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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302118

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302118

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantCORSIGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2023 et un mémoire enregistré le 12 septembre 2023 et non communiqué, M. C E A, représenté par Me Corsiglia, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté 7 juin 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente, de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, Me Corsiglia, d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part versée par l'Etat, ou à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement à son profit de la même somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- le préfet ne renverse pas la présomption d'authenticité des actes d'état civil produits ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation quant au caractère réel et sérieux de ses études ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 27 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- et les observations de Me Corsiglia, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 22 août 2003, est entré sur le territoire français, le 23 octobre 2019 et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance de Meurthe-et-Moselle le 11 février 2020. Le 23 juillet 2021, l'intéressé a sollicité son admission au séjour. Par l'arrêté contesté du 7 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du 27 juillet 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nancy a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

4. Par un arrêté n°22.BCI.26 du 8 août 2022, publié au recueil des actes administratifs de Meurthe-et-Moselle le même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat, à l'exception des arrêtés de conflit. Par suite, M. B, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer les décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". Aux termes de l'article L. 111-6 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".

6. Il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil que, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles. Si l'article 47 du code civil pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays, il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve, par tout moyen, du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. En revanche, l'autorité administrative n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont elle dispose sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

7. A l'appui de sa demande, M. A a produit l'original d'un jugement supplétif n°864 du 7 février 2020, d'un acte de naissance n°584 du 4 mars 2020, d'un certificat de nationalité n°310 du 8 juin 2020 et une carte consulaire n°WBNPQWL6 du 26 janvier 2021. Le préfet, s'appuyant sur les conclusions de l'expertise documentaire du 20 octobre 2021, a relevé que le jugement supplétif du 7 février 2020 était imprimé au toner, sur du papier ordinaire dépourvu de sécurité, que le timbre fiscal autoadhésif comporte des traces de colle anormales ainsi que l'empreinte d'un tampon humide qui n'apparaît pas sur la page indiquant que celui-ci a été décollé de son document d'origine et ré-utilisé et que certaines mentions prescrites par la législation guinéenne faisaient défaut. Concernant l'acte de naissance n°584, il ressort de l'expertise documentaire que ce document est imprimé au toner sur un support dépourvu de sécurité et que certaines mentions prescrites par la législation guinéenne faisaient défaut. Concernant le certificat de nationalité, le préfet constate que ce document est imprimé au toner sur un support dépourvu de sécurité et que des traces de colle anormales ainsi qu'un décalage anormal entre le tampon humide qui apparaît sur le timbre fiscal et celui qui apparaît sur la page indiquant que celui-ci a été décollé de son document d'origine et ré-utilisé, ce que confirme l'examen au rayonnement infra-rouge. Au vu de ces éléments et notamment de l'expertise réalisée sur les timbres fiscaux, le préfet de Meurthe-et-Moselle doit être regardé comme renversant la présomption d'authenticité des documents d'état civil présentés par M. A. Ce dernier a donc pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, estimer que le requérant ne justifiait pas de son âge à la date de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance.

8. En second lieu, si M. A soutient que le préfet de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur d'appréciation quant au sérieux de ses études, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. A ne justifie pas avoir été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance avant ses dix-huit ans. Le préfet de Meurthe-et-Moselle pouvait rejeter la demande de séjour de M. A pour ce seul motif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Le requérant n'établissant pas l'illégalité de la décision du préfet de Meurthe-et-Moselle lui refusant le séjour en France, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prononcée à son encontre est illégale en raison de l'illégalité de la décision précédente.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Le requérant n'établissant pas l'illégalité des décisions du préfet de Meurthe-et-Moselle lui refusant le séjour en France et l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité des décisions précédentes.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

13. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme que M. A demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ses conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Corsiglia.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

D. MartiLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2302118

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