mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301829 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | BLANVILLAIN |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 16 juin 2023 à 15 heures 04 sous le n°2301829, M. B A, représenté par Me Blanvillain, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle réexaminer sa situation dans un délai déterminé et au besoin sous astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet ne pouvait prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a déposé une demande de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- elle est entachée d'une erreur de fait quant à l'adresse mentionnée à laquelle réside sa sœur.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle revêt une erreur d'appréciation quant à sa durée.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 16 juin 2023 à 15 heures 07 sous le n°2301830, M. B A, représenté par Me Blanvillain, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle réexaminer sa situation dans un délai déterminé et au besoin sous astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;
- il justifie de garantie de représentation ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir ;
- elle est entachée d'une erreur de fait.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Fabas a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant sénégalais née le 11 mai 1990 serait entré en France en 2005 selon ses déclarations. Il a été placé en retenue administrative, le 15 juin 2023, aux fins de vérification de son droit au séjour. Par deux arrêtés du même jour dont il demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra, le cas échéant, être éloigné, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de douze mois et l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de 45 jours. Les requêtes n°2301829 et n°2301830 ont fait l'objet d'une instruction commune et concernent le même requérant, il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 572-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les deux arrêtés :
3. Les arrêtés du 15 juin 2023 ont été compétemment pris par M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, qui a reçu délégation du préfet de Meurthe-et-Moselle, par arrêté en date du 8 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de justification de la compétence de l'auteur des arrêtés attaqués ne peut être qu'écarté.
En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français :
S'agissant des moyens spécifiquement dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
6. Si M. A soutient que le préfet ne pouvait l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de ces dispositions dès lors qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, il n'établit pas avoir effectué une telle demande. Par ailleurs, il ne justifie pas davantage être entré régulièrement sur le territoire français en 2005 comme il le soutient. Dans ces conditions, le préfet de Meurthe-et-Moselle pouvait, sans entacher son arrêté d'une erreur de droit ni méconnaître les dispositions précitées, obliger M. A à quitter le territoire français.
7. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.
8. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français. S'il soutient être présent sur le territoire français depuis 2005, il n'établit pas une telle présence par la seule production, pour les années antérieures à 2019, de son brevet d'études professionnelles obtenu en 2009. Par ailleurs, il ne se prévaut d'aucun lien familial ou amical qu'il aurait tissés sur le territoire français, en dehors de la présence de sa sœur chez laquelle il réside, et alors qu'il n'établit pas être dépourvu de toute attache au Sénégal. Enfin, la production d'une promesse d'embauche pour un poste de responsable de salle ne lui permet pas de se prévaloir d'une intégration professionnelle particulière. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a obligé M. A à quitter le territoire français n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de celui-ci au regard des buts en vue desquels elle a été prise.
10. En dernier lieu, la circonstance que l'adresse postale de M. A mentionnée par le préfet dans son arrêté soit erronée est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait dont cette décision serait entachée ne peut qu'être écarté.
S'agissant du moyen dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'établit résider sur le territoire français que depuis l'année 2019 soit depuis moins de cinq ans à la date de l'arrêté attaqué et n'établit pas y disposer de liens anciens et stables en dehors de la présence de sa sœur chez laquelle il réside. Ainsi, en dépit des circonstances qu'il n'a pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public, la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation quant à sa durée.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 précité, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.
14. Il résulte de ces dispositions que le préfet peut assigner un étranger s'il entre dans les prévisions de celles-ci, indépendamment de ses garanties de représentation. Par suite, M. A en se bornant à indiquer qu'il dispose de garanties de représentation, ne conteste pas utilement les motifs de l'arrêté attaqué.
15. En deuxième lieu, si M. A fait valoir que les contraintes que lui impose l'arrêté portant assignation à résidence attaqué seraient disproportionnées aux buts en vue desquels la décision a été prise, il ne justifie toutefois d'aucune circonstance faisant obstacle à ce qu'il s'y soumette. Dès lors, le moyen tiré de la disproportion doit être écarté.
16. En dernier lieu, la circonstance que l'adresse postale de M. A mentionnée par le préfet dans son arrêté soit erronée est sans incidence sur la légalité de la décision portant assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait dont cette décision serait entachée ne peut qu'être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 15 juin 2023 par lesquels le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois et l'a assigné à résidence.
18. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction s'y rapportant ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Blanvillain et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.
La magistrate désignée,
L. Fabas
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2301829-2301830
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026