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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301607

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301607

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête et des mémoires enregistrés les 23 mai et 12 juin 2023 et 27 mai 2024 sous le numéro 2301607, M. A B, représenté par Me Fournier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 22 juin 2022 et 27 mars 2023 par lesquelles le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité lui a refusé le renouvellement d'une carte professionnelle en vue d'exercer la profession d'agent privé de sécurité ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui accorder une nouvelle carte, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de condamner le Conseil national des activités privées de sécurité à lui verser la somme globale, à parfaire, de 20 000 euros en réparation de son préjudice financier et moral ;

4°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en estimant qu'il s'était rendu responsable d'un comportement ou d'agissement contraire à l'honneur, à la probité et aux bonnes mœurs, le Conseil national a entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation ;

- il est fondé à solliciter la réparation de son préjudice à hauteur de la somme de 9 600 euros, correspondant à la perte de ses revenus, auxquels s'ajoutent le suivi d'une formation désormais inutile, pour un montant de 5 000 euros, le coût de ses chiens et un préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête et au rejet du surplus de ses conclusions.

Il soutient que :

- par une décision du 3 juillet 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité a délivré la carte professionnelle sollicitée par le requérant, de sorte qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation ;

- les conclusions à fin d'annulation, dirigées contre la décision du 22 juin 2022 sont irrecevables en raison de leur tardiveté ;

- les conclusions indemnitaires de M. B sont irrecevables faute de liaison du contentieux.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2023 du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy.

II- Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 juin 2023 et le 27 mai 2024 sous le numéro 2301816, M. A B, représenté par Me Fournier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 22 juin 2022 et 27 mars 2023 par lesquelles le directeur du Conseil national des activités de sécurité lui a refusé le renouvellement d'une carte professionnelle en vue d'exercer la profession d'agent privé de sécurité ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui accorder une nouvelle carte, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de condamner le Conseil national des activités privées de sécurité à lui verser la somme globale, à parfaire, de 20 000 euros en réparation de son préjudice financier et moral ;

4°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en estimant qu'il s'était rendu responsable d'un comportement ou d'agissement contraire à l'honneur, à la probité et aux bonnes mœurs, le Conseil national a entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation ;

- il est fondé à solliciter la réparation de son préjudice à hauteur de la somme de 9 600 euros, correspondant à la perte de ses revenus, auxquels s'ajoutent le suivi d'une formation désormais inutile, pour un montant de 5 000 euros, le coût de ses chiens et un préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête et au rejet du surplus de ses conclusions.

Il soutient que :

- par une décision du 3 juillet 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité a délivré la carte professionnelle sollicitée par le requérant, de sorte qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation ;

- les conclusions à fin d'annulation, dirigées contre la décision du 22 juin 2022 sont irrecevables en raison de leur tardiveté ;

- les conclusions indemnitaires de M. B sont irrecevables faute de liaison du contentieux.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Di Candia, président,

- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Fournier, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, titulaire d'une carte professionnelle lui donnant le droit d'exercer le métier d'agent de sécurité depuis plusieurs années, soutient en avoir sollicité le renouvellement auprès du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) le 30 mars 2022. Par des décisions des 22 juin 2022 et 27 mars 2023, le CNAPS a refusé de faire droit à ses demandes formulées en ce sens. Par ses requêtes n° 2301607 et 2301816, qu'il y a lieu de joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement, M. B demande au tribunal, d'une part, d'annuler les décisions précitées des 22 juin 2022 et 27 mars 2023, d'autre part, de condamner le CNAPS à lui verser la somme globale de 20 000 euros en réparation des préjudices financier et moral en lien avec ces décisions illégales.

Sur l'exception de non-lieu soulevée en défense :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. S'il ressort des pièces du dossier que le 5 juillet 2023, M. B s'est vu délivrer une carte professionnelle valable jusqu'au 5 juillet 2028, il est constant que les décisions attaquées des 22 juin 2022 et 27 mars 2023 ont produit leurs effets jusqu'au 5 juillet 2023. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense par le CNAPS ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 22 juin 2022 :

4. D'une part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

5. En l'espèce, si le CNAPS soutient que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée du 22 juin 2022 sont tardives, il n'apporte aucun élément de nature à établir que cette décision a été régulièrement notifiée à l'intéressé. Dans ces conditions, ces conclusions ne peuvent être regardées comme tardives et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité des décisions du 22 juin 2022 et du 27 mars 2023 :

