jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301872 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SAS ASTERIA AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 20 juin 2023, le président du tribunal administratif de Strasbourg a renvoyé au tribunal administratif de Nancy le dossier de la requête de M. C B.
Par cette requête et un mémoire enregistrés au tribunal administratif de Strasbourg le 5 juin 2023 à 11 heures 56 et le 14 juin 2023, et un mémoire enregistré le 21 juin 2023 au tribunal administratif de Nancy, M. C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé, il est entaché d'incompétence ;
- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ; elle est entachée d'erreur de droit ; son droit d'être entendu préalablement n'a pas été respecté ; elle porte atteinte à son droit à un procès équitable ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public résultant de son comportement et du risque de fuite ; elle porte atteinte à son droit au procès équitable ;
- la décision fixant le pays de renvoi est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ; elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2023 au tribunal administratif de Nancy, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Guidi, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guidi ;
- les observations de Me El Fekri-Rodicq, avocate commise d'office représentant M. B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- les observations de M. B ;
- et les observations de Me Morel, représentant le préfet du Haut-Rhin qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain, a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violences aggravées, dégradations volontaires et détention de stupéfiant le 2 juin 2023. Après avoir constaté l'irrégularité de son séjour en France, le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans par un arrêté du 2 juin 2023 dont M. B, placé en rétention, demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décision attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 27 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet du Haut-Rhin a délégué sa signature à Mme A, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, à l'effet de signer les décisions en matière de police des étrangers dans des conditions qui ne sont pas contestées. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme A, signataire de cette décision, ne disposait pas d'une délégation de compétence ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui fondent les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français opposées au requérant, révélant que le préfet du Haut-Rhin a procédé à un examen de sa situation personnelle. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne peut justifier être entrée régulièrement sur le territoire français où il n'a présenté aucune demande de titre de séjour, ni n'a présenté aucune demande d'asile. Dans ces conditions, alors même que l'intéressé a présenté des demandes d'asile aux Pays-Bas en 2018 et en Suisse en 2017 et qu'une demande de prise en charge a été adressée aux autorités suisses et aux autorités des Pays-Bas sur le fondement de l'article 18-1 a) du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, le préfet du Haut-Rhin a légalement pu lui faire obligation de quitter le territoire français.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. ".
7. Il ressort du procès-verbal d'audition de M. B par les services de police aux frontières de Mulhouse le 2 juin 2023 qu'il a été interrogée sur sa situation et ses attaches en France et qu'il a été informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux et du droit d'être entendu doit être écarté.
8. En troisème lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial () ".
9. M. B se prévaut de ce que la décision contestée porterait atteinte à son droit à un procès équitable, en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est placé sous contrôle judiciaire et a été convoqué le 6 décembre 2023 devant le tribunal judiciaire de Mulhouse, en vue de comparaître pour des infractions délictuelles. Toutefois la décision d'éloignement contestée ne fait pas obstacle à ce qu'il soit représenté par un avocat dans l'hypothèse où seraient engagées des poursuites devant le tribunal correctionnel. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit à un procès équitable tel que consacré par les stipulations de l'article 6 précitées doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Si M. B fait valoir qu'il vit en France depuis onze ans, il se maintient irrégulièrement depuis cette date. Il fait valoir la présence de membres de sa famille et l'inhumation de son fils décédé en France en France. Cependant eu égard aux conditions et à la durée du séjour en France de M. B, qui est célibataire et a vécu la majeure partie de sa vie au Maroc où il n'allègue pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales, l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ".
13. Il est constant que M. B est entré irrégulièrement en France où il s'est maintenu sans entamer de démarches en vue de régulariser sa situation. Dans ces conditions, et indépendamment de l'existence d'une menace à l'ordre public et d'un domicile stable, c'est à bon droit que le préfet du Haut-Rhin a estimé qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes et qu'il présentait ainsi un risque de fuite et a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.
14. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 9, le moyen tiré de ce que la décision de refus de départ volontaire méconnait le droit au procès équitable de M. B et de ce que la décision serait entachée d'erreur de droit doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. Si M. B soutient que la décision méconnaît les dispositions de l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sans autre précision, il n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
18. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français.
19. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
20. Il ressort des pièces du dossier que si M. B indique résider sur le territoire français depuis onze ans et qu'il a de la famille en France, il a commis des faits de violence sur sa compagne, avec laquelle il n'a pas d'enfants, et son comportement présente une menace à l'ordre public de nature à justifier une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite le moyen tiré de ce que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pendant deux ans serait entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée doit être écarté.
21. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 11 du présent jugement, la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise.
22. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2023 par lesquels préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Haut-Rhin.
Lu en audience publique le 22 juin 2023 à 15 heures 34.
La magistrate désignée,
L. Guidi
La greffière,
L. Rémond
La République mande et ordonne préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 230187
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026