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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302176

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302176

mercredi 9 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet, le préfet de Meurthe-et-Moselle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. H C du logement qu'il occupe, dans le cadre du dispositif d'hébergement pour les demandeurs d'asile situé au 3 rue Aristide Briand (studio n°109) à Neuves-Maisons ;

2°) au besoin d'autoriser le recours à la force publique et de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement pour procéder à l'enlèvement des biens meubles s'y trouvant aux frais et risques des intéressés.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la mise en demeure a été édictée par une autorité compétente ;

-le maintien non autorisé de l'intéressé dans son logement fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile ;

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée sont remplies dès lors que le maintien de l'intéressé dans les lieux compromet le fonctionnement normal de l'organisme chargé de l'hébergement d'urgence et qu'il ne peut plus se maintenir dans un hébergement dédié aux demandeurs d'asile ;

- il occupe irrégulièrement les lieux depuis le 18 mai 2023;

- l'intéressé a refusé plusieurs solutions de relogement et a commis plusieurs manquements au règlement intérieur de la structure d'accueil ;

- il s'est maintenu dans son lieu d'hébergement à l'issue du délai qui lui était accordé, malgré la mise en demeure de quitter les lieux dont il a fait l'objet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2023 2023, M. C, représenté par Me Issa, demandent au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de rejeter la requête du préfet de Meurthe-et-Moselle ;

3°) subsidiairement, de leur accorder un délai supplémentaire de six mois pour quitter leur hébergement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Issa, son avocat, de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à percevoir la part contributive de l'État.

Il soutient que :

- bénéficiant de la protection subsidiaire, la procédure d'expulsion à travers le référé-mesures utiles n'est pas possible ;

- son comportement ne constitue pas un manquement grave au règlement ;

- il n'était pas en mesure de verser la somme correspondant à la participation financière étant étudiant et ne disposant pas de revenu ;

- aucune solution d'hébergement ne lui a été proposée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 1991-1647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance, première conseillère, en application de l'article L. 511-1 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 août 2023 à 11h00 :

- le rapport de Mme Milin-Rance, juge des référés,

- les observations de Mme A, représentant le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui conclut aux mêmes fins que la requête et souligne que M. C est arrivé en France le 1er mars 2022 et a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire le 10 novembre suivant. Le 30 novembre, il a été informé de la fin de sa prise en charge au sein du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile. L'OFII lui a accordé un délai de maintien transitoire jusqu'au 18 février 2023, prolongé à sa demande jusqu'au 18 mai 2023. L'hébergeur ayant par ailleurs déploré de nombreux manquements au règlement intérieur, les services de la préfecture ont mis en demeure M. C de quitter les lieux par courrier du 19 juin 2023, notifié le 29 juin, et ce dans un délai de 7 jours. L'intéressé ne s'est pas présenté à certains entretiens fixés par le travailleur social, ne s'est pas acquitté de la caution de 50 euros et de la participation financière, pour un montant de 238 euros, et l'entretien de son logement est apparu insuffisant sans qu'une amélioration ne soit constatée. La condition d'urgence est remplie au vu de la saturation du parc d'hébergement dans le Grand Est qui présente en mai 2023 un taux d'occupation de 98%, avec un taux de présence indue de 25%, 176 personnes étant actuellement en attente, parmi lesquelles une trentaine d'enfants mineurs et des personnes vulnérables. M. C ne justifie pas de circonstances exceptionnelles susceptibles de faire obstacle à l'expulsion au vu de ses difficultés récurrentes de collaboration avec l'hébergeur, du fait qu'il a décliné les propositions alternatives de relogement, notamment en résidence étudiante, préférant être logé sur Nancy, et compte tenu du fait qu'il a perçu un versement rétroactif de RSA et une bourse universitaire pendant l'année. Le comportement non coopératif récurrent de M. C a abouti à une dégradation des relations avec les représentants de la structure d'accueil et à un arrêt du suivi social et administratif.

- et les observations de Me Issa, représentant M. C, également présent, qui reprend les conclusions et moyens du mémoire en défense, oppose en outre, le défaut de compétence du signataire de la requête, et soulève un nouveau moyen tiré du vice de procédure en raison de l'incompétence du signataire de la mise en demeure adressée à M. C. Il soutient que l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux bénéficiaires de la protection subsidiaire, que le contrat d'hébergement ne comportait aucune mention de la possibilité de faire l'objet d'une expulsion en étant que bénéficiaire de la protection subsidiaire, qu'il n'a commis ni comportement violent ni graves manquements au règlement intérieur de la structure d'accueil. Le préfet n'établit pas qu'il ait manqué les rendez-vous de suivi administratif. La caution de 50 euros ne lui a pas été réclamée avant le mois de mai 2023. La participation financière n'est pas due lorsque les ressources mensuelles sont inférieures au RSA. Il justifie de circonstances exceptionnelles faisant obstacle à l'expulsion puisqu'il ne dispose pas de solution de relogement et se trouve isolé. Il n'a perçu qu'une allocation ponctuelle pour étudiant en difficulté. Le préfet n'établit pas que des offres de relogement adaptées lui ait été proposées. Il a lui-même pris l'attache du CROUS qui a refusé sa demande. Le bailleur social a aussi refusé. Il n'a pas bénéficié d'un accompagnement suffisant.

En application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été différée le 8 août 2023 à 17h00 par ordonnance du même jour. Des pièces complémentaires ont été enregistrées pour le préfet de Meurthe-et-Moselle le 8 août à 12h47 et communiquées au défendeur.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. En raison de l'urgence, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur leur demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sur le fondement de ces dispositions.

