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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302105

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302105

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302105
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2023, M. D A, représenté par Me Levi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux mois suivant notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son avocat renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- il est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte, faute de délégation de signature régulièrement publiée ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été respectée ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'erreur de droit et méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle et familiale ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en s'abstenant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation pour régulariser sa situation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la mesure d'éloignement prise à son encontre méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu dès lors qu'il n'a pas été entendu avant la notification de la décision ;

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée et a méconnu l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 7 de la directive 2008/115/CE en n'examinant pas s'il y avait lieu de prolonger le délai d'un mois prévu par ces dispositions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 8 juin 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Agnès Bourjol,

- et les observations de Me Levi-Cyferman, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant haïtien né le 20 novembre 2001 à Cap haïtien (Haïti), est entré régulièrement sur le territoire français le 10 juillet 2017 avec un document de circulation pour enfant mineur valable du 10 octobre 2017 au 19 novembre 2019. Une fois majeur, il a introduit une première demande de titre de séjour en qualité d'étudiant le 26 avril 2021. Il a alors bénéficié de récépissés régulièrement renouvelés couvrant la période du 22 juin 2021 au 29 juin 2023. Par arrêté du 14 avril 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de renvoi. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens de légalité externe :

2. En premier lieu, par un arrêté du 8 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le lendemain, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département. Par suite, M. B, signataire de l'arrêté du 14 avril 2023, était compétent. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". D'une part, dès lors que l'arrêté intervient en réponse à la demande de titre de séjour présentée par M. A, ce dernier ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. D'autre part, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français, ni à l'encontre des mesures accessoires relatives au délai de départ volontaire et au pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, l'arrêté contesté mentionne les éléments de droit et de fait relatifs à la situation particulière de l'intéressé. La circonstance que l'arrêté attaqué ne fasse pas mention de ce que le père de M. A avait confié, par acte notarié, la charge du requérant à Mme C est par elle-même sans incidence sur cette motivation. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué ne serait pas suffisamment motivé doit être écarté.

5. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation de M. A avant de prononcer les décisions en litige.

En ce qui concerne les moyens propres au refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, en vertu de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonnée à la justification d'une entrée régulière sur le territoire français par la disposition d'un visa de long séjour, de moyens d'existence suffisants, et par la preuve d'une inscription dans un établissement d'enseignement supérieur. Si le requérant se prévaut de l'erreur de droit liée à la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'assortit pas ce moyen de précision suffisante. En outre, il conteste l'appréciation à laquelle s'est livré le préfet sur le caractère réel et sérieux des études poursuivies depuis son entrée sur le territoire français, à laquelle n'est subordonné que le renouvellement de ce titre, et non la délivrance d'un premier titre. Ainsi, M. A ne critique pas utilement l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ".

7. En deuxième lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles toute personne a droit au respect d'une vie familiale normale sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation à laquelle se livre l'administration lors de l'instruction d'une demande de titre de séjour en qualité d'étudiant.

8. En troisième lieu, dès lors que le titre de séjour portant la mention " étudiant " ne donne pas vocation à s'installer durablement en France, M. A, qui se borne à se prévaloir de sa scolarisation en France depuis 2017 sans alléguer être dépourvu d'attaches familiales ou personnelles en Haïti, où réside son père, n'établit pas qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour en sa qualité d'étudiant, le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait entaché sa décision de refus de titre d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire, doit être écarté.

10. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de même valeur juridique que le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et le Traité sur l'Union européenne, en vertu de l'article 6 de ce dernier : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Le requérant peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur les mesures d'éloignement envisagées.

11. Ce principe implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande de titre, de préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et de produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, qui n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'étranger à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de séjour, est ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que le droit d'être entendu aurait été méconnu avant que ne soit prise la mesure d'éloignement litigieuse.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

12. Contrairement à ce que soutient M. A, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait cru, à tort, tenu de lui accorder un délai de départ volontaire de trente jours et n'aurait pas ainsi envisagé de prolonger ce délai. Le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet sur ce point doit donc être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que par les moyens qu'il invoque, les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Levy-Cyferman.

Délibéré après l'audience publique du 28 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

A. Bourjol

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage,

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302105

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