mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301946 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | KIPFFER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 juin 2023 à 13 heures 41 et le 30 juin 2023, Mme C A, représentée par Me Kipffer, demande au tribunal :
1°) d'ordonner la communication de son entier dossier ;
2°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a assignée à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreinte à se présenter les mercredis et vendredis, y compris les jours fériés, à 10 heures au commissariat de police de Mont-Saint-Martin et à se maintenir quotidiennement de 6 heures à 9 heures au sein de son logement ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision a été prise sans avoir recueilli préalablement ses observations dans le cadre de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, ce qui l'a privée d'une garantie ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'aucune décision portant obligation de quitter le territoire français édictée depuis moins d'un an ne lui a été notifiée et qu'à supposer que cette décision existe, le délai de départ volontaire n'a pas commencé à courir et n'est donc pas expiré.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Grandjean, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante mongole née le 17 décembre 1967, serait entrée en France le 3 avril 2016, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 9 août 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 25 janvier 2018. Par un arrêté du 23 mars 2018, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours présenté par l'intéressée contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif du 17 mai 2018 et un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 25 avril 2019. Mme A a présenté une demande de titre de séjour le 22 mai 2018, laquelle a été implicitement rejetée. Par un arrêté du 12 octobre 2018, le préfet de Meurthe-et-Moselle a prononcé à l'encontre de l'intéressée une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un jugement du 13 avril 2021, le tribunal administratif de Nancy a annulé la décision par laquelle le préfet avait implicitement refusé l'admission au séjour sollicité par Mme A le 22 mai 2018 et a enjoint au préfet de réexaminer sa situation. Par un arrêté du 13 juillet 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A et a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un jugement du 14 avril 2022, le tribunal administratif de Nancy a annulé cet arrêté en tant qu'il prolonge l'interdiction de retour sur le territoire français. Le préfet de Meurthe-et-Moselle a, le 29 mars 2023, refusé le titre de séjour sollicité par la requérante le 3 février 2023 l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Par un arrêté du 27 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a décidé de l'assigner à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreinte à se présenter les mercredis et vendredis, y compris les jours fériés, à 10 heures au commissariat de police de Mont-Saint-Martin et à se maintenir quotidiennement de 6 heures à 9 heures au sein de son logement. Par la requête susvisée, Mme A demande l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de production de l'entier dossier du requérant :
4. Aux termes des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". L'autorité préfectorale ayant produit le dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise, les conclusions présentées à ce titre sont devenues sans objet et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que pour prononcer l'assignation à résidence de Mme A, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours édictée le 29 mars 2023. Toutefois, la requérante soutient ne pas avoir été destinataire de cette mesure d'éloignement et produit en ce sens une attestation de l'association pour un lien social et des espaces solidaires, " Alisés ", qui assure son hébergement au 48 boulevard du 8 mai 1945 à Mont-Saint-Martin. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a expédié sa décision à Mme A, le 30 mars 2023, à cette même adresse mais en portant, en mention complémentaire, l'indication " CCAS " et non " association Alisés ". Ainsi, alors même que l'avis de réception porte la mention " pli avisé et non réclamé ", le préfet n'établit pas avoir régulièrement notifié à Mme A la décision d'éloignement du 29 mars 2023. En conséquence, celle-ci est fondée à soutenir que le délai de départ de trente jours qui lui a été accordé n'avait pas commencé à courir et n'était ainsi pas expiré à la date de l'édiction de l'assignation à résidence en litige. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle ne pouvait sans commettre d'erreur de droit, édicter une assignation à résidence sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 27 juin 2023 doit être annulée.
Sur les frais d'instance :
8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Mme A obtienne définitivement l'aide juridictionnelle et que Me Kipffer, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Kipffer de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme A.
D E C I D E :
Article 1er :Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 27 juin 2023 du préfet de Meurthe-et-Moselle est annulé.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et que Me Kipffer renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Kipffer, avocat de Mme A une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sera versée à Mme A.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Kipffer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
La magistrate désignée,
G. GrandjeanLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026