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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301558

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301558

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301558
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantGROSSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 mai 2023 et 10 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Grosset, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du bureau de l'aide juridictionnelle sur sa demande ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a retiré son certificat de résidence algérien ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen individuel de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 6 et de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien dès lors qu'elles ne permettent pas de retirer le titre de séjour ainsi sollicité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui est pas applicable en sa qualité de ressortissant algérien ;

- il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de substitution de base légale formulée en défense ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle sollicite une substitution de base légale dès lors que la décision de retrait contestée trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration et l'intention frauduleuse du requérant et elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 8 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durand, rapporteur,

- et les observations de Me Pereira, substituant Me Grosset, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, né le 6 décembre 1986, est entré régulièrement sur le territoire français le 28 août 2019. Il s'est marié le 24 mars 2019 avec Mme A, ressortissante française. Il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien en tant que conjoint de français, valable du 3 février 2020 au 2 février 2021 puis du 11 février 2021 au 10 février 2031. Par l'arrêté contesté du 27 avril 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a retiré à M. C ce titre de séjour.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et la demande de sursis à statuer :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 8 juin 2023. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les demandes du requérant tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence est délivré de plein droit () / 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il a été inscrit préalablement sur les registres de l'état civil français. () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre 2 ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () a) au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2, et au dernier alinéa de ce même article. () ".

4. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles relatives à la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Il suit de là que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives tant aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers qu'aux conditions de leur délivrance, de leur renouvellement ou de leur retrait ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, lesquels relèvent à cet égard des règles fixées par l'accord précité. Aucun dispositif de retrait du certificat de résidence légalement délivré à un ressortissant algérien n'est prévu par l'accord franco-algérien.

5. Pour prendre l'arrêté contesté, le préfet de Meurthe-et-Moselle a estimé que la vie commune entre le requérant et sa conjointe, Mme A, était rompue, ce qui justifiait le retrait du certificat de résidence délivré sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 6, 2° et 7 bis de l'accord franco-algérien. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 5 ci-dessus, M. C ne relevait pas des dispositions de ce code et aucune des dispositions de l'accord franco-algérien applicable à sa situation ne permettait au préfet de retirer le titre de séjour dont il bénéficiait. Par suite, M. C est fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur de droit en procédant au retrait de son certificat de résidence.

6. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

7. Le préfet peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte et eu égard à l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord franco-algérien, pour retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude.

8. La préfète de Meurthe-et-Moselle sollicite en défense une substitution de la base légale en se prévalant de ce que la carte de résident de M. C a été obtenue par fraude. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a épousé sa compagne le 24 mars 2019 en Algérie. A la suite ce mariage, l'intéressé est venu en France et a bénéficié d'un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de français d'une durée d'un an, puis d'un certificat de résidence de dix ans. Un enfant est né de cette union le 27 mai 2020 et la communauté de vie n'a cessé avec l'épouse du requérant que le 1er septembre 2021, soit plus de six mois après la délivrance du titre de dix ans qui lui a été délivré. Dans ces conditions, au regard du délai important intervenu entre la date de célébration du mariage, la date de fin de la vie commune et la date de remise de la carte de résident, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'est pas fondée à soutenir que la demande de carte de résident de M. C présentait un caractère frauduleux. Par suite, la substitution de base légale sollicité en défense doit être rejetée.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 27 avril 2023 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a retiré à M. C son certificat de résidence algérien doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant refus de séjour.

Sur les frais liés à l'instance :

10. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Grosset de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que l'avocate de M. C renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire ni sur la demande de sursis à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté attaqué du 27 avril 2023 du préfet de Meurthe-et-Moselle est annulé.

Article 3 : L'État versera à Me Grosset une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Grosset.

Délibéré après l'audience publique du 3 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le rapporteur,

F. DurandLe président,

O. Di Candia

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2301558

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