mercredi 12 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301894 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 juin et le 11 juillet 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. C B et Mme D B du logement qu'ils occupent, dans le cadre du dispositif d'hébergement pour les demandeurs d'asile situé au n° 1 rue de Goethe à Vandœuvre-lès-Nancy ;
2°) au besoin d'autoriser le recours à la force publique et de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement pour procéder à l'enlèvement des biens meubles s'y trouvant aux frais et risques des intéressés.
Il soutient que :
- le maintien non autorisé des intéressés dans leur hébergement fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile ;
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée sont remplies dès lors que le maintien des intéressés dans les lieux compromet le fonctionnement normal de l'organisme chargé de l'hébergement d'urgence ;
- les demandes d'asile des intéressés ont été rejetées ;
- ils occupent irrégulièrement les lieux depuis le 16 août 2022 ;
- ils se sont maintenus dans leur lieu d'hébergement à l'issue du délai qui leur était accordé, malgré la mise en demeure de quitter les lieux dont ils ont fait l'objet ;
- les intéressés ne justifient pas de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la mesure demandée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2022, M. et Mme B, représentés par Me Jeannot, demandent au juge des référés :
1°) de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) avant dire droit, de saisir le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), en application des dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, afin qu'il donne un avis médical sur l'état de santé de M. B et de son fils et indique s'ils remplissent les conditions des articles L. 425-9 et L. 425-10 ou de l'article L. 611-3 alinéa 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et si, subsidiairement, ils pourront effectivement supporter des conditions d'une extrême précarité et de dénuement total en vivant à la rue ;
3°) de rejeter la requête du préfet ;
4°) de constater qu'ils sont des personnes vulnérables au sens de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et ainsi, dire qu'ils peuvent prétendre à un hébergement d'urgence en application des dispositions de l'article L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles ;
5°) à titre subsidiaire, de leur accorder un délai de six mois pour exécuter l'ordonnance à intervenir.
6°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jeannot, son avocate, de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à percevoir la part contributive de l'État.
Ils soutiennent que :
- la présence de deux jeunes enfants, l'état de santé du père et du fils et les risques de traitement inhumains et dégradants qu'ils encourent en cas de retour au Nigeria sont des éléments révélateurs d'un état de vulnérabilité faisant obstacle à ce qu'une mesure d'expulsion soit prise à leur encontre ;
- la mesure porte une atteinte disproportionnée eu égard à leur situation de vulnérabilité ;
- la mesure est incompatible avec le droit à un hébergement d'urgence combiné aux principes de dignité de la personne humaine, de protection contre les traitements inhumains et dégradants et du respect de la vie privée et familiale ;
- la mesure d'expulsion sollicitée est contraire à l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 1991-1647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, en application de l'article L. 511-1 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 juillet 2023 à 9h45 :
- le rapport de M. Di Candia, juge des référés,
- les observations de Mme A, représentant le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et indique ne pas être opposé à ce qu'un délai soit accordé à M. et Mme B pour qu'ils quittent les lieux dans un délai raisonnable ;
- et les observations de Me Jeannot, représentant M. et Mme B, également présents, qui reprend les conclusions et moyens du mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 11 juillet 2023 à 10h36.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
2. En raison de l'urgence, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur leur demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. et Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sur le fondement de ces dispositions.
Sur les conclusions du préfet de Meurthe-et-Moselle :
3. Le chapitre II du titre V du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile détermine l'ensemble des dispositions applicables à l'hébergement des demandeurs d'asile pris en charge par l'Etat. L'article L. 551-11 du même code, dans sa version applicable à compter du 1er mai 2021 dispose que : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. () ". En vertu des dispositions de l'article L. 542-1 de ce code, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin, en l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, à la notification de cette décision, ou, lorsqu'un recours a été formé dans ce délai contre la décision de l'Office, à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de notification de celle-ci. Enfin, en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". D'autre part, l'article L. 521-3 du code de justice administrative dispose que : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par un préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement d'un demandeur d'asile dont le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. et Mme B, ressortissants nigérians, entrés en France le 30 septembre 2019, ont sollicité la protection internationale et ont bénéficié, en cette qualité, d'un hébergement dans une structure d'accueil de demandeurs d'asile situé au n° 1 rue de Goethe à Vandœuvre-lès-Nancy. Les demandes d'asile de M. et Mme B ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 16 décembre 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 16 mai 2022. Après que les intéressés ont été informés de la fin, le 16 août 2022, de leur prise en charge par le gestionnaire du lieu d'hébergement, le préfet de Meurthe-et-Moselle les a mis en demeure de quitter les lieux par courrier du 8 septembre 2022, notifié le 12 septembre 2022. Les intéressés s'étant maintenus dans les locaux, le préfet a, le 22 juin 2023, saisi le juge des référés en vue d'ordonner leur expulsion.
