jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301577 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | BOULANGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 mai 2023 à 14H13, M. A B, représenté par Me Boulanger, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel la préfète des Vosges lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre à la préfète des Vosges d'examiner sa situation au regard de son séjour en France, du fait notamment de son contrat de travail et ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
4°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de restituer sans délai à M. B son passport
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- la décision contestée n'est pas justifiée au regard des dispositions des articles L. 612-2 3°, L. 612-3 4° et L. 612-3 5° du CESEDA et mérite d'être annulée ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision contestée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du CESEDA ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
- la décision contestée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation. Il ne trouble nullement l'ordre public ; il justifie de circonstances humanitaires ; il a fait les diligences nécessaires pour obtenir sa régularisation ; la mesure préjudicie à son insertion dans la société et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en l'éloignant de son épouse et de ses deux jeunes enfants ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marti, magistrat désigné ;
- les observations de Me Boulanger, représentant M. B, qui demande en outre l'annulation de l'assignation à résidence, par voie de conséquence ;
- et les observations de M. B, assisté d'un interprète en langue Bosniaque.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant bosnien, est entré pour la première fois en France en 2013 accompagné de son épouse. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'OFPRA du 21 février 2014, confirmée par la CNDA par décision du 27 octobre 2014. Il a fait l'objet d'un premier arrêté en date du 4 juin 2014 portant obligation de quitter le territoire français, resté inexécuté. Un titre de séjour en qualité d'étranger malade valable jusqu'au 23 décembre 2017 lui a été délivré mais n'a pas été renouvelé. Il lui a été fait à nouveau obligation de quitter le territoire français le 19 juin 2019. A la suite d'un placement en rétention, il a été reconduit de force en Bosnie le 8 mars 2020. De retour en France, une nouvelle demande de titre de séjour a été rejetée le 13 octobre 2021 et le préfet lui a fait à nouveau obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Interpellé par les services de police le 23 mai dernier, l'intéressé a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité avec interdiction de retour pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 30 mai 2023, la préfète des Vosges l'a assigné à résidence dans le département des Vosges. M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les surplus des conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Si M. B soutient qu'il vit en France avec son épouse, également en situation irrégulière, et leurs deux enfants âgés de 3 et 1 ans, qu'ils n'ont plus d'attaches dans leur pays d'origine et qu'ils essayent de s'intégrer en apprenant le français et respectent les valeurs de la République, qu'il bénéficie d'un contrat de travail, sa présence en France n'est due qu'à sa volonté de se soustraire aux mesures d'éloignement prises à son encontre et à son retour en France à la suite de l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Il n'établit pas qu'il serait privé de toute attache familiale dans son pays d'origine, où la cellule familiale pourra se reconstituer et où ses enfants pourront poursuivre leur scolarité. S'il fait valoir qu'il souffre de problèmes de santé, il ne démontre pas non plus par les pièces produites qu'il ne pourrait bénéficier de soins dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées contre la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire ;
5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ". Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est soustrait à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 13 octobre 2021 et qu'il a en outre fait part de sa volonté de se maintenir en France, pays qu'il a d'ailleurs regagné à la suite de son renvoi dans son pays d'origine en 2020. La préfète était, dès lors, au regard des dispositions précitées, en droit de considérer qu'il existait un risque que M. B se soustraie à la mesure d'éloignement prise à son encontre et fondé à refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
7. En second lieu, le requérant, dont au demeurant la demande d'asile a été rejetée, ne fait état d'aucun élément qui établirait qu'il serait susceptible de faire l'objet, dans son pays d'origine, d'une menace réelle et actuelle de traitements inhumains et dégradants. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du CESEDA ne peut qu'être écarté.
8. Les conclusions présentées contre la décision fixant le pays de destination ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité invoquée par l'intéressé à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit également être écartée.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.
11. Il ressort des pièces du dossier que M. B réside irrégulièrement en France avec son épouse en situation irrégulière et leurs deux enfants, et que la cellule familiale a vocation à se reconstituer en Bosnie. Par ailleurs, il est constant que l'intéressé est revenu en France à la suite d'un premier renvoi de force en Bosnie en 2020 et qu'il a fait l'objet d'une nouvelle mesure d'éloignement en 2021 à laquelle il s'est à nouveau soustrait. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète des Vosges aurait méconnu l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en fixant à deux années la durée de la décision d'interdiction de retour.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel la préfète des Vosges a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans sont rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant assignation à résidence :
13 . Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
14. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ;
16. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
Sur frais d'instance :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Boulanger et à la préfète des Vosges.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
Le magistrat désigné,
D. MartiLe greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026