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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302174

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302174

mercredi 9 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme C B du logement qu'elle occupe, dans le cadre du dispositif d'hébergement pour les demandeurs d'asile situé au 24-rue du Coteau à Herserange ;

2°) au besoin d'autoriser le recours à la force publique et de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement pour procéder à l'enlèvement des biens meubles s'y trouvant aux frais et risques de l'intéressée.

Il soutient que :

- le maintien non autorisé de l'intéressée dans son logement fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile ;

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée sont remplies dès lors que le maintien de l'intéressée dans les lieux compromet le fonctionnement normal de l'organisme chargé de l'hébergement d'urgence ;

- la demande d'asile de l'intéressée a été rejetée ;

- elle occupe irrégulièrement les lieux depuis le 12 octobre 2022;

- elle s'est maintenue dans son lieu d'hébergement à l'issue du délai qui lui était accordé, malgré la mise en demeure de quitter les lieux dont elle a fait l'objet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance, première conseillère, en application de l'article L. 511-1 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 août 2023 à 10h00 :

- le rapport de Mme Milin-Rance, juge des référés,

- les observations de Mme A, représentant le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui conclut aux mêmes fins que la requête et souligne que Mme B est arrivée en France en août 2019 pour demander l'asile. Son enfant est né le 16 août 2020. Elle a été déboutée de sa demande d'asile le 7 septembre 2022 par une décision de la CNDA qui lui a été notifiée le 1er octobre 2022. Elle a été informée de la fin de sa prise en charge le 12 octobre 2022 et a été destinataire d'une mise en demeure de quitter les lieux le 14 juin 2023. Elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à la suite du rejet de sa demande d'asile le 3 mai 2023, confirmée par la juridiction administrative le 9 juin 2023. La condition d'urgence est remplie au vu de la saturation du parc d'hébergement dans le Grand Est qui présente en mai 2023 un taux d'occupation de 98%, avec un taux de présence indue de 25%, 176 personnes étant actuellement en attente. Il n'y a pas de contestation sérieuse de la nécessité de procéder à l'expulsion.

- et les observations de Mme B qui conclut au rejet de la requête et à ce qu'un délai raisonnable lui soit accordé pour lui permettre d'entreprendre des démarches de demande d'hébergement d'urgence, alors qu'elle n'a bénéficié d'aucun suivi social adapté à sa situation de jeune mère isolée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 8 août 2023 à 10h30.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions du préfet de Meurthe-et-Moselle :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Le chapitre II du titre V du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile détermine l'ensemble des dispositions applicables à l'hébergement des demandeurs d'asile pris en charge par l'Etat. L'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. () ". En vertu des dispositions de l'article L. 542-1 de ce code, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin, en l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, à la notification de cette décision, ou, lorsqu'un recours a été formé dans ce délai contre la décision de l'Office, à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de notification de celle-ci. Enfin, en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par un préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement d'un demandeur d'asile dont le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme B, ressortissante nigériane, entrée en France le 3 août 2019, a sollicité la protection internationale en octobre 2020 et a bénéficié, en cette qualité d'un hébergement dans une structure d'accueil de demandeurs d'asile situé au 24 rue du Coteau à Herserange. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 10 mai 2021, notifiée le 24 juin 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 7 septembre 2022, notifiée le 1er-octobre-2022. Sa demande de réexamen a été jugée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 mai 2023. Après que l'intéressée ait été informée, le 12-octobre 2022, de la fin de sa prise en charge par le gestionnaire du lieu d'hébergement, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a mise en demeure de quitter les lieux par courrier du 14 juin 2023, notifié le 16 juin 2023. L'intéressée s'étant maintenue dans les locaux, le préfet a, le 19-juillet-2023, saisi le juge des référés en vue d'ordonner son expulsion.

5. Dès lors que l'intéressée se maintient dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, que la fin de sa prise en charge lui a été régulièrement notifiée et que la mise en demeure qui lui a été notifiée est demeurée infructueuse, la mesure d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

6. En deuxième lieu, le préfet de Meurthe-et-Moselle fait valoir que les arrivées de demandeurs d'asile sont en constante augmentation au niveau local comme au niveau national. En particulier, il indique que sur le département de Meurthe-et-Moselle, 1 895 places sont dédiées à l'accueil des demandeurs d'asile et que le parc départemental présente actuellement, au vu de l'état réactualisé de la situation au jour de l'audience, un taux d'occupation de 98,5 %, les rares places inoccupées étant soit d'ores et déjà réservées aux nouveaux entrants, soit non mobilisables en raison de travaux de maintenance à prévoir. Enfin, le préfet précise que 25,1 % de ces places sont indûment occupées par des personnes ne relevant plus de la catégorie des demandeurs d'asile, ce qui place le département de Meurthe-et-Moselle à un taux d'indu plus élevé que la moyenne régionale ou nationale, qui est de l'ordre de 10 %. 176 demandeurs d'asile, dont trente mineurs, sont en attente d'un hébergement dans le Grand Est. Dans ces conditions, la demande du préfet de Meurthe-et-Moselle présente un caractère d'urgence et d'utilité, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et en raison de la nécessité d'assurer un bon fonctionnement du service public destiné à leur accueil.

7. Mme B fait valoir qu'elle est isolée avec un jeune enfant et qu'elle n'a pu bénéficier d'un suivi social adapté en vue de trouver une solution alternative d'hébergement. Toutefois, cette circonstance, si elle est de nature à justifier qu'un délai lui soit accordé avant de lui enjoindre de libérer son logement, ne présente pas le caractère de circonstance exceptionnelle caractérisant une vulnérabilité particulière de nature à justifier son maintien dans un hébergement pour demandeurs d'asile, alors qu'elle peut, si elle s'y croit fondée, entreprendre les démarches nécessaires pour présenter une demande d'hébergement sur le fondement des dispositions de l'article L. 345-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles. En revanche, cette situation justifie d'accorder à l'intéressée un délai de deux mois pour quitter son logement.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à Mme B de libérer dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance le logement qu'elle occupe dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile au centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé au 24 rue du Coteau à Herserange. En l'absence de départ volontaire de Mme B dans ce délai, le préfet pourra avoir recours au concours de la force publique et donner toutes instructions utiles au gestionnaire afin d'évacuer les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de l'intéressée, à défaut pour elle d'avoir emporté ses effets personnels.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme C B de quitter dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, l'hébergement qu'elle occupe au centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé au 24 rue du Coteau à Herserange dans le cadre du dispositif d'hébergement pour les demandeurs d'asile.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme B, le préfet de Meurthe-et-Moselle pourra, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, procéder à l'expulsion de Mme B et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nancy et au PRAHADA Adoma à Herserange.

Fait à Nancy, le 9 août 2023.

La juge des référés,

F. Milin-Rance

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302174

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