6. Il résulte de ces éléments que les intéressés se maintiennent dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées, que la fin de leur prise en charge leur a été régulièrement notifiée et que la mise en demeure qui leur a été notifiée est demeurée infructueuse. Si les défendeurs font valoir que le jugement n° 2202726, 2202727 du 21 octobre 2022 par la magistrate désignée du tribunal administratif de Nancy constitue un élément nouveau leur permettant de demander le réexamen de leur situation au regard de l'asile, cette seule circonstance n'est en revanche pas de nature à leur ouvrir un droit au maintien dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile. Ainsi, la demande du préfet ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
7. En deuxième lieu, le préfet de Meurthe-et-Moselle fait valoir que les arrivées de demandeurs d'asile sont en constante augmentation au niveau local comme au niveau national. En particulier, il indique que sur le département de Meurthe-et-Moselle, 1 895 places sont dédiées à l'accueil des demandeurs d'asile et que le parc départemental présente actuellement, au vu de la pièce complémentaire produite par le préfet de Meurthe-et-Moselle, un taux d'occupation de 98 %, les rares places inoccupées étant soit d'ores et déjà réservées aux nouveaux entrants, soit non mobilisables en raison de travaux de maintenance à prévoir. Enfin, le préfet précise que 25,1 % de ces places sont indûment occupées par des personnes ne relevant plus de la catégorie des demandeurs d'asile, ce qui place le département de Meurthe-et-Moselle à un taux d'indu plus élevé que la moyenne régionale ou nationale, qui est de l'ordre de 10 %. Dans ces conditions, la demande du préfet de Meurthe-et-Moselle présente un caractère d'urgence et d'utilité, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et en raison de la nécessité d'assurer un bon fonctionnement du service public destiné à leur accueil.
8. Par ailleurs, les défendeurs se prévalent de la présence de deux jeunes enfants âgés respectivement de trois ans et de onze mois à la date de la présente ordonnance, de l'état de santé de M. B, qui, en raison de la présence de corps étrangers métalliques au niveau du thorax, présente des difficultés respiratoires, ainsi que de la santé fragile de leur plus jeune fils, et de la circonstance que la décision précitée, rendue par la magistrate désignée par le tribunal administratif de Nancy, est de nature à justifier le réexamen de leurs demandes d'asile. Toutefois, ces circonstances, si elles sont de nature à justifier qu'un délai leur soit accordé avant de leur enjoindre de libérer leur logement, ne présente pas le caractère de circonstances exceptionnelles caractérisant une vulnérabilité particulière de nature à justifier leur maintien dans un hébergement pour demandeurs d'asile, alors qu'ils peuvent, s'ils s'y croient fondés, entreprendre les démarches nécessaires pour présenter une demande d'hébergement sur le fondement des dispositions de l'article L. 345-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles et introduire une demande de titre de séjour en raison de l'état de santé de M. B ou de son fils. En revanche, cette situation justifie d'accorder aux intéressés un délai de trois mois pour quitter leur logement, le temps pour eux d'entreprendre de telles démarches.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant dire droit de saisir le collège de médecins de l'OFII ou de réaffecter les intéressés dans un dispositif d'hébergement d'urgence, qu'il y a lieu d'enjoindre à M. et Mme B de libérer dans un délai trois mois de la notification de la présente ordonnance le logement qu'ils occupent dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile au centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé n° 1 rue de Goethe à Vandœuvre-lès-Nancy. En l'absence de départ volontaire de M. et Mme B dans ce délai, le préfet pourra avoir recours au concours de la force publique et donner toutes instructions utiles au gestionnaire afin d'évacuer les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés, à défaut pour eux d'avoir emporté leurs effets personnels.
Sur les frais d'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à M. et Mme B la somme qu'ils demandent sur ce fondement. Les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. et Mme B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à M. et Mme B de quitter dans un délai trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, l'hébergement qu'ils occupent au centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé au n° 1 rue de Goethe à Vandœuvre-lès-Nancy dans le cadre du dispositif d'hébergement pour les demandeurs d'asile.
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. et Mme B, le préfet de Meurthe-et-Moselle pourra, à l'issue du délai de trois mois fixé à l'article précédent, procéder à l'expulsion de M. et Mme B et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : Les conclusions présentées par M. et Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et Mme D B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Jeannot.
Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nancy et à l'ARS.
Fait à Nancy, le 12 juillet 2023.
Le juge des référés,
O. Di Candia
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2301894
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026