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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302157

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302157

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSELARL GUITTON - GROSSET - BLANDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 15 mars, 15 juillet 2023 sous le n° 2300801, M. A B, représenté par Me Grosset, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de surseoir à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 27 août 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour et, en tout état de cause, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate, Me Grosset, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son avocate renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision contestée ait été prise par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- sa motivation ne révèle pas que le préfet ait procédé à un examen individuel de sa situation ;

- le préfet n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs du refus de titre dans le délai d'un mois, le courrier du 13 février 2023 adressé par les services de la préfecture ne pouvant en tenir lieu ;

- le préfet ne l'a pas mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de cette décision, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte de l'Union européenne, et en violation de son droit d'être entendu, principe général du droit de la défense de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de plus de trois années d'activité ininterrompue au sein de la communauté Emmaüs et de perspectives d'intégration ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête en annulation de sa décision implicite de refus de titre de séjour doit être regardée comme dirigée contre sa décision du 27 juin 2023, laquelle s'est substituée à la décision implicite de refus de titre de séjour et que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Un mémoire a été produit pour M. B le 8 novembre 2023 mais n'a pas été communiqué.

II. Par une requête enregistrée le 15 juillet sous le n° 2302157, M. A B, représenté par Me Grosset, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de surseoir à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 27 juin 2023 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour et, en tout état de cause, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate, Me Grosset, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son avocate renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente car le signataire ne justifie pas d'une délégation de signature du préfet ;

- la décision portant refus de titre de séjour contestée est insuffisamment motivée en droit et en fait et méconnaît l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; cette motivation révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que le courrier du 13 février 2023 adressé par la préfecture n'apporte aucune précision sur les motifs du refus implicite de titre de séjour né du silence gardé par le préfet ; la communication tardive des motifs du refus implicite par l'édiction de la décision du 27 juin 2023 entache d'illégalité la décision initiale ;

- le préfet ne l'a pas mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de cette décision, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte de l'Union européenne, et en violation de son droit d'être entendu, principe général du droit de la défense de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de plus de trois années d'activité ininterrompues au sein de la communauté Emmaüs et de perspectives d'intégration ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête en annulation de sa décision implicite de refus de titre de séjour doit être regardée comme dirigée contre sa décision du 27 juin 2023, laquelle s'est substituée à la décision implicite de refus de titre de séjour et que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Un mémoire a été produit pour M. B le 8 novembre 2023 mais n'a pas été communiqué.

M. B a été admis, dans le cadre de l'instance n° 2300801, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Agnès Bourjol a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né en 1976 et de nationalité géorgienne, a déclaré être entré en France le 7 janvier 2016. Le 2 juin 2016, il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. A la suite du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 30 août 2016 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 20 avril 2017, et du rejet de sa demande de réexamen devant l'OFPRA, le préfet de Meurthe-et-Moselle, le 24 octobre 2017, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement n° 1703031 du 28 décembre 2017, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté le recours formé par M. B contre cet arrêté. Par un courrier du 19 avril 2022, reçu en préfecture le 27 avril suivant, M. B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 435-2. Par ses requêtes nos 2300801 et 2302157, qu'il y a lieu de joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement, M. B demande l'annulation à la fois de la décision implicite née le 27 septembre 2022 du silence gardé par le préfet de Meurthe-et-Moselle sur sa demande de titre de séjour ainsi que de l'annulation de la décision expresse du 27 juin 2023 ayant le même objet.

Sur l'étendue des conclusions :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Par une décision du 27 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a expressément rejeté la demande de titre du requérant. Cette décision se substitue à la décision implicite de rejet née antérieurement. Par suite, il y a lieu de rediriger les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite à l'encontre de cette décision expresse.

Sur la demande tendant à l'admission provisoire du requérant à l'aide juridictionnelle et au sursis à statuer :

4. Par une décision du 14 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale pour contester la décision implicite de rejet, à laquelle s'est substituée la décision du 27 juin 2023 contestée dans l'instance n° 2302157. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, par un arrêté du 8 août 2022, publié au recueil des actes administratifs de Meurthe-et-Moselle le même jour, le préfet a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des arrêtés de conflit. Par suite, M. Julien Le Goff était compétent pour signer la décision litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que la délivrance d'un titre de séjour est refusée à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 de ce code, au motif que l'intéressé ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de l'activité exercée au sein de la communauté Emmaüs, faute de produire un document émanant de la direction de la communauté Emmaüs de Meurthe-et-Moselle listant précisément la nature des activités qu'il y a exercé durant plus de trois années et de l'absence de suivi d'une formation professionnelle durant son compagnonnage et, d'autre part, qu'il n'établissait pas disposer de perspectives d'intégration. Dès lors que le préfet a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

8. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, à l'occasion du dépôt de sa demande, est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

