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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302051

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302051

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantBOUREGHDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 3 juillet et 26 septembre 2023, M. A C B, représenté par Me Boureghda, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa demande n'est pas irrecevable, dès lors qu'elle ne saurait être regardée comme tardive, faute de preuve de la date de présentation du pli recommandé ;

- la décision contestée portant refus de titre de séjour a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- le préfet ne l'a pas mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de cette décision, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits l'Union européenne, et en violation de son droit d'être entendu, principe général du droit de la défense ;

- la décision portant refus de renouvellement du certificat de résidence est entachée d'erreur de droit en se fondant sur les stipulations du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, alors qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour sur ce fondement ; le préfet aurait dû examiner sa demande au regard de l'article 5 dudit accord, et du c) de son article 7 ;

- le refus de renouvellement de son certificat de résidence méconnaît le c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il justifie de considérations humanitaires et exceptionnelles justifiant sa régularisation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision prise à son encontre porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 septembre et 3 octobre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable car tardive ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Deux mémoires enregistrés les 24 septembre 2023 et 16 octobre 2023, présentés pour M. B, n'ont pas été communiqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Agnès Bourjol a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant algérien né le 30 août 1993, est entré régulièrement en France le 19 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Son titre de séjour a régulièrement été renouvelé jusqu'au 4 janvier 2022. Après l'obtention d'un master II en sciences mention microbiologie, il a sollicité un changement de statut permettant l'exercice d'une activité non salariée, et s'est vu délivrer un certificat de résidence en tant que commerçant sur le fondement de l'article 7 a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, portant la mention " visiteur-profession libérale " valable du 5 janvier 2022 au 4 janvier 2023. Par un arrêté du 30 mars 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. () ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I.- Conformément aux dispositions du I de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour notifiées simultanément.().".

3. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet "avis de réception" sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

4. En l'espèce, la préfète de Meurthe-et-Moselle produit l'accusé de réception comportant la date de présentation du pli au domicile du requérant le 4 avril 2023 sur lequel a été apposée la mention " pli avisé et non réclamé ". Toutefois, le requérant produit, dans ses dernières écritures, un courriel émanant de La Poste, faisant suite à sa réclamation, attestant que si le pli, présenté à son adresse le 4 avril 2023, et que ce pli a été retourné à la préfecture le 24 avril suivant, il ressort toutefois de l'attestation établie par les services de La Poste le 26 septembre 2023 à la demande du requérant que le facteur, par erreur, ne lui avait pas laissé d'avis de passage. Dans ces conditions, et alors que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'établit pas que ce document serait dépourvu de valeur probante, les conditions de notification de l'arrêté attaqué ne peuvent être regardées comme ayant été régulièrement accomplies à la date du 4 avril 2023. Le délai de recours contentieux n'était pas expiré à la date d'enregistrement de la requête, le 3 juillet 2023, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête soulevée en défense par la préfète de Meurthe-et-Moselle doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". L'article 7 du même accord stipule que : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord ;/ a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " () / c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité "..

6. Pour refuser la demande de renouvellement de son certificat de résidence présentée par M. B, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur les stipulations du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien, qui subordonnent la délivrance d'un certificat de résidence aux ressortissants algériens à la justification de moyens d'existence suffisants. Or, cet article, qui ne concerne que les personnes qui prennent l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle soumise à autorisation, n'était pas applicable à la situation de M. B dont l'activité d'auto-entrepreneur d'achat et de vente online de matériel informatique a fait l'objet d'une immatriculation au registre du commerce et des sociétés. Dès lors, le préfet de Meurthe-et-Moselle a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard de ces stipulations.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé le renouvellement de son certificat de résidence et, par voie de conséquence, des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Compte tenu du motif d'annulation de la décision attaquée, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 30 mars 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 19 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

A. Bourjol

Le président,

O. Di Candia

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302051

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