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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301719

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301719

jeudi 3 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301719
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU OQTF 6 semaines
Avocat requérantCATHALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juin et 3 juillet 2023, M. D B, représenté par Me Cathala, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnait son droit d'être entendu tel que consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée de défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à la gravité de ses effets sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Davesne,

- les observations de Me Cathala, avocat de M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens et précise renoncer à sa demande de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dès lors qu'il s'est vu accorder l'aide juridictionnelle.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 2003, interpellé pour refus d'obtempérer, a été placé en garde à vue le 29 mai 2023. Constatant que M. B ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, le préfet de Meurthe-et-Moselle, se fondant sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de douze mois. M. B demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, par un arrêté du 24 mai 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme C A, directrice de l'immigration et de l'intégration par intérim, a reçu délégation à l'effet de signer les décisions d'obligation de quitter le territoire français, les décisions fixant le pays de renvoi et les interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu par les services de police le 30 mai 2023 à la suite de son interpellation et a eu ainsi la possibilité de s'exprimer sur la perspective de son éloignement du territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose la décision d'obligation de quitter le territoire français. Il est donc suffisamment motivé, alors même qu'il ne précise pas l'ensemble des éléments relatifs à la situation individuelle de l'intéressé.

5. En quatrième lieu, la circonstance que le préfet n'ait pas mentionné tous les éléments relatifs à la situation personnelle de M. B ne révèle pas en elle-même qu'il n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de l'intéressé avant de l'obliger à quitter le territoire français.

6. En cinquième lieu, M. B fait valoir qu'il est arrivé sur le territoire français il y a neuf mois et qu'il vit chez sa sœur, qui est en situation régulière, et son beau-frère français. Toutefois, en invoquant ces seuls éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est entaché d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle.

7. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

8. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet s'est fondé sur les dispositions des 1° et 8° de l'article L. 612-3 citées au point 7. Si M. B soutient qu'il présente des garanties de représentation suffisantes, contrairement à ce qu'a estimé le préfet, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif, non contesté, tiré de ce que M. B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour.

9. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

10. M. B fait valoir qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que l'interdiction de retour sur le territoire français aura pour effet de l'empêcher de voir sa sœur et son beau-frère. Toutefois, M. B, qui n'est arrivé en France que depuis neuf mois, est célibataire, sans charge de famille et non dépourvu d'attaches en Algérie ou vivent ses parents et ses autres sœurs. Ainsi, et alors même qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée de douze mois méconnait les dispositions citées au point 9 et porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise cette décision, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Cathala.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2023.

Le président,

S. Davesne

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2301719

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