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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302019

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302019

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantLEMONNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juillet 2023 et un mémoire enregistré le 14 septembre 2023, M. C D B, représenté par Me Lemonnier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois suivant la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit puisqu'elle est fondée sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992 trouvait à s'appliquer ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 et R. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au regard de l'article 9 de la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992 puisqu'il justifie de la réalité et du sérieux des études suivies et de ressources suffisantes ,

- elle est entachée d'une erreur de droit puisqu'elle est fondée sur la circonstance que M. B a dépassé le seuil légal de 60% de la durée de travail annuelle ;

- elle méconnaît l'article 2 du protocole additionnel n°1 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui garantit le droit à l'instruction ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée et a refusé de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle doit être annulée compte tenu de l'illégalité entachant la décision de refus de renouvellement de titre de séjour qui la fonde ;

- elle méconnaît son droit à la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit à la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes entre la République française et la République du Bénin signée le 21 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1515 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, rapporteure ;

- et les observations de Me Lemonnier, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant béninois, né le 30 septembre 2001, est entré régulièrement sur le territoire français le 20 septembre 2018. Il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention étudiant du 17 octobre 2019 au 16 octobre 2020 qui a été renouvelé du 7 juillet 2021 au 6 janvier 2022. Par un arrêté du 7 décembre 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète de Meurthe-et-Moselle :

2. Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative ; " I.- Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. () ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 7 décembre 2022 comportant la mention des voies et délais de recours, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé le renouvellement d'un titre de séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. M. B soutient que le préfet ne l'a informé ni de l'envoi d'un courrier recommandé à son attention, ni de la prise d'une décision sur sa demande de renouvellement alors que ses échanges ultérieurs avec les services préfectoraux lui laissaient penser qu'elle était en cours d'instruction. Il soutient également qu'il n'existe aucune preuve du passage des services postaux, de la mise à disposition de la lettre recommandée pendant quinze jours dans un bureau de poste, que des anomalies se sont produites dans le traitement du courrier et que la preuve de dépôt y était encore accrochée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'accusé de réception comportant la date de présentation du pli à l'adresse du requérant est daté du 9 décembre 2022 avec une étiquette adhésive de restitution de l'information au préfet, qui n'était au demeurant pas tenu d'informer le requérant par une autre voie de la décision prise, sur laquelle a été cochée la mention " pli avisé et non réclamé ". En conséquence, la requête, enregistrée le 3 juillet 2023 au greffe du tribunal administratif de Nancy, et pour laquelle une demande d'aide juridictionnelle a été déposée le 24 février 2023, a été présentée après l'expiration du délai de recours de trente jours et est, par suite, tardive. La fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, soulevée par la préfète, doit être retenue.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :

6. En application de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () le bénéfice de l'aide juridictionnelle () est retiré () dans les cas suivants : () 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle a été jugée dilatoire, abusive ou manifestement irrecevable ". L'article 51 du même texte précise que : " Le retrait est prononcé par le bureau qui a accordé l'aide juridictionnelle, excepté dans le cas mentionné au 4° de l'article 50, où il est prononcé par la juridiction saisie ". En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'irrecevabilité manifeste de sa requête, de retirer à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale est retiré à M. B.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D B, à Me Lemonnier et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 21 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

D. Marti

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302019

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