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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301876

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301876

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301876
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juin 2023, M. B A, représenté par Me Jeannot, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie Nancy-Metz de procéder à sa pré-inscription ou à son inscription dans un établissement scolaire du département de Meurthe-et-Moselle dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100-euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle de procéder à l'ensemble des diligences nécessaires à son inscription dans un établissement scolaire dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat et du département de Meurthe-et-Moselle la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- en dépit de sa minorité, sa requête est recevable dès lors qu'il a le discernement suffisant pour faire respecter son droit à la scolarisation ;

- la condition d'urgence est remplie afin de mettre un terme à sa situation de déscolarisation ;

- il y a une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant, au droit à l'égal accès à l'instruction et à la scolarisation des mineurs entre 16 et 18 ans tels qu'ils sont consacrés par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, l'article 13 du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, à l'article 1er de la convention de l'ONU du 15 décembre 1960, à l'article 2 du premier protocole à la convention européenne des droits de l'homme relatives à l'instruction, à l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à l'article 14 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, à l'article 17 de la charte sociale européenne, aux articles 375 à 375-4 du code civil, aux articles L. 131-1 et L. 111-1 et L. 111-2 du code de l'éducation ;

- il ne peut faire l'objet d'une nouvelle évaluation de minorité en vertu de l'article L.- 221--2-5 du code de l'action sociale et des familles ;

- en d l'absence de délivrance d'un titre de séjour l'empêche de poursuivre sa scolarité et fait obstacle à ce qu'il trouve un stage nécessaire à l'obtention de son diplôme ;

- les délais de traitement d'une nouvelle demande de titre de séjour et de l'éventuelle contestation du refus qui lui serait opposé ne sont pas compatibles avec la poursuite de sa scolarité ;

- le refus de lui délivrer un titre de séjour porte atteinte à son droit d'accès à l'instruction et à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- cette décision est manifestement illégale dès lors que le préfet ne lui a jamais demandé de compléter sa demande, en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- son dossier de demande était complet dès lors qu'il avait bien produit l'attestation de l'ambassade de Guinée précisant la durée d'octroi de sa bourse et son montant ;

- il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les autres conclusions de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence. A cet égard, l'article R. 522-1 du même code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. En distinguant les deux procédures prévues par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article, la circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n'étant pas de nature, par elle-même, à caractériser l'existence d'une situation d'urgence.

4. M. B A, ressortissant ivoirien né le 6 juin 2006, a fait l'objet le 13 avril 2023 d'une procédure d'évaluation en vue de déterminer sa minorité, à l'issue de laquelle un avis en faveur de son admission au sein du dispositif de protection de l'enfance a été émis par les services du département du Vaucluse. Il a été confié provisoirement aux services du conseil départemental du Vaucluse, avant d'être orienté par la cellule nationale vers le département de Meurthe-et-Moselle. Par une ordonnance du 17 avril 2023, le procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Avignon s'est dessaisi au profit du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nancy, lequel a ordonné son placement auprès de l'aide sociale à l'enfance du département de Meurthe-et-Moselle le 18 avril 2023. Depuis lors, M. B A a été mis à l'abri dans un établissement et se trouve dans l'attente de pouvoir être scolarisé puis de suivre une formation professionnelle. Si M. A fait grief à la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle de n'avoir pas procédé à l'ensemble des diligences nécessaires à son inscription dans un établissement scolaire, et au recteur de l'académie Nancy-Metz de n'avoir pas procédé à sa pré-inscription ou à son inscription dans un établissement scolaire, il est constant qu'à la date du 20 juin 2023 à laquelle sa requête a été enregistrée, l'année scolaire 2022-2023 est sur le point de s'achever. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé peut provoquer une décision refusant de l'inscrire puis saisir le juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 d'une demande tendant à la suspension d'une décision refusant de procéder à son inscription à la rentrée scolaire suivante, M. A ne justifie pas d'une situation d'urgence impliquant, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 du code de justice administrative soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de 48- heures. Dès lors, sa requête doit être rejetée dans toutes ses autres conclusions par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

.

Fait à Nancy, le 21 juin 2023.

Le juge des référés,

O. Di Candia

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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