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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301966

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301966

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301966
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juin 2023, M. B A, représenté par Me Richard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours sous la même astreinte, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les mêmes délais et sous les mêmes astreintes ;

3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens et une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu et du principe général des droits de la défense ;

- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision a été prise en méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 26 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- et les observations de Me Coche-Mainente, substituant Me Richard, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 1er février 1996, est entré pour la première fois en France le 20 mai 2013 selon ses déclarations, en compagnie de ses parents et de son frère. La demande d'asile qu'il a déposée le 28 février 2014 à sa majorité, a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 mai 2014. Par un arrêté du 2 mai 2016, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer le titre de séjour pour motif exceptionnel qu'il avait sollicité le 28 mai 2015. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 18 octobre 2016. Le 17 avril 2018, le préfet de Meurthe-et-Moselle a pris un nouvel arrêté obligeant le requérant à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui opposant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le recours formé par M. A contre ces décisions a été rejeté par un jugement du tribunal administratif du 3 juillet 2018. Le 7 septembre 2022, l'intéressé a de nouveau sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a implicitement refusé de lui délivrer ce titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. M. A n'établit pas avoir sollicité auprès du préfet de Meurthe-et-Moselle et conformément à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, la communication des motifs de la décision rejetant implicitement sa demande de titre de séjour du 7 septembre 2022. Par suite, il ne peut utilement soutenir que cette dernière n'est pas motivée.

4. En deuxième lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour constitue une mesure de police administrative. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général des droits de la défense, qui est inopérant à l'encontre d'une telle mesure, ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen de la situation particulière du requérant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. Si M. A soutient être entré sur le territoire français pour la première fois en 2013 alors qu'il avait dix-sept ans, il ne démontre pas la continuité de son séjour depuis cette date alors qu'il ressort de ses propres déclarations qu'il est retourné dans son pays d'origine en janvier 2019 avant d'entrer à nouveau en France en 2020. Célibataire et sans charge de famille en France, il ne justifie pas, par les attestations produites, l'intensité et l'ancienneté des relations qu'il a nouées sur le territoire français alors, par ailleurs, qu'il n'établit pas ne plus disposer d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie, où ses parents, également en situation irrégulière sur le territoire français, ont vocation à retourner et où, ainsi qu'il ressort des pièces du dossier, il a travaillé en 2019 et 2020 avant de revenir en France. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de faire droit à sa demande de titre de séjour.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. Ni la durée de la présence en France de M. A, ni sa situation personnelle et familiale telle qu'elle a été exposée au point 7 du présent jugement ne constituent des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait porté une appréciation manifestement erronée de sa situation au regard des dispositions de cet article.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à ce qui a été dit aux points 7 et 9 du présent jugement que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

13. La présente instance ne comporte aucuns dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Richard.

Délibéré après l'audience publique du 27 août 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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