9. Toutefois, le requérant ne fait état d'aucun élément particulier qu'il aurait été empêché de faire valoir auprès de l'administration et qui aurait été jugé utile à la compréhension de sa situation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". M. B fait valoir qu'il est entré en France le 7 janvier 2016, qu'il est compagnon au sein de la communauté Emmaüs depuis 2018 et perçoit à ce titre une allocation communautaire. Il se prévaut également d'une promesse d'embauche sous contrat à durée indéterminée à temps plein en qualité de maçon. Toutefois, et à l'exception de son compagnonnage dans la communauté Emmaüs, il n'apporte aucun élément démontrant avoir tissé des liens stables et intenses en France. Il n'établit pas davantage vivre en couple avec une ressortissante russe en situation régulière. Par ailleurs, M. B ne soutient pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel la décision litigieuse a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Cette annexe indique que, parmi les pièces à fournir à l'appui de la première demande fondée sur l'article L. 435-2 de ce code, figurent celles justifiant du caractère réel et sérieux de l'activité et des perspectives d'intégration, telles que notamment des diplômes, attestations de formation, certificats de présence, attestations de bénévoles, ainsi que le rapport établi par le responsable de l'organisme d'accueil, à la date de la demande, mentionnant l'agrément et précisant la nature des missions effectuées par l'intéressé, leur volume horaire, la durée d'activité, le caractère réel et sérieux de l'activité, ainsi que les perspectives d'intégration au regard notamment du niveau de langue, des compétences acquises, le projet professionnel et des éléments relatifs à la vie privée et familiale du ressortissant étranger.

12. Pour refuser le titre de séjour sollicité, le préfet de Meurthe-et-Moselle, dans sa décision du 27 juin 2023, s'est fondé à la fois sur le fait que M. B ne justifiait pas de manière probante du caractère réel et sérieux de l'activité exercée et sur l'absence de perspective d'intégration au sein de la communauté Emmaüs 54.

13. D'une part, lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger justifie de trois années d'activité ininterrompue dans un organisme de travail solidaire, qu'un rapport soit établi par le responsable de l'organisme d'accueil, qu'il ne vive pas en état de polygamie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée. D'autre part, l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles précise : " Les organismes assurant l'accueil ainsi que l'hébergement ou le logement de personnes en difficultés et qui ne relèvent pas de l'article L. 312-1 peuvent faire participer ces personnes à des activités d'économie solidaire afin de favoriser leur insertion sociale et professionnelle ". Enfin, en application de l'article 1er de l'arrêté du 27 février 2020 portant agrément d'organismes d'accueil communautaire et d'activités solidaires : " L'association Emmaüs France est agréée, pour sa branche communautaire, en tant qu'organisme national d'accueil communautaire et d'activités solidaires. Cet agrément vaut pour les communautés Emmaüs qui lui sont affiliées et dont la liste figure en annexe au présent arrêté ".

14. Il n'est pas contesté que M. B justifie de plus de trois années d'activité ininterrompue au sein de la Communauté Emmaüs de Vandoeuvre-lès-Nancy, organisme d'accueil communautaire, où il a été hébergé du 11 janvier 2018 au 31 mars 2022 en qualité de compagnon, ce qui a donné lieu au versement de cotisations sociales. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, notamment des attestations du responsable de cet organisme et de sa vice-présidente, lesquelles, bien que postérieures à la décision contestée, sont relatives à des faits constatés antérieurement, que M. B a exercé au sein de la communauté diverses activités et a occupé les postes de vendeur, de livreur, de manutentionnaire, de commis de cuisine et de responsable des compagnons de site. Par ailleurs, les nombreux témoignages de bénévoles et du responsable de M. B attestent de ses capacités relationnelles, de son bon comportement général et de ses qualités humaines et professionnelles. Le responsable de l'organisme d'accueil a également relevé le caractère réel et sérieux de sa participation aux tâches quotidiennes de la communauté ainsi que de sa bonne intégration. Il est également établi qu'il a suivi des cours renforcés de français, à raison de quatre heures par semaine, entre le 12 octobre 2020 et le 28 janvier 2021 et qu'il maîtrise désormais la langue française. Dans ces conditions, M. B, doit être regardé justifiant du caractère réel et sérieux de son activité. Toutefois, M. B ne justifie, à l'appui de sa demande de titre de séjour, que de promesses d'embauche dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée en qualité de maçon, sans avoir justifié, à l'appui de sa demande de titre, détenir ou avoir acquis des compétences dans ce secteur durant son hébergement au sein de la communauté Emmaüs, ni du suivi d'une formation en lien avec cet emploi. Dans ces conditions, en estimant que M. B n'apportait pas d'élément de nature à établir l'existence d'un projet professionnel concret et plus généralement, des perspectives d'intégration, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'intéressé au regard de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a saisi le préfet uniquement d'une demande d'autorisation de séjour au titre de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas déposé de demande sur un autre fondement, notamment en qualité d'étranger malade. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du même code et de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concerne au surplus les demandeurs dont l'état de santé fait obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement, sont en tout état de cause, inopérants.

16. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". La décision contestée, qui refuse la délivrance d'un titre de séjour au requérant, n'implique pas, par elle-même, renvoi de l'intéressé dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine est inopérant.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et au sursis à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 7 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure,

A. Bourjol

Le président,

O. Di Candia

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300801, 2302157

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