mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2301993 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2023, M. B A demande au tribunal de lui apporter une réponse positive pour son projet de construction.
Il soutient que :
- le terrain d'assiette du projet fait partie des zones urbanisées de la commune ; les arbres dont l'existence est relevée seront abattus et le plan d'eau à proximité est clôturé ; le projet sera implanté à moins de cinquante mètres des habitations existantes ;
- l'accès à ce terrain s'effectue par un chemin carrossable communal qui est suffisamment dimensionné pour le croisement des véhicules ;
- la commune prendra en charge l'intégralité de l'installation des réseaux, les dépassements de budgets étant à sa propre charge.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2024, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 6 mars 2024, la commune de Haudiomont a présenté des observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- et les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a déposé le 19 septembre 2022 un dossier de demande de certificat d'urbanisme opérationnel portant sur un projet de construction d'une maison individuelle sur les parcelles cadastrées section ZD n° 63, 64, 65 et 66, d'une surface totale de 2 380 m² situées sur le territoire de la commune de Haudiomont (Meuse). Par un arrêté du 9 mai 2023, le préfet de la Meuse lui a délivré un certificat d'urbanisme déclarant l'opération non réalisable. Par la requête susvisée, M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / () ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic ".
4. Si le préfet a notamment motivé sa décision par l'insuffisance de la desserte du terrain d'assiette du projet au regard de l'importance de celui-ci, la voie rendant difficile la circulation ou l'utilisation des engins de secours, il ressort cependant des pièces du dossier qu'au droit des parcelles d'assiette du projet passe un chemin communal, débouchant à un peu plus de cinquante mètres sur la route départementale n° 154, dont le caractère carrossable n'est pas contesté par le préfet, qui n'apporte par ailleurs aucune preuve de ce que les engins de secours ne pourraient pas y circuler facilement.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / () ". L'administration peut, sous le contrôle du juge, déclarer un terrain inconstructible ou non utilisable pour l'opération envisagée lorsque les équipements publics existants ou les équipements prévus susceptibles de desservir le terrain ne permettent pas la construction ou l'opération, alors même qu'aucune règle d'urbanisme n'imposerait le refus de toute construction ou autorisation.
6. Aux termes de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire () exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction () notamment en ce qui concerne () l'alimentation en eau () et électricité (). / () / L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures. / () ".
7. Les dispositions précitées de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité, et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement. Une modification de la consistance d'un des réseaux publics que ces dispositions mentionnent, notamment du réseau public de distribution d'électricité, ne peut être réalisée sans l'accord de l'autorité administrative compétente. L'autorité compétente peut délivrer négativement un certificat d'urbanisme lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et que, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.
8. Le certificat d'urbanisme en litige mentionne que les parcelles d'implantation du terrain ne sont pas desservies par les réseaux publics de distribution d'eau potable et d'électricité et que la collectivité n'a pas de projet de réalisation d'équipements publics. En ce qui concerne le réseau d'eau potable toutefois, il ressort des écritures de la commune d'Haudiomont, qui ne sont pas contestées sur ce point, qu'une conduite d'environ quatre-vingt-cinq mètres permettrait de desservir le projet objet du certificat d'urbanisme en litige. En ce qui concerne le réseau électrique, il ressort du plan joint à l'avis d'Enedis qu'une borne de raccordement basse tension est située, au vu de l'échelle figurant sur ce plan, à environ 70 mètres des parcelles d'assiette du projet. Dans ces conditions, les branchements nécessaires pourraient donner lieu à la participation du constructeur. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que les capacités des réseaux d'eau potable et d'électricité existants seraient insuffisantes pour permettre le raccordement correspondant au seul projet de M. A. Par suite, le projet présenté par l'intéressé nécessitant, non pas une extension des réseaux d'eau potable et d'électricité, mais un simple branchement à ces réseaux, le préfet de la Meuse ne pouvait se fonder sur les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme pour s'opposer au projet de M. A.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ".
10. Les parties urbanisées de la commune sont celles qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. En dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.
11. Il est constant que la commune de Haudiomont n'était, à la date de la décision contestée, dotée ni d'un plan local d'urbanisme ni d'un document d'urbanisme en tenant lieu ni d'une carte communale. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la demande de certificat d'urbanisme que le terrain d'assiette du projet en litige présente une surface de 2 380 m². Il ressort en particulier du plan de situation de la parcelle, des pièces annexées au dossier de la demande et des photographies versées aux débats, que les parcelles d'implantation s'inscrivent dans un espace, " La Parterre ", composant un important espace naturel de trois hectares, délimité au sud et à l'est par un chemin d'exploitation agricole, et qui, au-delà de ce chemin d'exploitation, s'ouvre sur de vastes espaces agricoles. Par ailleurs, si les parcelles en litige se trouvent en second rang à l'arrière d'une dizaine de constructions mitoyennes s'ouvrant sur la route départementale n° 154, des jardins les séparent d'au moins cinquante-cinq mètres de ces habitations. De plus, un chemin d'accès longeant ces jardins et se poursuivant au nord du projet sépare celui-ci tant de ces jardins que de la partie de la commune située au nord du projet. L'implantation des parcelles d'assiette du projet en bordure du village, leurs caractéristiques et leur distance par rapport aux constructions existantes, les inscrivent ainsi dans un compartiment nettement distinct de la partie déjà urbanisée de la commune d'Haudiomont. Il suit de là que le préfet de la Meuse a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme en déclarant l'opération non réalisable pour ce motif, qui suffisait à lui seul à justifier la décision en litige.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune ; / () 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 101-2 et aux dispositions des chapitres I et II du titre II du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application ".
13. À supposer même que M. A entende, avec l'appui de la commune, se prévaloir des dispositions du 4° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, ce moyen ne peut qu'être écarté dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une délibération du conseil municipal de la commune d'Haudiomont ait été prise sur le fondement de ces dispositions.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Meuse et à la commune d'Haudiomont.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026