6. Aux termes de l'article L. 611-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () "

7. S'il est constant que, le 11 juillet 2019, M. B a eu une altercation avec sa voisine à raison de laquelle il a fait l'objet d'un rappel à la loi, ces faits, qui ont été classés sans suite et ont fait l'objet d'un effacement du fichier de traitement des antécédents judiciaires le 29 décembre 2022, n'ont donné lieu à aucune poursuite judiciaire. Dans ces conditions, et alors que le Conseil national des activités privées de sécurité n'apporte aucun autre élément, ces seuls faits, relativement anciens, ne sauraient à eux-seuls suffire à établir qu'à la date de la décision attaquée, le comportement ou les agissements de M. B seraient incompatibles avec l'exercice de ses fonctions, qu'il exerce depuis de nombreuses années. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir qu'en prenant les décisions des 22 juin 2022 et 27 mars 2023, le CNAPS a inexactement appliqué les dispositions du 2° de l'article L. 611-20 du code de la sécurité intérieure.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

9. Aux termes de l'article R.421-1 code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision (). / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

10. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 22 mai 2023, M. B a demandé au CNAPS de l'indemniser du préjudice financier qu'il estime avoir subi du fait de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'une carte professionnelle. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée du défaut de liaison du contentieux, ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions indemnitaires :

11. En premier lieu, il ressort des motifs du présent jugement, ainsi que cela ressort de ses points 6 à 8, que le tribunal administratif annule les décisions des 22 juillet 2022 et 27 mars 2023 par lesquelles le CNAPS a refusé de renouveler la carte professionnelle de M. B au motif que son comportement et ses agissements n'étaient pas incompatibles avec l'exercice de ses fonctions, au sens de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. M. B est ainsi fondé à soutenir que l'illégalité des décisions des 22 juin 2022 et 27 mars 2023 constituent une faute de nature à engager la responsabilité du CNAPS.

12. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment des bulletins de salaire produits par l'intéressé, que M. B a été privé de la possibilité d'exercer son activité professionnelle entre le 1er octobre 2022, date à laquelle est intervenue la rupture conventionnelle de son contrat, du fait de l'intervention de la décision du 22 juin 2022, et le 5 juillet 2023, date à laquelle le CNAPS a renouvelé sa carte professionnelle. M. B est ainsi fondé à demander la réparation du préjudice financier lié à la perte de ses revenus durant cette période. Or il résulte de l'instruction que la moyenne du salaire net de M. B sur cette période, après déduction des " indemnités chien " et des frais de " transport chien ", liés à l'exercice effectif de ses fonctions, était de 1313,36 euros, de sorte qu'il a été privé de la possibilité de percevoir la somme de 12 032,07 euros. Il y a toutefois lieu de déduire de cette somme non seulement les sommes perçues par M. B au titre des jours travaillés en octobre 2022 et de l'indemnité de rupture conventionnelle perçue, pour un montant total de 1 233,54 euros, mais également le montant total de l'allocation de retour à l'emploi qui lui a été versée au cours de la période litigieuse, d'un montant de 3 598,83 euros. M. B est ainsi fondé à demander la condamnation du CNAPS à lui verser la somme de 7 199,70 euros à ce titre.

13. En troisième lieu, si M. B n'est pas fondé à demander le remboursement des frais liés au dressage de ses chiens, ainsi qu'à la formation qu'il a suivi pour eux, dès lors que ces sommes auraient été exposées même s'il n'avait pas perdu son emploi, il résulte toutefois de l'instruction que son employeur lui versait tous les mois une indemnité d'entretien de ses chiens, afin de compenser les coûts liés à l'amortissement de leur achat, à leur nourriture et à leurs soins. M. B est ainsi fondé à demander la condamnation du CNAPS à lui verser la somme correspondant à la perte de cette indemnité sur la période en litige, pour un montant total de 1 303,47 euros.

14. M. B est ainsi fondé à solliciter la condamnation du CNAPS à lui verser la somme de 8 503,17 euros en réparation de son préjudice financier.

15. En dernier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de M. B, en lien avec les conséquences des décisions attaquées, en condamnant le CNAPS à lui verser la somme de 500 euros à ce titre.

16. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la condamnation du CNAPS à lui verser la somme globale de 9 003,17 euros.

Sur les frais liés à l'instance :

17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CNAPS une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 22 juin 2022 et 27 mars 2023 par lesquelles le Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de renouveler la carte professionnelle de M. B sont annulées.

Article 2 : Le Conseil national des activités privées de sécurité est condamné à verser à M. B la somme de 9 003,17 euros.

Article 3 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera une somme de 1 500 euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience publique du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

O. Di CandiaL'assesseure la plus ancienne,

A. Bourjol

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2301607, 2301816

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