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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301685

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301685

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCOCHE-MAINENTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juin 2023, Mme C B, représentée par Me Coche-Mainente, demande au juge des référés :

1°) de suspendre la décision du 31 mars 2023 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer la demande d'autorisation de travail présentée en sa faveur par la société AB Restauration ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation de travail dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de Me Coche-Mainente à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision préjudicie de manière grave à ses intérêts ;

- plusieurs moyens sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision : la décision a été signée par une autorité incompétente, en l'absence de délégation régulière ; elle est insuffisamment motivée ; elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ; elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 5° de l'article R. 5221-20 du code du travail.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la requête de Mme B, enregistrée le 26 mai 2023 sous le n° 2301664, tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juin 2023 à 9 heures 30 :

- le rapport de M. Davesne, juge des référés ;

- et les observations de Me Coche-Mainente, avocate de Mme B et de Mme A, représentant le préfet de Meurthe-et-Moselle.

La clôture a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. En raison de l'urgence et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre d'office Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions de la requête :

3. Mme B, ressortissante sénégalaise née en 1997, a été en possession d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant à compter du 5 octobre 2019. Elle a demandé, en décembre 2022, le renouvellement de son titre de séjour, mais cette demande a été classée sans suite, le 4 mars 2023, en raison de son incomplétude. Le 25 mars 2023, elle a sollicité un changement de statut afin de se voir délivrer un titre de séjour en qualité de salarié. Dans le cadre de l'instruction de cette demande, l'autorisation de travail, sollicitée en sa faveur par la société AB Restauration le 31 mars 2023, a été refusée par le préfet de Meurthe-et-Moselle ce même jour. Mme B demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de cette décision.

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

6. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre le refus d'autorisation de travail qui lui a été opposé, Mme B fait valoir qu'elle se retrouve sans titre de séjour, donc en situation irrégulière, et ne peut subvenir à ses besoins. Toutefois, le refus d'autorisation de travail n'a pas pour effet direct de la placer en situation irrégulière et, eu égard au motif de refus de la décision attaquée, Mme B a la faculté de présenter une nouvelle demande d'autorisation de travail. Ainsi, Mme B ne justifie pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. La condition d'urgence ne peut donc être tenue pour remplie.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Coche-Mainente.

Fait à Nancy, le 22 juin 2023.

Le juge des référés,

S. Davesne

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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