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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301763

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301763

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301763
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête enregistrée le 12 juin 2023 sous le n° 2301763, M. D C, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 mars 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de 10 ans et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer la carte de séjour sollicitée ou, à tout le moins, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et en tout état de cause, dans l'attente, de lui remettre sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation en droit et en fait, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en omettant d'examiner la possibilité de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- il a commis une erreur de fait, une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu les stipulations des articles 7 et 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- la décision méconnait le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale, la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle est fondée étant illégale ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée et a méconnu les dispositions du 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention de New York.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 4 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II°) Par une requête enregistrée le 12 juin 2023 sous le n° 2301764, Mme B A épouse C, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 mars 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de 10 ans et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer la carte de séjour sollicitée ou, à tout le moins, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et en tout état de cause, dans l'attente, de lui remettre sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient les mêmes moyens que ceux invoqués dans la requête n° 2301763.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 4 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy a admis Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin-Rance, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2301763 et n° 2301764 sont relatives à la situation des membres d'un couple au regard de leur droit au séjour en France et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

2. M. C, né le 10 janvier 1969, et Mme A épouse C, née le 21 avril 1975, de nationalité algérienne, sont entrés en France le 14 novembre 2018, accompagnés de leurs trois enfants mineurs, sous couvert de passeports revêtus de visas de long séjour en vue de permettre à Mme C de poursuivre des travaux de recherche scientifique dans le cadre d'une thèse. Mme C a été mise en possession d'un certificat de résidence algérien portant la mention " scientifique " du 24 janvier 2019 au 23 janvier 2021, et son époux a été mis en possession, sur la même période, d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". M. C a obtenu un changement de statut avec la délivrance d'un titre de séjour en qualité " entrepreneur - enseignant/formateur libéral " valable du 2 décembre 2020 au 1er décembre 2021. Son épouse a obtenu un titre portant la mention " visiteur profession libérale " valable du 6 janvier 2022 au 5 janvier 2023. Le 16 décembre 2021, M. C a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans. Le 23 janvier 2023, son épouse a sollicité la délivrance du même titre de séjour. Ils demandent l'annulation des arrêtés en date du 13 mars 2023 par lesquels le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté leurs demandes et a assorti ces refus d'obligations de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont ils ont la nationalité.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la situation de M. C :

3. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. L'article 7 de cet accord stipule que : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord ;/ a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " () ". Aux termes de l'article 7 bis de cet accord : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. /() ".

4. Il ressort des termes des arrêtés contestés que, pour refuser de délivrer à M. C un certificat de résidence algérien, le préfet de Meurthe-et-Moselle a estimé qu'il ne justifiait pas de ressources suffisantes eu égard au nombre de personnes dans son foyer, compte tenu du fait qu'il avait été bénéficiaire du revenu de solidarité active pendant l'année 2022.

5. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C, qui a bénéficié d'un certificat de résidence algérien portant la mention " visiteur - profession libérale " du 2 décembre 2020 au 1er décembre 2021 puis de récépissés de demande de renouvellement, a obtenu une carte professionnelle de conducteur de taxi, produit un contrat de location gérance de taxi parisien conclu avec la société G7 le 4 octobre 2022 et justifie avoir perçu 15 449 euros lors des trois premiers mois de son activité, soit une moyenne de 5 149 euros, dont il y a lieu de retrancher les prestations correspondant aux charges de location gérance, soit un revenu net de 4 768 euros par mois. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, ces revenus ne sauraient être regardés comme étant issus d'une activité illégale, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit, M. C a obtenu la délivrance d'une carte professionnelle de conducteur de taxi, et pouvaient ainsi être pris en compte pour l'appréciation du caractère suffisant des ressources de l'intéressé. Ainsi, en estimant que M. C ne justifiait pas de ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille, le préfet de Meurthe-et-Moselle a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien.

En ce qui concerne la situation de Mme C :

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C réside régulièrement en France avec son époux et leurs trois enfants depuis le 14 novembre 2018. Au vu de ce qui a été exposé au point 5 ci-dessus, son époux étant en droit d'obtenir le renouvellement de son droit au séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a porté une atteinte disproportionnée au droit de son épouse au respect de sa vie privée et familiale en refusant de renouveler son certificat de résidence.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les arrêtés du 13 mars 2023 refusant de délivrer à M. et Mme C un certificat de résidence algérien et les obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont ils ont la nationalité, doivent être annulés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

9. Au vu des motifs retenus, l'exécution du présent jugement implique seulement que les demandes de M. et Mme C soient réexaminées. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et, dans l'attente, de leur remettre un récépissé de demande de renouvellement les autorisant à travailler.

Sur les frais du litige :

10. M. et Mme C ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jeannot, avocate de M. et Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jeannot de la somme globale de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 13 mars 2023 par lesquels le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer à M. et Mme C un certificat de résidence algérien, et les obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont ils ont la nationalité sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. et Mme C dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de leur délivrer un récépissé les autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Jeannot la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jeannot renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2301763 et n° 2301764 est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme B A épouse C, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2301763,

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