LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301674

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301674

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301674
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSOUAR-LOTFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2023 à 16 heures 37 et un mémoire complémentaire enregistré le 6 juin 2023, Mme D F A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet du Nord, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles ne lui ont pas été notifiée dans une langue qu'elle comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision contestée est irrégulière dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision contestée est irrégulière dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision contestée est irrégulière dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires.

La procédure a été communiquée au préfet du Nord qui a produit des pièces les 5 et 8 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gottlieb, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb, magistrat désigné,

- les observations de Me Assouar-Lofti, avocate commise d'office représentant Mme A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ; Me Assouar-Lofti fait valoir que la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée et qu'elle est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la requérante dispose d'une attestation prouvant qu'elle a en réalité quatorze ans ; elle a été violée et violentée par son beau-père et sa mère ne l'a pas protégée car elle est sous l'emprise de l'alcool ; son beau-père s'est débarrassé d'elle en la confiant à une personne qui l'a emmenée en France en lui faisant croire qu'elle était invitée à un mariage mais elle s'est retrouvée isolée et n'a pas pu y tisser des liens ; elle a besoin de soins psychologiques ; elle vient d'arriver en France et ne représente aucune menace pour l'ordre public ;

- les observations de Mme A, assistée d'un interprète en langue portugaise,

- et les observations de M. E, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête de Mme A et conteste le caractère probant de l'acte de naissance présenté par la requérante ; rien ne permet d'affirmer qu'il s'agit d'un acte angolais et il n'est pas possible de savoir par quelle autorité il a été pris ; cet acte est peu lisible, comporte des écritures différentes, mentionne qu'il a été en enregistré en 2022 et n'a pas été légalisé, de sorte qu'il n'a pas de force probante ; au cours de son audition par les services de police, Mme A n'a pas su expliquer les conditions dans lesquelles elle a obtenu cet acte et il résulte de ses déclarations qu'elle n'est pas certaine qu'il constitue son acte de naissance ; il résulte au contraire du relevé Visabio, qui comporte une photographie de la requérante, que l'intéressée est âgée d'une vingtaine d'années, de sorte qu'elle doit être regardée comme majeure ; la requérante a fait valoir des éléments contradictoires au cours de cette audition et n'a fait état d'aucun problème familial ; l'arrêté attaqué ne porte pas atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante et ne méconnaît pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante angolaise déclarant être née le 25 août 2009, est entrée en France à une date indéterminée. Par un arrêté du 2 juin 2023, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Placée en rétention administrative, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme C B, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à laquelle le préfet du Nord a, par un arrêté du 14 avril 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

3. En second lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Mme A ne peut ainsi utilement faire valoir que les décisions ne lui auraient pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée récemment en France et la requérante, célibataire et sans charge de famille, ne justifie d'aucun lien sur le territoire français, ni d'aucune insertion particulière, et n'établit pas être dépourvue de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, faute pour Mme A d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre, le moyen tiré de ce que la décision lui refusant un délai de départ volontaire devrait être annulée en conséquence d'une telle illégalité doit être écarté.

8. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision refusant un délai de départ volontaire à Mme A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : /1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté litigieux, que le préfet du Nord se serait fondé sur la circonstance que le comportement de Mme A constituerait une menace pour l'ordre public pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'absence de menace pour l'ordre public doit être écarté.

11. En dernier lieu, il n'est pas contesté que Mme A est entrée irrégulièrement sur le territoire français et qu'elle n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le préfet du Nord a pu légalement considérer que la requérante présentait un risque qu'elle se soustraie à la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet et refuser, pour ce seul motif, de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, faute pour Mme A d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite devrait être annulée en conséquence d'une telle illégalité doit être écarté.

13. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Mme A soutient qu'en cas de retour en dans son pays d'origine elle serait exposée à des traitements contraires à ces stipulations. Elle fait valoir qu'elle a été contrainte de quitter l'Angola par le conjoint de sa mère après que ce dernier a abusé d'elle puis l'a forcée à avorter et qu'elle craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Elle n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir la réalité de ces menaces. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

16. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

17. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est présentée aux services de la préfecture du Nord en déclarant être née le 25 juin 2009. Toutefois, le préfet conteste le caractère probant de l'acte de naissance présenté par la requérante en faisant notamment valoir que ce document n'indique pas par quelle autorité il a été pris, qu'il est peu lisible et comporte des écritures différentes, et qu'il n'a pas été légalisé. Il ressort en outre des pièces du dossier que la consultation du fichier Visabio a permis au préfet du Nord de constater, en se fondant sur la correspondance des empreintes digitales, que l'intéressée avait sollicité le 13 juin 2019 un visa auprès des autorités portugaises, démarche à l'occasion de laquelle elle avait déclaré être née le 25 juin 2003 et avait présenté un passeport valable du 4 août 2017 au 4 août 2022. Le préfet a produit en première instance la fiche d'identification émise par le système Visabio qui comporte la photographie de l'intéressée. Par ces éléments, le préfet renverse la présomption d'authenticité de l'acte de naissance présenté par la requérante. Dans ces conditions, Mme A doit être regardée comme majeure et ne peut, dès lors, utilement se prévaloir des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Par suite, ce moyen doit être écarté.

18. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que Mme A n'établit pas l'existence de liens privés et familiaux sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

20. Il résulte également de ces dispositions que la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères ainsi prévus.

21. La décision portant interdiction de retour en litige indique que " l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressée a été effectué, relativement à la durée de l'interdiction de retour, au regard notamment de l'article L. 612-10 ", que " compte tenu des conditions de son entrée et de son séjour en France, de la circonstance qu'elle n'a pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement précédente, et en l'absence de menace pour l'ordre public que représentante sa présence sur le sol national, il convient de fixer la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de un an ", et enfin que la requérante " ne justifie d'aucune circonstance humanitaire propre à empêcher une interdiction de retour ". Ni cette motivation, ni les autres termes de l'arrêté attaqué, ne comportent d'éléments relatifs à la durée de présence de Mme A sur le territoire français ou à sa date d'entrée sur le territoire français. Dès lors, cette motivation ne permet pas d'attester de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par la loi. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision litigieuse doit être accueilli, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête invoqués à son encontre.

22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2023 en tant qu'il porte interdiction de retour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

23. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

24. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du préfet du Nord du 2 juin 2023 est annulé uniquement en tant qu'il prononce d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F A et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 8 juin 2023 à 15 heures 14.

Le magistrat désigné,

R. Gottlieb La greffière,

L. Bourée

La République mande et ordonne préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions