rhin d'autoriser Mme B à enregistrer sa demande d'asile en France dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans le même délai, de l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais de l'instance :

8. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de ces dispositions sous réserve que Me Chaïb, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle.

9. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 11 avril 2023 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné le transfert de Mme B aux autorités portugaises est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la région Grand Est, préfet du Bas-Rhin d'autoriser Mme B à enregistrer sa demande d'asile en France dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans le même délai, de l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Chaïb renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Chaïb, avocate de Mme B, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Chaïb et à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er juin 2023.

La magistrate désignée,

L. CabecasLa greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301549

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