mardi 19 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301617 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire enregistrée le 27 mai 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 13 juin 2023, M. D A, représenté par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 27 mai 2023 par lequel le préfet de la Meuse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour pour une durée de 12 mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Le requérant soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration
- il est entaché d'une erreur de droit à défaut pour le préfet d'avoir statué sur sa demande de titre de séjour ;
- il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il a été pris par une autorité incompétente car le signataire ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet ;
- la décision de refus de délai de départ est entachée d'un défaut d'examen particulier, le préfet s'étant estimé en situation de compétence liée ;
- le préfet ne l'a pas mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de cette décision, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et en violation de son droit d'être entendu, principe général du droit de la défense de l'Union européenne ;
- la mesure d'éloignement et l'interdiction de retour portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ont été méconnus ;
- ces décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et familiale au vu de son intégration dans la société française.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2023, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public désigné en application du second alinéa de l'article R. 222-24 du code de justice administrative, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Florence Milin-Rance a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 1er juillet 1987, de nationalité algérienne, est entré en France le 30 avril 2019 muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour portant la mention " famille de français ". Il a été mis en possession d'un certificat de résidence algérien valable du 17 septembre 2019 au 16 septembre 2020 à la suite de son mariage avec une ressortissante française le 24 janvier 2019. Par décision du 28 décembre 2020, le préfet de la Meuse a refusé de renouveler ce titre de séjour, décision confirmée par jugement du tribunal administratif en date du 7 avril 2022. Le 5 septembre 2022, le requérant a déposé une demande de titre de séjour. A la suite d'un contrôle routier par les services de la gendarmerie en poste à Ligny-en-Barrois, le préfet de la Meuse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour pour une durée de 12 mois, par un arrêté du 27 mai 2023 dont il demande l'annulation.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 27 mai 2023 a été pris par M. B C, directeur de cabinet, qui a reçu délégation du préfet de la Meuse par arrêté du 3 mai 2023, régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour, pour assurer la permanence du corps préfectoral. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les 3° et 5° de l'article L. 611-1 de ce code. Il mentionne également que M. A a fait l'objet d'un refus de renouvellement de son titre de séjour, que sa nouvelle demande n'a pas abouti et les motifs pour lesquels le préfet de la Meuse a estimé que son comportement présentait une menace pour l'ordre public. La décision portant obligation de quitter le territoire français comprend ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, ni à l'encontre des mesures accessoires relatives au délai de départ volontaire et au pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.
5. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de même valeur juridique que le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et le Traité sur l'Union européenne, en vertu de l'article 6 de ce dernier : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Le requérant peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur les mesures d'éloignement envisagées.
6. Ce principe implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande de titre, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, de préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et de produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.
7. En l'espèce, il était loisible à M. A de présenter, à l'appui de sa demande de titre de séjour enregistrée le 5 septembre 2022, toutes les observations qu'il estimait utiles sur sa situation. En outre, il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français contestée, qui lui a été notifiée le 27 mai 2023 à 12h, il a été informé par courrier du même jour notifié à 10h, de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et a ainsi été mis à même de faire valoir ses observations. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu aurait été méconnu avant que ne soit prise la mesure d'éloignement litigieuse.
8. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet ait omis d'examiner la situation du requérant avant de lui refuser un délai de départ volontaire.
9. En sixième lieu, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien doivent être écartés comme étant inopérants.
10. En septième lieu, si M. A a déposé une demande de titre de séjour le 5 septembre 2023 sur laquelle le préfet de la Meuse a conservé le silence, celle-ci doit être regardée comme ayant été implicitement rejetée, de sorte que le préfet pouvait légalement se fonder sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lui faire obligation de quitter le territoire français.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans enfant, est entré en France depuis quatre ans à la date de la décision contestée. S'il fait valoir qu'il est bien intégré dans la société française, qu'il est bénéficiaire d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de chauffeur livreur depuis avril 2020, qu'il réside avec sa belle-mère qui nécessite son assistance au quotidien, et qu'il a tissé des liens familiaux et amicaux en France, la présence en France de l'intéressé est récente, il ne justifie pas de l'état de nécessité dans laquelle se trouverait sa belle-mère ni de ce qu'il serait seul susceptible de lui apporter l'aide nécessaire, et il ne démontre pas être dépourvu d'attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans.
13. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en lui interdisant le retour pendant une durée de douze mois, le préfet de la Meuse n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de M. A.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2023 par lequel le préfet de la Meuse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de douze mois ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté contesté, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.
Sur les frais du litige :
16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. A au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Meuse et à Me Lévi-Cyferman.
Délibéré après l'audience du 29 août 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.
Rendu public après mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.
La rapporteure,
F. Milin-Rance
Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026