mercredi 12 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301987 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | DEGOULET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 3 et 7 juillet 2023, Mme G F, représenté par Me Degoulet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023, notifié le 3 juillet, par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé de son transfert aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'arrêté du même jour l'assignant à résidence ;
3°) mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 en application de l'article L. 761-1 du CJA et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- La décision de transfert est entachée d'incompétence de son auteur, méconnait l'article 5 du règlement 2013/604 du 26 juin 2013, les articles 3 paragraphe 2 et 17 de ce règlement, et porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie familiale normale ;
- L'assignation à résidence est entachée d'incompétence de son auteur, est insuffisamment motivée et porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie familiale normale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin-Rance,
- les observations de Me Degoulet, représentant Mme F qui conclut aux mêmes fins que la requête et le mémoire complémentaire, souligne qu'elle vit avec un compatriote titulaire de la protection subsidiaire en France et qu'elle est enceinte de ses œuvres. Elle soutient qu'elle a été privée d'une garantie puisqu'il n'est pas démontré qu'elle ait pu faire valoir ses observations dans une langue qu'elle comprend, l'interprète n'ayant pas signé le compte-rendu d'entretien. Ce document ne comprend pas les nom, prénom et qualité de l'agent notifiant. La nécessité de ne pas la séparer de son conjoint justifiait que la préfète utilise la clause dérogatoire pour examiner sa demande d'asile. L'assignation à résidence n'est pas suffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation. Elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale en faisant obstacle à ce qu'elle se rende aux rendez-vous médicaux de suivi de sa grossesse.
- la préfète du Bas-Rhin étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, de nationalité kosovare, s'est présentée au guichet unique d'accueil des demandeurs d'asile de la Moselle le 24 mai 2023 pour y déposer une demande d'asile. La consultation du fichier VIS a révélé qu'elle était en possession d'un passeport revêtu d'un visa délivré par les autorités allemandes, en cours de validité. Les autorités allemandes ayant donné leur accord le 1er juin 2023 pour prendre en charge l'intéressée sur le fondement de l'article 12-2 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013, la préfète du Bas-Rhin a pris à son encontre le 20 juin 2023 un arrêté de transfert aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par arrêté du même jour, elle a été assignée à résidence dans le département des Vosges. Par sa requête, elle conteste ces deux arrêtés.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Les arrêtés en litige sont signés par Mme A E, cheffe du pôle régional Dublin, à laquelle la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a, par un arrêté du 6 avril 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B C, chef de bureau de l'asile et de l'immigration irrégulière, notamment les arrêtés de transfert et les arrêtés d'assignation à résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'aurait pas été absent ou empêché à la date à laquelle les arrêtés litigieux ont été pris. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté de transfert aux autorités allemandes :
4. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type (). "
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme F a bénéficié d'un entretien individuel réalisé par les services de la préfecture de la Moselle au cours duquel elle a été informée de la mise en œuvre du règlement Dublin et a été mise à même de présenter ses observations. Le résumé de cet entretien, signé par la requérante, indique qu'il a été conduit par un agent qualifié de la préfecture de Moselle avec l'assistance d'une interprète en langue albanaise d'ISM Interprétariat. Ces mentions suffisent pour garantir que cet entretien a été réalisé selon les formes et les conditions posées par les dispositions précitées. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.
6. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux (). La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillance systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable () ".
7. L'Allemagne est un Etat membre de l'Union Européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette présomption est toutefois réfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'Etat membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Dans cette hypothèse, il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités allemandes répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.
8. En se bornant à soutenir que la préfète a méconnu les dispositions de l'article 3 paragraphe 2 précité du règlement du 26 juin 2013 précité sans autre précision, la requérante n'apporte aucun élément permettant de renverser la présomption ainsi établie.
9. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
10. En l'espèce, alors que Mme F ne produit aucun élément justificatif de son état de grossesse et de ses liens avec M. D, et qu'il n'est ni démontré, ni même allégué que l'Allemagne serait dans l'incapacité d'apporter à Mme F les soins appropriés à son état de santé, la requérante n'établit pas qu'en ne faisant pas usage de la " clause discrétionnaire " prévue à l'article 17, paragraphe 1, du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et en ordonnant son transfert vers l'Allemagne, la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
11. Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Si la requérante se prévaut de son état de grossesse, cette circonstance ne fait obstacle à ce que son suivi se poursuive en Allemagne, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant transfert aux autorités allemandes ne peuvent être que rejetées.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
13. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent les fondements de l'assignation à résidence. Et il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin ait omis d'examiner la situation particulière de la requérante.
14. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article () ". Aux termes de l'article L. 751-4 du même code : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1 à L. 733-4 et L. 733-8 à L. 733-12 sont applicables. () ". Aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 précité, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.
15. La décision attaquée, prononce l'assignation à résidence de Mme F dans le département des Vosges pour une durée de quarante-cinq jours et lui fait obligation de se présenter tous les jours, y compris les jours fériés, excepté le dimanche, entre 14h et 15h à l'Hôtel de police d'Epinal. En se bornant à soutenir, sans en justifier, que cette mesure, qui est nécessaire à l'exécution de la décision de transfert prise à son encontre, ferait obstacle au suivi médical de sa grossesse, elle ne démontre pas que la préfète du Bas-Rhin ait porté à son droit de mener une vie familiale normale une atteinte disproportionnée eu égard au but poursuivi.
16. Il résulte de ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué portant assignation à résidence.
Sur les frais d'instance :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Mme F est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G F et à la préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023 ;
La magistrate désignée,
F. Milin-Rance
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026