Sur la recevabilité de la requête :

3. Par un arrêté du 8 août 2022, publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. B F à l'effet de signer tous les arrêtés, décisions, requêtes (y compris référés), circulaires, rapports, documents et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflits. En cas d'absence ou d'empêchement de M. B F, la délégation est dévolue à M. G E, sous-préfet de Briey. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'incompétence de l'auteur de la requête ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

5. Aux termes de l'article L. 551-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Les conditions dans lesquelles les personnes s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire et les personnes ayant fait l'objet d'une décision de rejet définitive peuvent être, à titre exceptionnel et temporaire, maintenues dans un lieu d'hébergement mentionné à l'article L. 552-1, sont déterminées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article L. 552-15 de ce code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

6. Aux termes de l'article R. 552-13 du même code : " La personne hébergée peut solliciter son maintien dans le lieu d'hébergement au-delà de la date de décision de sortie du lieu d'hébergement prise par l'office français de l'immigration et de l'intégration en application des articles L. 551-11 ou L. 551-13 dans les conditions suivantes : 1° Lorsqu'elle s'est vue reconnaître la qualité de réfugié ou accorder la protection subsidiaire, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement jusqu'à ce qu'une solution d'hébergement ou de logement soit trouvée, dans la limite de trois mois à compter de la date de fin de prise en charge ; durant cette période, elle prépare les modalités de sa sortie avec le gestionnaire () pour lui faciliter l'accès () à une offre d'hébergement ou de logement stable ; cette période peut être prolongée pour une période maximale de trois mois supplémentaires avec l'accord de l'office () ". Aux termes de l'article R. 552-15 du même code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / () 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer l'hébergement occupé. / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux ".

7. Lorsque le juge des référés est saisi par l'administration, sur le fondement des dispositions précitées, d'une demande d'expulsion d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile d'un étranger sur le fondement de ces dispositions, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

8. Le préfet de Meurthe-et-Moselle soutient que les arrivées de demandeurs d'asile sont en constante augmentation au niveau local comme au niveau national. En particulier, il indique que sur le département de Meurthe-et-Moselle, 1 895 places sont dédiées à l'accueil des demandeurs d'asile et que le parc départemental présente actuellement, au vu de l'état réactualisé de la situation au jour de l'audience, un taux d'occupation de 98,5 %, les rares places inoccupées étant soit d'ores et déjà réservées aux nouveaux entrants, soit non mobilisables en raison de travaux de maintenance à prévoir. Enfin, le préfet précise que 25,1 % de ces places sont indûment occupées par des personnes ne relevant plus de la catégorie des demandeurs d'asile, ce qui place le département de Meurthe-et-Moselle à un taux d'indu plus élevé que la moyenne régionale ou nationale, qui est de l'ordre de 10 %. 176 demandeurs d'asile, dont trente mineurs, sont en attente d'un hébergement dans le Grand Est. Dans ces conditions, la demande du préfet de Meurthe-et-Moselle présente un caractère d'urgence et d'utilité, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et en raison de la nécessité d'assurer un bon fonctionnement du service public destiné à leur accueil.

9. M. C, ressortissant yéménite, entré en France le 1er mars 2022, a sollicité la protection internationale le 5 avril 2022 et a bénéficié, en cette qualité d'un hébergement dans une structure d'accueil de demandeurs d'asile situé au 3 rue Aristide Briand à Neuves-Maisons. Après l'obtention par l'intéressé de la protection subsidiaire le 10 novembre 2022, M. C a été informé, le 30 novembre 2022, de la fin de sa prise en charge par le gestionnaire du lieu d'hébergement. L'intéressé, après autorisation de l'office français de l'immigration et de l'intégration sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 552-13, a bénéficié d'un délai supplémentaire de six mois pour se maintenir dans son logement jusqu'au 18 mai 2023. M. C s'étant toutefois maintenu dans le logement, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a mis en demeure de quitter les lieux par courrier du 19 juin 2023, notifié le 29 juin 2023 en faisant valoir plusieurs manquements graves au règlement intérieur de la structure d'hébergement. Il résulte de l'instruction que plusieurs solutions de relogement, adaptées à sa situation d'étudiant, ont été proposées à l'intéressé qui les a refusées, et que son comportement non coopératif à l'égard de la structure d'accueil pour l'accompagner dans ses démarches et pour s'assurer du respect du règlement intérieur nuit gravement au bon fonctionnement du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile. Dans ces conditions, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

10. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la mise en demeure de quitter les lieux doit être écarté comme étant inopérant.

11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. C de libérer sans délai, le lieu d'hébergement qu'il occupe, situé au 3 rue Aristide Briand (studio n°109) à Neuves-Maisons. En l'absence de départ volontaire de M. C, le préfet pourra avoir recours au concours de la force publique et donner toutes instructions utiles au gestionnaire afin d'évacuer les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de l'intéressé, à défaut pour lui d'avoir emporté ses effets personnels.

Sur les frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à M. C la somme qu'il demande sur ce fondement. Les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à M. H C de libérer sans délai l'hébergement qu'il occupe au centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé au 3 rue Aristide Briand (studio n°109) à Neuves-Maisons dans le cadre du dispositif d'hébergement pour les demandeurs d'asile.

Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. C, le préfet de Meurthe-et-Moselle pourra procéder à l'expulsion de M. C et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par M. C est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Issa.

Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nancy et à l'HUDA ARS Nancy.

Fait à Nancy, le 9 août 2023.

Le juge des référés,

F. Milin-Rance

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302176

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